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mercredi 17 octobre 2018

Comme la lune

Deux ans après le succès des Galettes de Pont-Aven (1975), Joël Séria (qui entre-temps avait signé le déroutant Marie-poupée (1976)) se retrouvaient avec ce Comme la lune qui constitue une variation passionnante et hilarante de leur film culte. Comme la lune reprend une partie du postulat des Galettes de Pont-Aven avec de nouveau un quarantenaire quittant vie de famille terne pour une jeune femme sexy et portée sur la chose. Seul grosse différence, les aspirations libertaires qui causaient le départ du héros de Pont-Aven sont ici remplacées par une pure motivation libidineuse et matérielle pour Roger Pouplard (Jean-Pierre Marielle). La fibre artistique du personnage de Pont-Aven donnait une poésie et une sensibilité qui ne s’estompait jamais même dans ses élans les plus paillards telles ces envolées sur les postérieurs féminins.Rien de tout cela ici avec le beauf magnifique qu’est Pouplard, profitant avec autant de voracité des formes généreuses de sa riche maîtresse Nadia (Sophie Daumier) que des luxueux cadeaux et du cadre de vie qu’elle lui offre. Il se vante d’ailleurs avec un m’as-tu vu vulgaire équivalent de sa voiture, de ses costumes criards que de cette compagne sexy, savourant les regards concupiscents des autres hommes. On rit donc souvent des facéties d’un Jean-Pierre Marielle en faisant des tonnes dans les poses fortiches et les tirades machistes, maladroit même quand il semble montrer un semblant de sensibilité en organisant l’improbable rencontre entre sa maîtresse et son ex-femme (qui finira naturellement en pugilat).Joël Séria nous montre un rêve libertaire baba cool qui semble avoir basculé vers le capitalisme, le sexe et la vie de luxe abordés dans une logique consumériste ayant remplacé les rêves d’amour et de peinture des Galettes de Pont-Aven. 







Sous les francs éclats de rire, le constat aurait donc plutôt tendance à être amer après la mélancolie douce du précédent film.Pourtant dans la dernière partie une vraie émotion daigne enfin se dévoiler, là encore en reprenant la structure des Galettes de Pont-Aven où le ton rigolard disparaissait lorsque le héros était quitté. Le bling-bling et le sentiment de possession machiste est poussé à son paroxysme jusqu’à ce que Pouplard perde tout pour plus nanti que lui. Livré à lui-même en compagnie d’une autre malheureuse en amour Yvette (Dominique Lavanant) il va comprendre l’aveuglement où il avait sombré. Marielle par sa bonhomie avait réussi à rendre son personnage plus risible que détestable et ainsi mis à nu s’avère réellement touchant. Dominique Lavanant en vieille fille malmenée par les hommes amène aussi une belle émotion, Séria filmant leur rapprochement avec une délicatesse aux antipodes de la frénésie grotesque des ébats entre Marielle et Sophie Daumier. 




Un habile parallèle final en flashback où Pouplard se trouve confronté à la même situation que son adultère initial laissera même clairement entendre que notre héros a changé. Conscient qu’un monde sépare déjà l’univers de Comme la lune et Les Galettes de Pont-Aven (la Bretagne champêtre et la Normandie flambeuse) et que la société se transforme, Joël Séria conclut d’ailleurs le récit sur une note ambiguë loin de l’idéalisme de Pont-Aven. Pouplard semble retrouver de sa forfanterie et Yvette fait les yeux doux à un jeune éphèbe, le règne de la frime 80’s et de la quête du clinquant s’annonce dans cette fin ouverte. Une œuvre qui vaut bien plus que ses atours volontairement grossiers.(http://chroniqueducinephilestakhanoviste.blogspot.com/2016/02/comme-la-lune-joel-seria-1977.html)

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