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mardi 4 décembre 2018

Lady in a Cage

Le relativement méconnu Lady in a Cage est une œuvre passionnante à bien des niveaux. Emblématique de cette période de transition, l’œuvre, produite par le studio Paramount n’est donc pas, dans les faits, un film indépendant… Dans l’esprit, c’est une autre histoire : son sujet et son traitement si particuliers en feraient presque un métrage révolutionnaire et agitateur, traitant avec une rare acuité sous la forme d’un film d’exploitation de série B, de la perte de toutes les valeurs sacro-saintes de l’American Way of Life. Une veuve âgée, Cornelia Hilyard (Olivia de Havilland, seulement 48 ans à l’époque !) vit avec son fils Malcolm dans une luxueuse demeure d’un quartier de Los Angeles tombant petit à petit en désuétude. Les clochards et les vauriens semblent désormais hanter les rues tels des zombies mais du haut de sa tour d’ivoire, Mme Hilyard ne voit rien venir, vivant avec nonchalance dans ce cocon bien confortable. Mais derrière le vernis des apparences, le « vrai monde » se révèle peu à peu… Malcolm, jeune homme fragile et androgyne qui ne supporte plus le caractère possessif et collet-monté de sa génitrice, décide de partir en week-end, laissant sur sa table de nuit une note de suicide en forme de chantage : sa mère devra lui laisser la moitié de sa fortune ou il mettra fin à ses jours ! Une menace dont nous ne connaîtrons jamais l’authenticité, ni le dénouement. Blessée à la hanche depuis quelques mois et se déplaçant difficilement à l’aide d’une béquille, Mme Hilyard a fait installer à grands frais un ascenseur personnel lui permettant de monter au premier étage. Avant de découvrir la lettre de son fils, une panne d’électricité la laisse bloquée dans cette cage de métal, à 4 mètres du sol. Handicapée et espérant que l’électricité revienne vite, Mme Hilyard est incapable de s’extraire de sa « prison. » Sa vie méticuleuse et bien rangée va ce jour-là sombrer dans l’anarchie et le chaos le plus total. L’alarme qu’elle déclenche, au lieu de prévenir la police, attire un groupe de jeunes voyous terrifiants, un clochard alcoolique fanatique de Dieu et une ex-prostituée accro aux drogues.


                   

Cette pitoyable collection de déchets humains va piller la maison et s’adonner dans la chambre de leur « hôtesse » à de troublants jeux sexuels. Ils vont faire preuve envers leur prisonnière de violence et de sadisme avant que ne tombe leur décision… pas d’autre choix que de la tuer ! Star de l’écran vieillissante mais dotée d’un fort esprit indépendant et d’une intelligence rare, Olivia De Havilland (96 ans à ce jour !) incarne peut-être ici le rôle d’une vie. Une dame distinguée, proprette, joyeuse… dont toutes les valeurs humanistes et sociétales vieux-jeu vont se désagréger une à une au cours d’une journée infernale. Sans faire de mauvais jeu de mot, Mme Hilyard va tomber de haut et être témoin de la décadence généralisée de ce début des années 60 ! Confrontée à un trio de jeunes tueurs inhumains (dont un James Caan très menaçant – et très poilu – dans son premier rôle à l’écran), dénués des moindres valeurs autres que l’anarchie et la violence, elle n’a d’autre choix – du haut de sa cage – que d’observer cette basse-cour s’entretuer et saccager sa charmante demeure, ultime symbole de toutes les valeurs bien ancrées de la bienséance… Sortir de cette cage devient dès lors pour elle une nécessité, sa seule chance de survie. Mais la survie dans une société aussi inhumaine est-elle encore une option ?(http://www.action-cut.com/critiques/lady-in-a-cage-1964-de-walter-grauman/)



C’est donc un film assez hybride qui mêle dans un même mouvement une présentation de la délinquance juvénile et la terreur pure d’une femme doublement paralysée dans son ascenseur, handicapée de surcroit par sa hanche. En même temps il y a une opposition entre la richesse égoïste d’une femme très riche et une bande de dégénérés complètement fermé à la morale la plus élémentaire. Los Angeles est une ville individualiste où les objets, de l’ascenseur aux automobiles, enferment la société dans une indifférence coupable. Nous sommes au début des années soixante, l’Amérique est prospère, mais elle développe en même temps des tendances destructrices. Ses enfants sont complètement pervertis par l’argent, la vie facile et l’absence de garde-fou. Malcom ne saurait se satisfaire de la richesse matérielle de sa mère, mais Randall et ses amis sont aussi engagés dans un cycle de violence – Randall rentre et sort de prison en permanence – qui les dépasse aussi. La mise en scène va donc jouer de ces oppositions et déboucher sur la terreur pure d’individus toujours plus impuissants à faire face. Le soleil de la Californie, le bien-être matériel, sont seulement des illusions que la violence latente de la jeunesse suffit à remettre en cause radicalement. Le film fit grosse impression à sa sortie et la critique le salua. A vrai dire il s’inscrit à la fois dans la lignée des films d’Aldrich, Qu’est-il arrivé à Baby Jane ? ou Hut… Chut Chère Charlotte qui mettent en scène des femmes vieillissantes et tourmentées par leur passé aussi bien que par leur richesse et les films comme Le temps du châtiment de John Frankenheimer ou Graine de violence de Richard Brooks et La fureur de vivre qui insistent sur la délinquance juvénile.  (http://alexandreclement.eklablog.com/la-femme-en-cage-lady-in-a-cage-walter-grauman-1964-a114844670)

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