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samedi 3 novembre 2018

Tant qu'il y aura des hommes

"Tant qu'il y aura des hommes" est à prendre avec des pincettes. Tout d'abord parce qu'il s'agit d'un film mythique, reconnu comme tel, vendu comme tel, présenté comme tel par tout cinéphile digne de ce nom. Ensuite, car il traite d'un sujet mâché et remâché, évoqué dans des dizaines d'autres œuvres à travers le monde : la guerre, et plus précisément, la Seconde Guerre mondiale. Enfin, parce qu'il use de l'arsenal hollywoodien habituel, à savoir une capitalisation forcée sur une brochette d'acteurs populaires (Lancaster, Sinatra, Kerr, Reed, Clift) et un réalisateur apprécié (Zinnemann, qui dirigea également "Oklahoma !", "Le train sifflera trois fois" ou encore "Horizons lointains"). Mais à l'instar d'un bon paquet de sucreries, il se déguste sans modération, même soixante ans après sa sortie. Le jeu est millimétré, les plans s'alternent élégamment, le cadre vaut le détour. Sur les paradisiaques plages d'Hawaii, Kerr et Lancaster échangent un baiser passionné, et font entrer le film dans la légende. La légende des soldats confrontés à l'horreur de Pearl Harbor, évènement tragique s'il en est, recréé à grands renforts de piqués et de bombardements aériens, de figurants paniqués courant à chaque coin du plateau et de braves héros laissant derrière eux le confort d'une vie sûre pour livrer leur corps au combat. La fatalité. Voilà qui résumerait le tout. Fatalité de l'amour adultère vécu par une épouse de militaire avec un collègue de ce dernier, fatalité d'une société où les poings règlent les problèmes, où l'alcoolisme et les déceptions guettent le promeneur solitaire dans les ruelles sombres qui voient la violence tuer et blesser, où le continent semble si loin, au-delà de l'horizon.


   



Certes, "Tant qu'il y aura des hommes" reste un mélodrame de guerre, avec la part de testostérone et d'autorité qu'il comporte. On est à cent mille lieues d'un "Gilda", et même à l'opposé de l'une de ces grandes aventures oniriques dont Curtiz était sans doute le roi (Robin des Bois, Captain Blood, ...). On y apprend le respect, on y comprend la douleur et l'obéissance, on y observe une caserne évoluer, dans un monde masculin, aux côtés de femmes en forme d'apparitions enchanteresses, destinées à égayer le quotidien d'engagés désœuvrés. Bien entendu, l'ensemble ne peut en apparaître que sexiste. Mais les circonstances ne l'exigent-elles pas ? Grand film, certainement. Très bon film, plus certainement encore. Un incontournable, qui semble vieillir aussi peu que les courbes avantageuses de Deborah Kerr, ici au sommet de sa carrière, et la gouaille confuse de Frank Sinatra. La fatalité donc. On ne peut qu'aimer ce film, fatalement. "Tant qu'il y aura des hommes" demeure un grand mélodrame américain,multi-récompensé en 1953(8 Oscars dont meilleur film et meilleur réalisateur).Il s'attache à la vie d'une caserne américaine basée à Hawaï avant la fameuse attaque de Pearl Harbor.




Loin d'être un énième film de guerre,l'oeuvre de Fred Zinneman s'intéresse plutôt à la psychologie profonde des personnages,leurs tiraillements entre amour et devoir.Tout y est magnifiquement mis en scène,d'où un coté intemporel qui ressort,symbolisé par le baiser mythique sur la plage de Burt Lancaster et Deborah Kerr.Les acteurs,tous de premier plan,sont à leur meilleur.Si les prestations de Donna Reed,en fille de joie mélancolique et de Deborah Kerr en épouse d'officier adultérine sont à saluer,les vraies vedettes sont ces messieurs,qui montrent que même dans l'armée,une réelle sensibilité existe.Ernest Borgnine,en officier sadique,Frank Sinatra en frère d'armes bon vivant mais souffre-douleur.Surtout,on reste marqué par l'opiniâtreté de Montgomery Cilft,qui derrière sa gueule d'ange,est d'une ténacité à toute épreuve et par la virilité de Burt Lancaster,adjudant aux ambitions modestes,à l'autorité naturelle et au grand coeur.Le sens de l'honneur triomphe,et la tradition du mélo ample préservée.La première qualité de ce classique du cinéma américain, c'est de faire jaillir la sensibilité masculine dans un cadre militaire assez rude. Montgomery Clift, dans un rôle d'homme obstiné et blessé, est magnifique. Intense et fragile. De même, les personnages interprétés par Burt Lancaster et Frank Sinatra ont leurs forces et faiblesses. C'est l'antifilm de guerre, l'expression d'une virilité qui n'est pas sans faille, et d'autant plus émouvante. Des hommes à nu... ou presque. La scène où Burt Lancaster et Deborah Kerr s'enlacent sur la plage est restée mythique. On se laisse prendre avec plaisir par ce drame aux accents de mélo, servi par de bons dialogues, une mise en scène fluide. Et conclu sur un joli sentiment de tristesse.(http://www.allocine.fr/film/fichefilm-2218/critiques/spectateurs/)

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