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dimanche 18 novembre 2018

Knife of Ice

Il coltello di ghiaccio est, à mon sens, le meilleur giallo de son réalisateur. Il s'agit d'un spectacle de haute tenue, maîtrisé, doté d'un travail sur la photographie, dû à José F. Aguayo Hijo, absolument remarquable. La narration y est limpide, le montage simple et efficace, et tout l'art de Lenzi pour cette livraison là est d'avoir sû instiller une ambiance proche de l'univers d'Allan Edgar Poe sans jamais démentir. C'est aussi une plongée assez vertigineuse dans la psyché de Martha Caldwell à laquelle nous assistons. "Alice au pays des démons" est également convoqué avec une interprétation magnifique de Carroll Baker, qui, elle aussi, livre sa meilleure prestation, se faisant une plongée à travers le miroir, assez proche de celle que se faisait Carole (Florida Bolkan) dans le génial Venin de la peur de Fulci l'année précédente ou, plus tard, Silvia (Mimsy Farmer) dans un autre thriller fantasmagorique somptueux, The Perfume of The Lady in Black de Francesco Barilli. Pas de doute, Umberto Lenzi et ses co-scénaristes Luis G. de Blain et Antonio Troiso empruntent chez Fulci. Mais pas seulement. De part la présence d'une secte satanique en arrière plan, et tout ce que cela pourrait sous-tendre d'implications à l'intrigue, on pourra également le rattacher facilement au travail de Sergio Martino et de son Tutti i colori del buio, d'autant qu'on y trouve au sein des deux films un personnage assez similaire, ou, tout du moins, deux yeux scrutateurs omniprésents, dotés de lentilles quasi interchangeables (portées par Ivan Rassimov pour le Martino). Pourtant, Umberto Lenzi parvient à se démarquer de ses comparses de manière autant astucieuse qu'efficace.La présence du cimetière offre au film un cachet indéniablement bien exploité, trouble et hypnotique, renvoyant à la fois à Poe cité plus haut mais aussi au duo Argento/Sacchetti venant puiser chez Bryan Edgar Wallace pour leur Chat à neuf queues. On y sent l'omniprésence de la mort. Les croix semblent faire partie intégrante des cadres. Les brumes viennent envelopper les paysages pour les transformer en miroirs que l'on choisit de traverser ou non. L'abondance de scènes nocturnes (peut-être un tiers du film) parachève d'emmener autant Martha que le spectateur vers un inconnu que l'on connaît mal.





Celui des traumas enfantins, celle de la peur du noir, derrière lequel se cache parfois des démons factices et fantasmés mais aussi des démons réels. La peur prise à sa racine et qui suivra toute une vie, un peu à l'instar de la citation qui ouvre Knife of Ice et prise chez Poe lui-même, pour la décliner ensuite tout le film durant, en plus de donner son explication au titre du film : "La peur est un couteau de glace qui vous déchire au plus profond de votre conscience". Contrairement à certaines oeuvres giallesques de Lenzi, parfois paresseuses (Le tueur à l'ochidée), parfois un peu statiques et bavardes (Orgasmo, Paranoïa), ou parfois même, quoique attractives, un peu courtes et répétitives au niveau de l'histoire (Eyeball), le réalisateur parvient ici à jongler avec plusieurs courants giallesques en même temps que de se réapproprier avec une belle maestria toutes les influences évoquées. On ne trouvera en aucun cas ici l'onirisme cher à Lucio Fulci, par exemple. Il n'y aura pas non plus la lisière fantastique propre au film de Francesco Barilli, ni même les délires psychédélico-sataniques d'un Martino.





Non, Lenzi opte pour une mise en scène classique mais ornée de plans très élaborés flirtant avec le morbide ainsi qu'avec un zeste de freudisme. La scène finale restera à cet égard longtemps gravée dans la mémoire.Il élude également toute la panoplie érotique habituelle en même temps que les morceaux de bravoure à l'arme blanche. Exception faite du premier meurtre dans le garage, on ne verra luire, ni de près, ni de loin, aucune lame. Par contre, la façon dont il suit notre héroïne, ses déambulations de nuit, donne au film des allures de cauchemar éveillé ou d'insomnie teintée de paranoïa. Une paranoïa rejoignant la citation de Poe en préambule et trouvant sa source dans l'enfance pour aboutir, peut-être, à une conscience retrouvée. Mais à quel prix ? Il faudra voir le film pour le savoir car je ne vous ferai pas l'offense d'en dire davantage. Aidé par des comédiens unanimement convaincants, avec, bien entendu, Carroll Baker qui porte le film sur ses épaules (et à l'aide de bougies ou d'allumettes), mais aussi un excellent Eduardo Fajardo, trouvant ici l'un de ses rôles les plus intrigants et subtils. Omniprésent lui aussi, même dans l'ombre, sa composition est un délice d'humour noir pince-sans-rire dans le rôle d'un personnage à la fois sinistre et malicieux.  (https://www.psychovision.net/films/critiques/fiche/1241-knife-of-ice)

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