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mercredi 6 mars 2019

Johnny stool pigeon

Les agents fédéraux qui risquent leur peau en infiltrant des organisations criminelles, c'est une trame de base qui a beaucoup servi. On l'a vu chez les inspecteurs des postes (Echec au hold-up/Appointment with Danger) dans lequel Alan Ladd était recruté par une bande préparant le braquage d'un fourgon postal. Dans La brigade du suicide/T-Men, c'était des agents du trésor qui infiltrait un réseau de fabricants de fausse monnaie. Dans un autre film d'Anthony Mann, Incident de frontières/Border Incident, l'action se situait dans le milieu des travailleurs clandestins exploités et assassinés par des passeurs, sans parler des multiples films mettant en scène les G-men, dont le prototype ou le modèle reste sans doute le bien nommé G-Men/Guerre au crime de Wiliam Keighley. Dans Johnny stool pigeon, il s'agit donc d'agents des " Narcotics " qui infiltrent un réseau international de trafiquants de drogue. On voyage donc beaucoup, de San Francisco à Vancouver, puis on rejoint Tucson et le Mexique.Cela dit, même si les péripéties ne manquent pas, ce n'est pas tellement son scénario finalement très conventionnel qui fait l'intérêt du film, son point (très) fort c'est son casting d'enfer. L'histoire est racontée en voix off par l'inspecteur Morton (Howard Duff), dont l'interprétation solide et comme d'habitude sans éclat -voir même le coté froid et raide- sert parfaitement ce personnage de flic antipathique introduit dans le milieu des trafiquants par le véritable personnage central du film, ce Johnny Stool Pigeon (Johnny le mouchard), Johnny Evans (Dan Duryea) qui fut son ami d'enfance mais qui avait mal tourné et qu'il avait même contribué jadis à capturer. Condamné à la prison à vie à Alcatraz, Johnny Evans est rempli de haine pour Morton et pour tous les représentants de l'ordre. Lorsqu'on le découvre pâle et inquiétant sous la lumière brute d'un couloir d'Alcatraz, le commentaire en voix off nous dit : "He was a gangster and a hoodlum and he hated every cop that ever breathed/C'était un gangster et un voyou et il détestait tous les flics qui respirent". Il accepte malgré tout la proposition de Morton devant le cadavre de sa femme qui vient de mourir d'une overdose mais la tension est énorme entre les 2 hommes et elle amène une première dose de suspense.


                

Cette histoire d'amitié trahie et le contraste entre ces 2 personnalités et leurs interprètes est très intéressante car le plus sympathique des 2 n'est pas forcement celui qu'on croit.Le "salopard" est d'ailleurs interprété par un formidable Dan Duryea qui offre une palette très variée. Plein de haine d'abord, rejetant violemment la proposition de son traitre à lui, l'ami d'enfance passé dans l'autre camp…puis on le verra anéanti, bouleversé par la mort de sa femme et rendu ainsi fragile alors que Morton tente de le persuader qu'il doit collaborer…Puis bientôt ricanant quand il jouera avec les nerfs de Morton lui promettant qu'il ne verra pas la fin de l'enquête. Il aide néanmoins Morton a endosser l'identité d'un trafiquant de drogue. Morton devient ainsi Doyle au curriculum vitae chargé. Il se fait même houspiller par Evans lorsqu'il manque de conviction dans ce nouveau rôle (çà aurait pu être d'ailleurs aussi l'acteur Duryea qui engueule Duff pour le même manque de conviction…). Cela dit, à sa façon de surveiller Morton du coin de l'oeil, semblant près à profiter du moindre faux pas, on est persuadé qu'à la première occasion il va tenter de se débiner, qu'il va même carrément descendre son ex-ami ou qu'il va le trahir auprès de la bande de trafiquants.Pourtant, ce "violent" est aussi plus humain et sensible que Morton qui ne s'intéresse à rien en dehors de sa mission.


                  

Il ne prête par exemple nullement attention au 3ème personnage important de cette histoire,Terry, qui pourtant très attirée par lui, finira par se pendre au cou d'Evans. On la découvre à Vancouver ou les 2 faux trafiquants tentent d'infiltrer une entreprise d'import-Export dirigée par McCandles, le patron local du trafic. Méfiant, celui ci charge Terry, sa petite amie, de les surveiller mais elle profite de l'occasion pour prendre la fuite. Le personnage est interprété par une Shelley Winters, déjà rondouillarde et dans un registre qu'on lui connait : suppliante, geignarde…Touchante ou agaçante. Elle se pend au cou du premier venu, se dandine dans des robes trop serrées, porte des chouchous dans les cheveux, pouffe de rires à la lecture d'une bande dessinée. Elle a déjà bien vécu et dira à Evans qui hésite à la serrer de trop près : " Don’t be scared. I bruise easy but I won’t break/ N'ai pas peur. Je marque facilement mais ne casse pas ". Le modèle de ce type de personnage, bien que venant postérieurement, serait Ginnie, la petite prostituée interprétée par Shirley Maclaine dans le sublime "Some Came Running" de Minnelli.(http://filmsnoirs.canalblog.com/archives/2014/02/26/29307804.html)

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