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mardi 25 décembre 2018

Thomas l'imposteur

Merci à Patrick Brion et à son cinéma de minuit de diffuser à la télévision des films aussi rare à l'écran. D'autant plus que les films de Georges Franju sont malheureusement "tombés" dans un relatif oubli. Mis à part "Les Yeux sans visage", chef d’œuvre éternel du maître de l'image. Comme "Thérèse Desqueyroux", précédent film de Franju, le style visuel de "Thomas l'imposteur" désarçonne au premier abord, mais s'avère être une mise en image "collant" fidèlement à l'esprit du roman éponyme de Jean Cocteau. Sa mise en scène est un mélange d'académisme et de fulgurances poétiques saisissantes à la portée symbolique forte. Un sentiment d'étrangeté romantique noire, flirtant avec le merveilleux, se dégage de l'oeuvre pour mieux faire ressortir l'absurdité de la guerre et des combats, notamment le célébre plan du cheval à la crinière en flamme, la scène où la Princesse de Bormes (Emmanuelle Riva) et Thomas (Fabrice Rouleau) sont aux prises avec les bombardements sur le champ de bataille, où, encore, la manière dont Franju filme les plages du Nord, faisant ressortir par la beauté de ses plans larges, l'isolement des soldats, la désolation et les stigmates que laissent derrière eux les combats. Jean Cocteau n'aurait pas renier cette mise en image de son roman. Car, ici, la guerre paraît comme un "cauchemar" baroque et féérique. Il y aussi la figure surréaliste du personnage incarné par Rosy Varte (Madame Valiche) dans deux scènes qu'elle marque de sa théâtralité sombre et de sa fantaisie primesautière (le spectacle donné aux soldats). L'esprit de Jean Cocteau plane d'autant plus sur le film que le narrateur du film, n'est autre que Jean Marais, à la diction particulièrement théâtrale et poétique. Le choix d'Emmanuelle Riva (muse de Franju), à la voix et à la diction si personnelle et mélodieuse, dans le rôle de la Princesse de Bormes, participe à la poésie de l'entreprise.



                              

Quant au jeune Fabrice Rouleau, qui incarne Guillaume-Thomas de Fontenoy, le rôle titre, ses regards traduisent désarroi, souffrance et solitude. Certes, je ne peux m'empêcher de penser tout de même ce qu'aurait fait Cocteau de son roman, s'il l'avait lui-même réalisé. Certainement plus d'étrangeté et de baroque surréaliste que n'ose le faire Franju, peut-être "gêné" par le poids et l'ombre planante de Cocteau, qui a lui-même écrit l'adaptation de son roman qu'il comptait mettre en scène avant que la mort ne vienne le faucher. Cette retenue empêche Franju de s'affranchir de la vision du père de l’œuvre par peur de trahir son esprit, d'où un certain académisme figé. Alors qu'il fallait peut-être "trahir" la vision de Cocteau, pour faire de ce film une œuvre de Franju à part entière, où justement, l'atmosphère aurait été encore plus noire et poétique. C'est peut-être ce que Cocteau aurait "souhaité"... En 1964-65, Georges Franju rèalisait "Thomas l'imposteur", d'après le roman de Jean Cocteau, et nous donnait des images terribles (le cheval qui traverse subitement un village en ruine dont la crinière est en feu) à travers l'univers poètique de l'auteur d' "Orphèe".


                               

Une oeuvre littèraire qui fournit d'ailleurs la base d'un film hybride formant une ètrange parenthèse dans la filmographie de Franju, tant il est difficile de rester soi-même en adaptant Cocteau dont l'univers spècifique attire à lui pour l'engloutir tout èlèment ètranger qui tente de s'en approcher! Est-il vraiment celui qu'il dit-être ? Sinon pourquoi l'appeler "Thomas l'imposteur" ? Souvent fascinant, dècouvrez un destin unique (dont le rècitant est Jean Marais), dans une guerre 14-18 qui commença dans le plus grand dèsordre! Le gouvernement venait de quitter Paris pour organiser à Bordeaux, la victoire de la Marne! Et l'on voyait le dèsordre vivace, vainqueur de l'ordre massif, favoriser l'extravagance (à noter qu'une partie du mètrage a ètè tournè dans la belle ville de Beauvais). La reconstitution est le point fort du film (ce qui fait qu'on le regarde sans ennui) et contient de belles scènes propres à la beautè frèmissante d'Emmanuelle Riva en princesse devenue infirmière: la marche de Schubert, la promenade en Side-car au bord de mer...La guerre apparaissait à cette princesse comme le thèâtre de la guerre! Thèâtre rèservè aux hommes! Amoureuse folle des modes, lègères ou profondes, cette veuve ne pouvait se rèsoudre à vivre en marge du seul spectacle qui comptait dèsormais! Fort en gueule, Rosy Varte est en revanche agaçante! Quant à Fabrice Rouleau (le fiston de Raymond), il tire tant bien que mal son èpingle du jeu même s'il n'a aucun sentiment quand il parle! C'est très estimable mais ce n'est pas du grand Franju...(http://www.allocine.fr/film/fichefilm-4297/critiques/spectateurs/)

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