.

.

mercredi 23 janvier 2019

Lilith

Robert Rossen, cinéaste américain, a adhéré brièvement au parti communiste américain en 1937. Il fait partie des 19 premiers incriminés convoqués devant le comité des activités anti-américaines en 1947 chargé de poursuivre les cinéastes suspectés d’être communiste, dans un premier temps, il n’est pas inquiété. Convoqué de nouveau en juin 1951, il refuse de collaborer, s’ensuivent deux ans d’inactivité forcée. Finalement, Rossen demande à témoigner en 1953 et lit à voix haute les noms des 57 scénaristes et cinéastes de sa connaissance qui comme lui, avait adhéré au PC Américain. C’est à ce prix qu’il peut reprendre ses activités dans le cinéma. Interviewé en 1966 pour les Cahiers du cinéma, Jean Seberg le décrit comme « un homme très compliqué, angoissé même, qui se posait constamment des questions sur lui-même. De cette angoisse, il faut peut-être rechercher la cause dans le grand traumatisme maccarthyste où son monde alors, avait littéralement basculé… (…) Le choc moral de cette affaire l’avait, je pense, profondément changé ». En 1963, Robert Rossen entreprend l’adaptation d’un roman de J.R. Salamanca intitulé « Lilith » qui traite de la schizophrénie. Comme souvent quand il s’agit de psychose, l’entreprise de Rossen est contaminée par son sujet. L’ambiance sur le plateau est exécrable et les comédiens ne s’entendent pas et Rossen, malade et diminué, peine a tenir son équipe D’après Olivier Père, Lilith est « à mille lieues des clichés hollywoodiens sur la maladie mentale » et a l’opposé de la manière de présenter la folie de « Shock Corridor » (1963) de Fuller, de « La toile d’araignée » (1955) de Minnelli ou de « Vol au dessus d’un nid de coucou » (1975) de Forman. La description de cet amour fou tragique et sans espoir, très influencée par le cinéma européen, au récit volontairement déstructuré et elliptique alterne entre réalisme, onirisme et symbolisme. La folie est suggérée avec finesse par le flou et la structure même du montage volontairement heurtée et à rebours de l’évidence. « La continuité visuelle est constamment disloquée et elliptique. Des scènes commencent et se terminent de manière abrupte ». La présence de l’eau, l’omniprésence de la sexualité, le désir qui sans cesse affleure et voisine avec la folie, contribue a faire de Lilith un objet étrange et passionnant. Aux Etats-Unis, la critique boude le film et sa réception est mitigée. En France seul Jean-André Fieschi dans les Cahiers du Cinéma, décrit Lilith comme « l’incontestable chef-d’œuvre » du cinéaste. Rossen est profondément déçu par l’accueil réservé à son film. Sa maladie s’aggrave, hospitalisé à plusieurs reprises, il meurt en 1966 à 58 ans. Lilith est son dernier film.(https://cinepsy.com/film/lilith/)


   


Au départ de ce Liltih, il y a un roman de J.R Salamanca et le croisement de plusieurs mythes. Le roman -comme le film- raconte le retour au bercail de Vincent Bruce (Warren Beatty), un jeune militaire. A la recherche d'un emploi, il trouve une place dans un hôpital psychiatrique. Il tombe vite amoureux d'une patiente atteinte d'une forme particulière de schizophrénie, Lilith Arthur (Jean Seberg). Cette dévorante passion va très vite faire basculer les repères du jeune homme. Le nom de Lilith renvoie également à des mythes anciens. Le personnage de Lilith est selon la Kabbale, la première compagne d'Adam. Elle viendrait des Enfers et désignerait à la fois une femme insoumise et une classe de démons femelles. Le drame de Lilith débute lorsqu'elle refuse la position inférieure dans sa relation physique avec Adam. Une rébellion que Dieu ne lui pardonna pas, l'obligeant désormais à tuer à la naissance tous ses futurs enfants. Si cette légende est absente du scénario du film de Robert Rossen, on retrouve dans le personnage interprété par Jean Seberg une même dualité. Lilith bien que malade psychologiquement semble, en effet, précipiter sciemment dans l'abîme ses soupirants, une façon pour elle de lutter contre son propre enfermement. La mise en scène portée par un noir et blanc fantastique envisage la nature comme un Eden. L'eau du fleuve, les herbes folles, le ciel d'un blanc irréel, renvoient aux premiers temps du monde.

                

Lilith peut dès lors tomber amoureuse de son Adam sans jamais se soumettre totalement. Lilith est surtout connu des cinéphiles pour sa beauté plastique. Outre une utilisation magistrale du format 1,85 -à mi-chemin entre le format classique et le Cinemascope-, le film de Rossen est tourné dans un noir et blanc somptueux. Il est l'oeuvre du chef opérateur allemand Eugen Schüfftan. On lui doit notamment les images du Metropolis de Fritz Lang, du Quai des brumes de Marcel Carné ou encore des Yeux sans visagede George Franju. Avant de s'attaquer à Lilith, Schüfftan avait déjà éclairé L'arnaqueur pour Rossen. La lumière du film étonne par son mélange de réalisme cinématographique et d'étrangeté. Plutôt que de jouer sur les clair-obscurs, Schüfftan offre au contraire une clarté saturée. Cette pureté en trompe-l'oeil sied parfaitement à cette histoire où les contours à priori définis des personnages se brouillent au fur et à mesure du récit. On notera également, le remarquable travail sur le son. Rossen compose avec les bruits ambiants, la musique, la puissance vocale de ses comédiens pour spatialiser son cadre. En cela, le dernier face à face entre Peter Fonda et Warren Beatty est un chef d'oeuvre à montrer dans toutes les écoles de cinéma.(https://www.lexpress.fr/culture/cinema/3-choses-a-savoir-sur-lilith-avec-warren-beatty_1316057.html)

4 commentaires:

  1. https://uptobox.com/stc4ilxr0rt0
    zik : https://uptobox.com/tmhywh5im3qk

    RépondreSupprimer
  2. Connais pas celui ci, le casting et le sujet sont intéressants.
    Merci Corto

    RépondreSupprimer