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dimanche 17 février 2019

La Rosière des halles

Cela m'a toujours stupéfié ces gens qui se pincent le nez dès qu'un film ressemble à un vaudeville. Le vaudeville est un genre, comme le western ou le slasher, il y en a des bons et des mauvais. Or il se trouve que celui-ci est excellent puisqu'il parvient non seulement à nous amuser mais à nous faire rire ! Comme le disait la bande annonce d'époque : "C'est un film plein d'esprit, de charme de fantaisie et de folle gaîté". L'histoire est abracadabrante mais on s'en fiche, elle fonctionne très bien, Larquey est excellent, Alice Field a beaucoup de classe, mais c'est Paulette Dubost qui nous fait une prestation exceptionnelle, crevant l'écran de son talent, de son charme et de sa fantaisie. On déplorera juste le rôle un peu débile confié à Paul Azaïs, mais sinon c'est 90 minutes qu'on ne voit pas passer et qui rendent joyeux.Il y a tout de même de drôles de surprises dans les rets et les marécages de deux domaines qui intéressent les cinéphages que nous sommes : la propriété intellectuelle et la politique de restauration des œuvres. Comment ne pas s’étonner, alors que tant de bons et grands films demeurent bloqués (La belle équipe, Regain, La maman et la putain) ou sont édités dans des conditions techniques honteuses (Entrée des artistes, Un revenant), qu’un gentil petit truc comme cette Rosière des Halles bénéficie de tant de soin ? Car ce film est édité dans un état de restauration impeccable (au moins pour l’image), dans un coffret de qualité, et accompagné de trois documents fort intéressants sur ce que furent les Halles de Paris. Je suppose que l’éditeur, Les Documents cinématographiques a pu obtenir de la Mairie de Paris, qui a participé au financement du coffret, pas mal de picaillons en présentant la chose comme une ethnologie d’un monde enfui et des projets d’occupation de l’espace laissé libre par la destruction des pavillons de Baltard. Ce qui est fort habile et dont personne n’a à se plaindre. Mais, pour illustrer le monde extraordinaire du marché, quel drôle de choix que ce film, où les Halles ne figurent que dans le titre et dans quelques trop rares séquences !


               

Je suppose que les œuvres cinématographiques consacrées au Ventre de Paris ne sont pas légion et qu’il était difficile de trouver quelque chose d’inédit… Parce que, sinon, Voici le temps des assassins, l’admirable film de Julien Duvivier, c’était tout de même autrement intéressant… Cela étant, j’ai trouvé La rosière des Halles assez insignifiant : c’est du boulevard classique, archi-classique, avec sa dose de quiproquos, de malentendus, de sous-entendus, d’allusions égrillardes, de hasards invraisemblables, de réparties plus ou moins spirituelles, de méprises cavalcadantes ; ce n’est pas désagréable mais si terriblement prévisible qu’on s’ennuie un peu, ce qui est embêtant pour un film de 85 minutes. Mais l'interprétation, les tourbillons des interprètes sont assez sympathiques pour qui aime le cinéma français d'époque ; d'abord on n'a jamais vu Pierre Larquey être vraiment décevant, même lorsqu'il en fait un peu trop ; Paulette Dubost, qui avait déjà une belle filmographie à son actif, hérite d'un rôle un peu délicat à bien tenir : celui de la campagnarde naïve jetée dans le pandémonium parisien ; elle ne s'en tire pas mal du tout et son jeu dans le rôle de Célestine a pu inciter en 1939 à lui confier celui de Bécassine.

                 

(Tiens, Célestine…le même prénom que Jeanne Moreau dans Le journal d'une femme de chambre, mais aucun rapport). Elle n'est donc pas mal du tout en gourde, mais on peut largement la préférer en Lisette, la soubrette rouée de La règle du jeu. Je suis souvent impressionné par la qualité discrète du jeu de Paul Azaïs, remarqué par deux films mineurs de Max Ophuls, Divine et Sans lendemain, mais aussi dans l'excellente Pension mimosas de Jacques Feyder. C'est à ce bon comédien au grand cœur qu'on doit l'institution de La roue tourne, l’œuvre d'entraide pour artistes pauvres, qui venait encore naguère quêter lors des séances de cinéma… J'ai plus de mal avec Raymond Cordy, bizarrement vedette de À nous la liberté, de René Clair, confiné ensuite dans des rôles de rondeur un peu lunaire… Et si j'ai vainement cherché, dans La rosière des Halles la présence annoncée au générique de la belle Viviane Romance (elle doit être une danseuse de la boîte de nuit ?), j'ai trouvé Alice Field, qui joue la femme de Larquey, bien séduisante. Je me dis ne l'avoir jamais remarquée jusqu'alors, mais en consultant ses états de service, je vois qu'elle figure dans le bon Au p'tit zouave de Gilles Grangier, mais aussi dans La grande vadrouille dans un rôle de… prostituée ! Pouvait-on maintenir les Halles en plein cœur de Paris ? Évidemment non… mais quel dommage d'avoir démoli la totalité des pavillons de Baltard, dont un seul subsiste, remonté, à Nogent-sur-Marne… Seulement l'époque était si vigoureuse…(https://www.senscritique.com/film/La_Rosiere_des_Halles/9387488)

7 commentaires:

  1. https://uptobox.com/xjgjjf5743va
    (Lien Francomac)

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  2. Voila bien un film pour moi, vieil habitant de ces Halles mythiques des années 50! Merci à toi Corto pour cette plongée dans un passé pas si lointain. Souvenirs, souvenirs et régalade en perspective! A bientôt et bonne semaine

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  3. Tiens je le connais pas celui-là, voilà l'occasion de le découvrir :-)
    Merci pour ce partage et salut à Francomac, son site nous manque beaucoup....

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    1. Son forum est toujours là ...http://kebekmac.forumprod.com/

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