.

.

mardi 30 octobre 2018

Jusqu'au dernier

Voilà un petit film noir très représentatif de ce qui pouvait se faire en France à cette époque. Le réalisateur est Pierre Billon, cinéaste injustement oublié qui avait fait ses classes du temps du muet, puis qui avait fait quelques beaux succès juste après la guerre comme Mademoiselle X ou L’homme au chapeau rond. Jusqu’au dernier sera son dernier film. Le scénario est dû à André Duquesne. C’est un auteur très prolifique qui donna des ouvrages à la Série noire, aux Presses de la Cité et surtout au Fleuve noir sous le nom de Peter Randa. Il joua sur de nombreux tableaux, passant de la Science-Fiction au polar, ou au roman noir, avec des incursions dans la veine horrifique et dans le roman érotique. Sous ses divers pseudonymes, il a dû écrire plus de 300 romans. Dans le genre noir, il a réussi assez souvent. Mais son meilleure est sans doute en Série noire, même si on trouve de très bons Peter Randa au Fleuve noir, très souvent d’une violence crue. Si cet auteur n’a pas la place qu’il devrait avoir c’est sans doute à cause de ses opinions politiques d’extrême-droite qui l'ont marginalisé. En vérité ses romans noirs le rapprocheraient plutôt d’André Héléna. Il a participé au scénario, et Michel Audiard a écrit les dialogues. Fernand Bastia est un truand qui a trahi les siens en les balançant à la police pour un coup qu’ils avaient fait et qui avait été sanglant. Il les a trahis pour s’approprier le magot de 14 briques. Il va se planquer dans un cirque où travaille sa sœur qui tire les cartes. Il se fait embaucher comme présentateur. Il va loger chez Dario le trapéziste, mais le gitan le surprend en train de cacher de l’argent. La jeune Gina va tomber sous le charme de Fernand. La bande de Riccioni cependant s’active pour le retrouver, tandis que la police les recherche.




Elle va leur mettre la main dessus, grâce aux indications de Fernand, mais Riccioni va s’en tirer à coups de pistolet alors que presque tous ses autres complices sont abattus. Tandis que Fernand et Gloria rentrent dans une relations amoureuse, Riccioni et Pépé viennent trouver leur ancien associé et lui intimer l’ordre de rendre le pognon du hold-up de Marseille. Fernand projette de s’enfuir avec Gina, mais le ticket de consigne a disparu ! Ne sachant trop comment retrouver le fameux ticket, Gina suggère d’aller attendre le voleur à la Gare du Nord. Suivi par Angèle, la poule de Riccioni, il va au guichet de la consigne, mais la valise est déjà partie. Le gitan va proposer à Cinquo d’épouser sa fille et en échange il va renflouer le cirque. Riccioni va enlever Fernand pour lui faire avouer où il a planqué le pognon. Gina va tenter de délivrer Fernand, mais elle se fait agrafer à son tour par Pépé. Bientôt tout tourne mal, Pépé butte Marcella, puis Ricccioni se fait descendre par les gendarmes. Ceux investissent le cirque, le gitan se croyant menacé commence à brûler l’argent du hold-up, mais sa mère intervient. Finalement le magot va disparaître et Fernand sera tué. L’histoire est relativement simple et dépourvue de psychologie. La plupart des protagonistes de cette sombre histoire n’ont guère de conscience ni de morale. Gina ne fait pas confiance à Fernand, et c’est réciproque, Cinquo est prêt à vendre sa fille au gitan si cela peut lui rapporter de l’argent.




Seul le couple représenté par Riccioni et Angèle semble avoir un petit peu de dignité. Le gitan et sa mère se détruisent pour de l’argent. Fernand est une balance – un donneur – comme on disait dans le temps. Il est lâche et c’est seulement le fric comme horizon qui lui fait retrouver un peu de courage. C’est très noir, André Duquesne a bien retenu la leçon des grands auteurs de la littérature noire, son histoire rappelle un peu Day Keene, qui se passe aussi dans une fête foraine. Mais l’intérêt n’est pas seulement là. Il réside d’abord dans le milieu qui est présenté, les forains, les gens du cirque. Comme c’était des loisirs très populaires, il y a de nombreux romans noirs et de films qui se passent dans ce milieu, son mystère semble très propice à des histoires criminelles. En dehors de Day Keene que j’ai cité plus haut, il y a Boileau-Narcejac qui s’en sont saisi, San-Antonio le fera aussi dans En peignant la girafe par exemple.C’est cet aspect populaire qui est particulièrement réussi dans le film. Fernand doit fuir Paris, il se réfugie en province à Beauvais. Billon va utiliser très astucieusement les décors naturels. La ville ses cafés, ses avenues, mais aussi cette foule un peu naïve, prête à s’extasier sur n’importe quel spectacle. A travers ce décor, on suit aussi un peu le travail curieux et misérable des forains.(http://alexandreclement.eklablog.com/jusqu-au-dernier-pierre-billon-1957-a131491682)

3 commentaires: