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samedi 20 octobre 2018

Comme un Torrent

"Il arrive que le vernis de l’élégance et le raffinement de la narration ne puissent pas toujours dissimuler l’angoisse existentielle du visionnaire qu’est Minnelli. C’est comme si un excès d’émotivité et de désir frustré, désormais impossible à contenir, se déchaînaient sous la forme de délirants mouvements de caméra, d’explosions de lumière et de couleurs, de musiques fracassantes et de montage frénétique" lit-on à la page 1020 de l’Encyclopédie Atlas du cinéma. C’est tout à fait ce qui caractérise des séquences comme le final lors de la fête foraine de Comme un torrent, la chasse au sanglier de Celui par qui le scandale arrive et de nombreuses autres scènes de beaucoup de films antérieurs du cinéaste (celles du départ nocturne sous la pluie de Lana Turner dans Les Ensorcelés (The Bad and the Beautiful) de la chasse à l’homme dans Brigadoon…). C’est cela le lyrisme "minnellien", l’un des éléments les plus spécifiques de son cinéma et qui rend ce dernier aussi reconnaissable et inoubliable par la fusion de ce souffle romantique exacerbé avec un suprême raffinement par ailleurs.Tournés tous deux à la suite, Comme un Torrent et Celui par qui le scandale arrive, sont de puissants mélodrames psychologiques et familiaux, charriant leurs lots de situations tragiques, brassant de multiples personnages et abordant de riches et complexes thématiques. On savait bien à l’époque que Minnelli n’était pas qu’un génie de la comédie musicale puisqu’il avait aussi signé des merveilles dans l’intimisme pur avec L’Horloge (The Clock) et dans le drame, que ce soient une adaptation littéraire comme Madame Bovary, la description sans concession du milieu du cinéma avec Les Ensorcelés (The Bad and the Beautiful) ou un biopic lyrique tel La Vie passionnée de Vincent Van Gogh (Lust for Life) mais jamais auparavant il n’avait plongé ses films dans d’aussi sombres recoins. Pourtant, juste avant d’aborder ce côté obscur de sa filmographie, le cinéaste venait de tourner coup sur coup trois films totalement dissemblables et à mille lieux de ceux qui allaient suivre.

                 

D’abord il nous offrit l’une des comédies les plus drôles et enlevées du cinéma américain avec La Femme modèle (The Designing Woman) ; puis fit briller d’un éclat indélébile les derniers feux du musical hollywoodien avec l’un des sommets du genre, Gigi ; enfin il nous concocta une petite merveille de comédie sophistiqué et suprêmement élégante comme lui seul en avait le secret : Qu’est-ce que maman comprend à l’amour ? (The Reluctant Debutante). Après trois œuvres aussi légères (et néanmoins géniales), les suivantes détonnent sacrément tout en nous satisfaisant tout autant ! Il en sera de même des celles à venir car, contrairement à ce qui s’est souvent écrit, Minnelli n’avait pas fini de nous émerveiller après ces deux réussites unanimement appréciées puisqu’il allait encore accoucher de films non négligeables tels Les Quatre cavaliers de l’apocalypse (The Four Horsemen of the Apocalypse) et d’un chef-d’œuvre de sensibilité, l’un des plus beaux films sur l’enfance, le magnifique Il faut marier papa (The Courtship of Eddie’s Father).





Mais revenons-en à cette année 1958 qui vit Minnelli entrer en compétition avec lui-même pour les Oscars, Gigi finissant grand vainqueur en remportant une tripotée de statuettes au détriment de Comme un torrent.Il est évident que ce dernier est d’un abord bien plus difficile. Par le fait que son scénario prenne son temps et délivre ses éléments dramatiques avec parcimonie, il est légitime que si l'on s'attendait à un film constamment lyrique et passionné, il puisse ennuyer, ne pas convaincre et ne pas nous dévoiler toutes ses richesse de prime abord ; bref, il prend le risque de laisser le spectateur sur le bord de la route, décontenancé de ne pas être plongé plus abruptement dans l’histoire et ne pas ressentir avec facilité de la sympathie pour les personnages. Plusieurs visions peuvent être nécessaires pour arriver à apprécier pleinement ce magnifique et attachant mélodrame ; j’en ai moi même fait l’expérience et la persévérance fut payante ! James Jones, l’auteur de Tant qu’il y aura des hommes a mis sept ans pour achever le millier de pages de son roman.(http://www.dvdclassik.com/critique/comme-un-torrent-minnelli)

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