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samedi 27 octobre 2018

Patterns


Par ces temps qui courent de crise du capitalisme, les premières images de « Patterns » nous ramènent au temps devenu béni où les hommes étaient seuls aux affaires pendant que les femmes étaient tranquillement à la maison à s’occuper de leur intérieur ou cantonnées aux rôles de secrétaires stationnées dans le couloir devant le bureau de leur chef de service vénéré ! Mais on déchante vite car cette imagerie bon enfant que l’on aurait tendance à idéaliser de nos jours se fissure très vite. Déjà en 1956 toute la panoplie des manoeuvres utiles au harcèlement était en possession des patrons décidés à se séparer d’un cadre jugé dépassé. On a franchi un pas supplémentaire depuis et comme nous le montre le superbe film de John Wells « The company men » les charrettes sont accessibles désormais à tous les échelons de la hiérarchie. Il est symptomatique de constater que dans les deux films pourtant distants de 55 ans, un cadre paye de sa vie la brutalité d’un système auquel il a lui-même adhéré. Le trop sous-estimé Van Heflin qui se trouve placé au milieu de ce jeu de la mort, tentera du mieux qu’il peut de s’opposer à cette machinerie infernale. En vain car rien n’arrête le capitalisme qui se croyait encore triomphant en ces années de plein emploi. Le temps fera son action et le jeune directeur de la production saura ravaler sa rancœur pour se mettre au service de son patron despotique. Le film dont le scénario est écrit par Rod Serling, le fameux créateur de la « Quatrième Dimension », fera un tabac aux Etats-Unis. Il conserve toute sa force aujourd’hui et on peut apprécier toute l’humanité et le désespoir contenus dans le jeu d' Ed Begley, magnifique en pauvre bougre conduit à l’abattoir par un patron à la limite du cas psychotique (Everett Sloane qui lui-même se suicidera en 1965). Magnifique même si très académique dans sa mise en scène.Assurément cela sent le théâtre filmé, et la mise en scène de Fielder Cook (honnête par ailleurs) n'est clairement pas ce qui retient notre attention. Non, c'est bien la présence du légendaire Rod « La Quatrième dimension » Serling au scénario, et de ce point de vue, « Patterns » est une réussite certaine. C'est que c'était osé à l'époque d'aborder de façon aussi radicale le milieu du travail, d'exposer avec autant de violence le harcèlement psychologique, aussi subtil soit-il, vis-à-vis de quelqu'un.Quelques scènes sont à ce titre mémorables, la performance brillante d'Everett Sloane en patron tyrannique tirant manifestement l'oeuvre vers le haut. Le résultat n'est toutefois pas totalement enthousiasmant, la faute peut-être à un léger manque de densité, mais qu'importe. On y voit le monde de l'entreprise d'un oeil différent, beaucoup plus féroce, et ce dès 1956 : c'est déjà une performance, d'autant que la fin s'avère assez inattendue... A découvrir.(http://www.allocine.fr/film/fichefilm-193526/critiques/spectateurs/)





On a rarement filmé l’Organisation dans l’histoire du cinéma américain comme l’a fait Patterns. Dans le sillage de Vidor (The crowd) : Fielder Cook représente la grande entreprise intégrée en insistant sur la verticalité et le confinement : les contre-plongées sur les buildings et l’enfer urbain sont nombreux et dans les plans d’intérieur, les personnages sont saisis à distance, comme engloutis par l’ordre des lieux. La caméra est stable, les plans larges et symétriques. La critique de la grande entreprise multidivisionnaire est détaillée, bavarde et exhaustive, très loin de l’approche pachydermique de nombreux films récents (Ressources humaines de Cantet, Margin Call de Chandor, Le Capital de Costa-Gavras…). Patterns est la description, sans réelle intrigue, de la logique économique et compétitive. On y filme la division sexuelle du travail, avec ces rangées de femmes secrétaires, esclaves montant la garde devant le bureau de leur « executive », la placardisation et le harcèlement, l’idéologie du « struggle for life » inhérent au discours managérial. Les 80 minutes de Patterns sont une enfilade d’engueulades autour de l’ambition et de l’arrivisme, entre le personnage principal et témoin, Fred, et dans le rôle du briseur de scrupules, tantôt son patron, tantôt sa femme, acquis autant l’un que l’autre aux principes du darwinisme social.



Adapté d’une « dramatique » diffusée l’année précédente, « PATTERNS », écrit par le mythique Rod Serling, est un petit bijou d’une noirceur absolue, qui avec un bon demi-siècle d’avance tend à notre société d’aujourd'hui, un miroir nauséeux et sans complaisance. Situé dans une grosse entreprise, le film parle d’une société déshumanisée, où règnent le profit et la loi du plus fort. Il parle aussi et surtout de harcèlement. Le PDG rapace pousse son sous-directeur vieillissant et malade vers le tombeau, en l’humiliant jour après jour, en niant son existence, en le poussant à la faute. Cet affrontement feutré – dont la finalité est la démission du malheureux – se déroule sous l’œil du nouveau venu (Van Heflin) qui découvre peu à peu qu'il sera bientôt le remplaçant de la victime désignée. « PATTERNS » est une œuvre froide et implacable, parce que totalement honnête et réaliste. Si le patron, Everett Sloane, génial avec son physique de petit rapace cruel abat ses cartes et ne se cherche aucune excuse, le « héros » Heflin tente de garder un semblant d’humanité et d’intégrité. Partagé entre son ambition (et celle de sa femme !) et sa compassion, il va assister à la mise à mort programmée en protestant mollement. Et il finira par rentrer dans le rang, persuadé qu'il saura faire la différence et combattre le système pied à pied, alors qu'il est plus que probable qu'il connaîtra le même sort que son prédécesseur, dans quelques années. Une œuvre impitoyable donc, qui parlera à tous ceux qui souffrent sur leur lieu de travail, car si voitures et costumes sont démodés, tout le reste est d’une hallucinante actualité. Et ce qui semblait être une fable un peu excessive en 1956, apparaît aujourd'hui d’une acuité terrible. L’apanage des grands auteurs ? La réalisation est soignée, parsemée d’excellentes idées comme cet infarctus filmé de façon « subjective » et le casting exemplaire, tout particulièrement Ed Begley dans le rôle du vieil employé sacrifié et Beatrice Straight en épouse aux dents longues sous ses airs de gentille ménagère de moins de 50 ans.(http://wild-wild-western.over-blog.com/article-patterns-1956-81465834.html)

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