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vendredi 5 octobre 2018

La Métamorphose Des Cloportes

Il paraît qu’Audiard aimait pas trop le titre: "La Métamorphose Des Cloportes", lui préférant le Terminus des prétentieux. Les prétentieux, c’est les trois malfrats de seconde zone et puis aussi Tonton, qui profitent tous d’Alphonse. Et puis c’est peut être aussi Alphonse lui-même, qui finalement est trop sûr de lui et finit par se faire avoir à son tour. Il n’ya pas vraiment de gens biens dans ce film, tous sont des profiteurs qui essaient de se manipuler l’un l’autre pour leur propre intérêt. Le Michou nous a, comme à son habitude, concocté des dialogues aux petits oignons et chaque minute est un petit morceau d’anthologie argotico-littéraire, ce qui fait que l’on revoit toujours ce film avec plaisir si on est fan du dialoguiste, comme une bon petit dessert chocolaté après le camembert au lait cru, avec un sourire sur les lèvres du début à la fin. On a des grands acteurs à la pelle, les vieux baroudeurs avec Brasseur et Biraud, le type dont on se souvient jamais mais qu’on voit dans tous les polars et comédies des années 50/60, les nouveaux avec Aznavour qui prouve qu’il a autant de talent comme acteur que comme chanteur, et Ventura, qui a déjà une vingtaine de films à son actif et est en train de devenir l’un des acteurs préférés des Français. Dont je. Lino, c’est mon chouchou, de Touchez pas au Grisbi à Garde à Vue en passant par Cadavres Exquis (superbe polar italien), l’Emmerdeur, Cent mille Dollars au Soleil, (A ce propos une des plus belle répliques de Bébel dialogué par Audiard : Veinarde, va ! Tu m’as choisi parce que je suis beau, et crac ! V’là qu’en plus c’est un cerveau, le mec ! ) Les aventuriers, et les Grandes Gueules, j’adore ce mec. Touchez pas au Lino, sinon je mords ! Et il est vraiment génial dans le rôle du type qui s’est fait entuber sévère et rumine sa vengeance. Les lignes qu’il délivre quand il est en tôle (tandis qu’on voit les années s’écouler avec le bilan journalistique annuel de l’ORTF, finissant toujours par un Jacques Anquetil victorieux sur le tour, petit clin d’œil d’Audiard qui était fan de la petite reine) sont un pur moment d’anthologie : L’Arthur c’est simple. J’lui fais bouffer son passe-montagne. J’le plonge dans l’eau glacée et j’attends qu’ça gonfle. Quant à Edmond, mon ami Edmond… Je sais pas encore ce que je lui ferai, mais je veux que ça fasse date. Jacques Clément 1589, Ravaillac 1610, Robert-François Damiens 1757, Edmond Clancul 1965…


               


Pierre Granier Deferre, qui signe là son troisième long-métrage, est un réalisateur qui aura pas trop fait parler de lui, bien qu’on lui doive deux trois films bien solides, genre La Horse, Adieu, Poulet (un très bon polar politique avec Ventura et le génial Patrick Dewaere) et La Veuve Couderq, avec la bigger than life Simone Signoret, liée jusqu’à sa mort à Yves Montand et au Parti. Ici, on le sent hésitant, le Pierrot. Il tâtonne entre le style Nouvelle Vague, scènes en décors naturels dans un Paris en pleine mutation, où les petites rues bien typiques sont en train de se faire avaler par les grands buildings, et le cinéma de papa, comme disait Truffaut, normal, c’est du Audiard tout plein, la plupart des acteurs sont des vieux de la vieille avec des dialogues taillés sur mesure et peu de place pour le dialogue improvisé. Un film de transition, donc, tant au niveau du fond que de la forme et du point de vue historique et j’en passe. Sûrement la première raison pour laquelle, en son temps, ce film n’a pas su vraiment trouver son public. La seconde étant le ton finalement très noir du propos, malgré la drôlerie des dialogues et des situations.


               

Oui, c’est un film plutôt pessimiste, voire même achement fataliste, presque complètement existentialiste, au ton cynique, grinçant, peuplé de personnages poissards et minables à la morale vachement dégueulasse, dégueus comme ces cloportes que l’on écrase avec une éphémère jouissance déjà amère sous nos semelles usées par trop de déambulations hagardes et nocturnes dans ces villes déshumanisées dont l’asphalte sombre et omniprésent a totalement absorbé les étoiles scintillantes qui faisaient brûler d’un feu de joie champêtre nos yeux espiègles et rieurs de gamins rebelles dont les poumons gonflés de foi en l’avenir se sont recouverts d’une suffocante chape de goudron qui a scellé, contresigné notre destin inévitable comme cette lourde et grinçante porte de cellule qui se referme inéluctablement sur le visage désabusé d’Alphonse lequel, malgré tout, éprouve encore un sursaut d’espoir, espoir finalement annonciateur de son ultime aliénation : C’est rien, tout ça, c’est rien. Vingt ans, ça se fait sur une jambe. Il avait raison mon ami l’emballeur, « assieds toi au bord de l’Oued et tu verras passer le cadavre de ton ennemi ». Et bien je vais m’y assoir au bord de l’Oued. Et le temps qu’il faudra. Et si elle passe pas la Catherine, et ben j’irais au devant d’elle. Le temps que je sorte elle aura 45 berges la Catherine ! Et avec les millions qu’elle se sera goinfrée elle aura grossie. Et ca fera un cloporte bien gros, les plus chouettes à écraser sous le talon. On m’laissera prendre la main et y’en a qui vont comprendre. Crac ! Crac ! Sous de talon ! Ils vont comprendre, tous ! À coups de talons, à coups de talons, à coups de talons, à coups de talons …(https://www.doc-cine.fr/le-coin-du-cinephage-4-la-metamorphose-des-cloportes/)

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