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mercredi 7 novembre 2018

L'Inconnu du Nord-Express

Après avoir réalisé Les Amants du Capricorne (1949) et Le Grand alibi (1950), Alfred Hitchcock a perdu de sa superbe auprès des critiques et du public. Pour faire face à cette situation difficile, il se tourne vers la littérature policière et choisit lui-même l’ouvrage qu’il va adapter. Il s’agit d’un roman de Patricia Highsmith, Strangers on a Train. Hitch y trouve le matériau idéal pour la construction d’un suspense à la fois simple et efficace. Pour ce faire, il décide de confier l’écriture du scénario à Raymond Chandler. Mais l’entente entre les deux hommes n’est pas très bonne, et mécontent à la fois du travail et du caractère de l’écrivain, Hitchcock décide de s’en séparer. Il se tourne alors vers Ben Hecht avec qui il a déjà collaboré sur Spellbound. Le scénariste à succès est surchargé par des projets en tous genres, il conseille à son ami anglais de contacter Czenzi Ormonde qui l’assiste depuis quelques années. Le réalisateur accepte et leur collaboration fonctionne à merveille. Ormonde rédige un scénario d’une redoutable efficacité, dont elle partage la paternité avec Hitchcock. Il faut donc admettre que même si le nom de Chandler donne un certain cachet au générique, son rôle reste insignifiant dans cette œuvre.Si L’Inconnu du Nord-Express connut un tel succès, c’est parce qu’ici mieux que jamais le maître domine les rouages d’une intrigue sans faille. A ce titre, le premier plan du film peut être vu comme une allégorie de cette mécanique narrative parfaitement réglée : la caméra suit des rails disposés en parallèle qui finissent par se croiser et se rejoindre. Ce plan qui sert de parabole à la rencontre des deux hommes nous expose des images symbolisant le transport ferroviaire : une mécanique complexe et efficace. Cet adjectif reste le maître mot du film : dès cette séquence d’introduction les scènes s’enchaînent sur un rythme qui ne cesse de s’accélérer jusqu’au fameux climax du manège. La maîtrise du temps, source de suspense, est admirable et dans ses entretiens avec Hitchcock, François Truffaut souligne justement ce point : "Un aspect remarquable de ce film est la manipulation du temps […]


   

Ce jeu avec le temps est stupéfiant." Truffaut, comme l’immense majorité des spectateurs, reste béat devant la fameuse scène du match de tennis : Guy doit gagner rapidement pour empêcher Bruno de placer un indice qui prouvera sa culpabilité. Les deux hommes rencontrent des obstacles pour réaliser leur objectif et, chose étonnante, le spectateur vit un suspense pour les deux protagonistes : il souhaite que Guy gagne ses points, mais lorsque Bruno fait tomber le briquet qui doit accuser Guy dans une bouche d’égout, il ne peut s’empêcher d’être terrifié à l’idée qu’il ne le récupère pas. Logiquement, le public devrait être satisfait que ce personnage soit ralenti dans sa quête morbide, mais la mise en scène est d’une telle ingéniosité qu’il en vient à avoir de la compassion pour le "méchant" ! Qui a dit qu’Alfred Hitchcock aimait torturer son public ?Si l’on y réfléchit avec plus de recul, pourquoi Bruno est-il si pressé ? Aucune raison ne justifie son empressement, d’ailleurs il arrive trop tôt sur les lieux de la fête. Au fond, la raison de son impatience n’est autre que le besoin d’accélérer l’intrigue : Bruno travaille pour Alfred ! Cette scène n’est pas unique dans son efficacité.




La visite de Guy chez le père de Bruno avec cette montée de l’escalier en haut duquel se dresse un chien à l’apparence féroce s'avère diabolique : non seulement le spectateur a un doute sur les intentions de Guy (premier suspense) mais l’apparition de ce molosse apporte un obstacle à la progression du héros (second suspense). Hitchcock prend ici un malin plaisir à doubler le stress de son public. Parmi les scènes marquantes, on peut aussi rappeler le meurtre perpétré par Bruno dans la fête foraine : il suit sa proie avec un sourire carnassier et sadique. On sait évidemment ce qui va arriver à cette femme, mais il est impossible de vivre la situation avec légèreté ; naïvement le public continue d’y croire et, tel un enfant devant Guignol, l’envie de crier que Bruno est "là pour faire du mal" le démange. Et pour conclure cette scène, le dernier plan sur les lunettes peut être qualifié de fulgurant. Enfin, il y a la séquence finale avec le manège qui s’emballe et finit par se détruire. Alors que les rails du premier plan symbolisaient la rencontre des deux hommes et le démarrage de l’intrigue, ces images sonnent le glas d’une mécanique narrative que Hitchcock précipite dans ce "climax" spectaculaire. Le spectateur quitte alors la salle comblé d’avoir frémi pendant une centaine de minutes. Cependant aujourd’hui, ce film n’est jamais cité comme l'un des meilleurs du maître. Que lui manque-t-il donc pour rivaliser avec La Mort aux trousses, Fenêtre sur cour ou Vertigo ?(http://www.dvdclassik.com/critique/l-inconnu-du-nord-express-hitchcock)

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