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dimanche 4 novembre 2018

Bonne chance !

Après avoir tourné Pasteur en un peu plus d’une semaine, Sacha Guitry est encouragé par Fernand Rivers (assistant très largement chargé, en réalité, des questions de mise en scène) à ne pas relâcher ses efforts, et à tourner un film qui serait aussi différent du précédent que l’on puisse l’imaginer. Guitry le prend au mot : là où Pasteur était un film austère et droit, sans fantaisie et sans rôles féminins, adapté par l’auteur d’une de ses plus célèbres pièces et dans lequel il jouait un rôle essentiellement dramatique autrefois tenu par son père Lucien, Bonne chance ! serait un film frais et débridé, à la narration très libre, écrit spécialement pour l’écran, et dans lequel Sacha Guitry jouerait un personnage proche de son image publique, aux côtés de la sémillante Jacqueline Delubac, avec laquelle il s’apprêtait à convoler.Les deux films sont d’ailleurs envisagés comme un double-programme où chaque film équilibrerait l’autre : « Je serais navré que l’on rît à Pasteur et que l’on pleurât à Bonne chance ! », concède-t-il ainsi dans un entretien à la presse. Son ambition, en réalité, est de réaliser un film fortement imprégné de cette certaine idée de la culture française qu’il incarne, mais qui adopterait le rythme, la vivacité ou l’énergie de ces comédies américaines qui abondent alors sur les écrans. De fait, Bonne chance ! est un film remarquablement enlevé, imaginatif et mobile, quitte d’ailleurs à ce que cela lui nuise un peu sur la durée : l’ensemble donne parfois l’impression d’être décousu, avec des directions narratives pas limpides ou traitées avec trop de légèreté. Ce qui importe, avant tout, est l’esprit extrêmement libre du film, qui n’hésite pas à filmer Sacha et Jacqueline dans l’intimité de leur complicité hors-normes. L’occasion est peut-être belle, ici (il n’y aura guère que pour Faisons un rêve qu’elle se présentera à nouveau dans cette mesure), pour insister sur la manière dont Jacqueline Delubac aura été, plus que tout autre compagne (Yvonne Printemps, il est vrai, n’ayant pas eu l’occasion de tourner sous la direction de Sacha), une collaboratrice bien plus qu’un faire-valoir, et que son élégance autant que sa fraîcheur auront su représenter – malgré une technique de jeu pas toujours académique – de véritables plus-values à certains films de Sacha Guitry.(http://www.dvdclassik.com/critique/bonne-chance-guitry)





Dans Bonne chance !, on a parfois l’impression – impression corroborée par les récits de techniciens présents sur le plateau – que les deux amants parvenaient à oublier qu’ils tournaient un film pour se laisser aller à des échanges de traits d’esprit ou d’espiègleries tels qu’ils pouvaient en avoir dans leur quotidien commun. Pour cette raison, si certains dialogues sous forme de calembours ou d’homophonies peuvent parfois paraître indignes de la qualité d’écriture que l’on associe volontiers (et à raison) au nom de Sacha Guitry, ces maladresses paraissent dans ce film-ci comme les témoignages délectables de l’entente physique et intellectuelle qui régne alors au sein de leur couple. Bonne Chance est le premier film parlant de Sacha Guitry (il avait réalisé toutefois un film muet 20 ans auparavant). Une jeune femme, qui vient de se fiancer sans enthousiasme à un garçon gauche et emprunté, gagne à la loterie après qu’un artiste de son quartier, bien plus âgé qu’elle, lui ait souhaité bonne chance. Elle lui avait promis de partager les gains et ils partent tous deux en voyage avant son mariage. Le scénario a été écrit par Sacha Guitry spécialement pour le film, l’auteur ne croyant pas vraiment encore au cinéma mais désirant tenter l’expérience. C’est un film que l’on a longtemps cru perdu qui permet de profiter de ce couple fabuleux formé par Jacqueline Delubac, au sourire enjôleur, et Guitry. 





L’ensemble est léger avec beaucoup de bons mots dans les dialogues (la scène où ils passent commande dans un restaurant est un délice). S’il n’a pas la qualité de réalisation des longs métrages suivants du Guitry, Bonne Chance en a toute la fraîcheur et se révèle même assez brillant. Bonne chance ! est la première fiction originale écrite par Sacha Guitry pour le cinéma et témoigne de la manière unique qu'avait le fameux auteur de concevoir le divertissement sur grand écran, une farandole de plaisirs égoïstes qui ravissent tous les spectateurs. Guitry est libre devant et derrière la caméra et son film regorge de cette sensation rare de liberté artistique : sur un fond noir on entend Pauline Carton déclarer "Bonne chance !", Guitry s'arrête au coin d'une rue et voyant qu'elle porte le nom d'Albert Willemetz (l'un des plus fameux paroliers de Maurice Chevalier notamment !) il s'exclame "Ah ? Déjà !" ou se délecte à déclarer lors d'un repas "Ce qu'il y a d'embêtant avec les bateaux, c'est que la sauce des asperges ne reste jamais où on la met !". Sacha Guitry dialogue ce film de 75 minutes avec bonheur et nous offre une petite pépite qui se déguste comme une sucrerie. Son immense talent d'auteur comique se retrouve dans une des meilleures scènes du film, celle du repas, que je vous propose d'écouter ici, où les trois personnages se livrent à une joute verbale parfaitement improbable mais magnifique !  (http://lagedorducinemafrancais.blogspot.com/2012/11/bonne-chance-de-sacha-guitry-1935.html)

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