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mardi 6 novembre 2018

La Menace

La Menace est le deuxième film de la grande série de polar qui marqua le début de carrière d’Alain Corneau, venant après l’inaugural et salué Police Python 357 (1976) et avant Série Noire (1979) et Le Choix des armes (1981). Corneau dans chacune e ses œuvres redéfinissait avec déférence mais de manière personnelle la dimension de fatalité du polar, la tirant vers le piège implacable dans Police Python 357, la tragédie pour Le Choix des armes ou le pur sordide dans Série Noire. La Menace prolonge donc une première fois le sillon de Police Python 357 tout en s’en démarquant. Le poids d’un destin s’avère à la fois concret et flottant à travers la mise en scène de Corneau filmant le couple Yves Montand/Carole Laure en amorce, sous un regard extérieur, qu’il soit celui haineux de l’amante rejetée Dominique (Marie Dubois) où celui plus indistinct de la fatalité qui pèse sur eux. Ces deux regards peuvent être clairement identifiables ou incertains, Corneau jouant tour à tour sur le thriller le plus concret et une dimension plus métaphysique avec des mouvements de caméras circulaires qui emprisonnent les personnages dans d’impressionnants décors naturels. Le scénario piège nos héros dans une suite de hasards improbables jouant une sorte d’effet miroir déformant avec Police Python 357. Le Yves Montand réellement coupable dans le film précédent adopte ainsi une attitude de de secret et dissimulation identique dans La Menace où il est innocent mais où tous les éléments se liguent contre lui. Son attitude sera un défi au destin avec un stratagème alambiqué dont le côté réfléchi rend le personnage plus froid et moins romanesque que dans Police Python. 





L’émotion fonctionne donc par l’alchimie entre Montand et Carole Laure, sobre et passionnée dans les premiers instants du film puis douloureusement contenue lorsqu’ils mystifieront leurs accusateurs. La première partie pose ainsi la situation (formidable Marie Dubois en amante rejetée et désespérée) et le piège dans une veine sobre, glaciale et étouffante.La seconde partie prolonge la tragédie en marche mais cette fois la laisse exploser par la seule image, dans les grands espaces canadiens et par l’adrénaline d’une scène d’action impressionnante. Corneau fait ainsi cohabiter un imaginaire policier français blafard et intimiste avant de laisser exploser une inspiration américaine fonctionnant par ces grands espaces convoquant le western et le road movie. Les cascades de Remy Julienne sont époustouflantes (Montand se rappelant au bon souvenir du Salaire de la peur en donnant de sa personne au volant de son semi-remorque), les morceaux de bravoure ne constituant pas un simple aparté spectaculaire mais un vrai prolongement du drame par sa conclusion tragique. Le final noir et mélancolique dresse donc une concrétisation du polar selon Alain Corneau, à la fois dans la tradition et un vrai renouveau qui allait s’exprimer pleinement avec le classique Série Noire. (http://chroniqueducinephilestakhanoviste.blogspot.com/2015/09/la-menace-alain-corneau-1977.html)





Si le film fut formaté pour être un succès commercial, c’est pourtant un ratage artistique spectaculaire. La première défaillance du film tient à l’accumulation d’invraisemblances dans une histoire à dormir debout. Ces invraisemblances sont non seulement factuelles – par exemple la rapidité de réaction des camionneurs canadiens qui se transforment presqu’instantanément en vengeurs unis et solidaires d’une cause qu’ils ne peuvent pas vraiment comprendre – mais aussi sur le plan psychologique – les réactions de Julie et d’Henri sont invraisemblables quand d’abord ils cherchent à camoufler leur présence sur les lieux, puis ensuite quand Henri met en œuvre un plan tellement compliqué que ses chances de réussite sont voisines de zéro. L’histoire de l’horloge que Savin met en panne est le symétrique de la panne qu’il occasionne sur sa machine à écrire, on suppose que cela donne l’allure d’une histoire compliquée. Le deuxième aspect négatif du film est que Corneau choisit – sans doute influencé par les théories péremptoires de Jean-Patrick Manchette – ce qu’il pense être un point de vue behavioriste, et donc il va privilégier l’action, mais ce faisant il multiplie les scènes inutiles qui se répètent, les camions qui tournent dans tous les sens, la répétition des confrontations de Julie avec l’appareil judiciaire, ou encore les colères de Dominique. Le film n’arrive jamais à choisir son point de vue : est-ce un film sur la passion amoureuse et ses conséquences dramatique ? Est-ce un film sur les arcanes judiciaires qui se perdent dans fausses pistes au détriment de faux coupables ? La fin d’ailleurs laisse perplexe : Savin est-il puni pour son passé douteux ? Est-il puni pour avoir trahi Dominique ? Les hypothèses restent ouvertes. On a comparé ce film à Hitchcock, malgré les réserves qu’on peut formuler à l’encontre de ce réalisateur, il y manque la minutie de la mécanique.(http://alexandreclement.eklablog.com/la-menace-alain-corneau-1977-a125442472)

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