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mercredi 12 septembre 2018

Cobra Woman

Des six films Universal du couple Hall-Montez, Cobra Woman est le plus iconique et celui qui a le mieux tenu le coup après six décennies. Aucunement destiné à se faire une place au soleil des histoires du cinéma ou à s’imprimer durablement dans la mémoire du spectateur (ce type de film est le fast-food cinématographique de l’époque), Cobra Woman a pourtant, contre toute attente, réussi les deux prouesses. L’outrance de son scénario, de ses décors et costumes, de ses dialogues et la présence inaltérable de Maria Montez et, dans une moindre mesure, de Sabu, lui ont assuré dès sa sortie l’adoration de certains spectateurs pour lesquels il représentait l’Alpha et l’Omega du Camp Movie, bien avant que le terme lui-même n’existe.Car Cobra Woman est un véritable catalogue de Camp (un terme indéfinissable qui implique toutefois le triomphe du style sur la substance et le sens aigu du second degré et de l’exagération théâtrale). Entièrement tourné dans les studios Universal à Hollywood, le film use et abuse de faux lagons, de fausses jungles et de décors peints (« matte-paintings ») qui posent la première truelle du kitsch qui le cimente. Cette artificialité est amplifiée par le Technicolor (« Technicolor consultant : Natalie Kalmus », ceux qui savent ce que cela implique comprendront) qui fait flamboyer les jaunes, les bleus et les rouges et toutes les autres couleurs de l’arc-en-ciel, notamment les verts pour la jungle et les ocres pour les scènes nocturnes.Cobra Woman, ainsi que les cinq autres films précités, ont d’ailleurs donné à Maria Montez le titre officiel qu’aucune autre actrice d'Hollywood n’a réussi à lui ravir depuis : celui de Queen of Technicolor. On pourrait y ajouter un autre titre, plus disputé celui-là, mais sur lequel elle aura toujours un droit de préemption : celui de Queen of Camp. Oui, Maria Montez (1912-1951) s’est fait une place de choix dans le Panthéon des déesses secondaires de l’âge d’or hollywoodien.


                 

Née en République Dominicaine (d’où un autre de ses surnoms : « Le Cyclone des Caraïbes ») mais d’origine espagnole, la jeune femme fit une première carrière à Hollywood où son plaisant physique et son accent hispanique prononcé lui assurèrent les rôles exotiques qui firent sa gloire, dont, bien sûr celui de Cobra Woman. Si son couple à l’écran avec John Hall (1915-1979) fut le plus célèbre de la Seconde Guerre Mondiale, elle fut Mme Jean-Pierre Aumont à la ville et la mère de Tina Aumont. Elle fit la seconde partie de sa carrière en Europe où elle avait suivi son mari. Actrice au talent très limité mais à la présence indéniable, elle traversait ses films avec une assurance admirable, sûre à la fois de son apparence (n’a-t-elle pas dit un jour : « Quand je vois ma beauté, je crie de joie ! ») et de son talent (Robert Siodmak confia avec un certain humour que « c’était une parfaite actrice de composition : quand elle jouait le rôle d’une reine dans un film, il fallait qu’on la traite comme une reine sur le plateau ; quand c’était le rôle d’une esclave, elle voulait qu’on la traite en esclave »).



Sa carrière fut coupée court par un sale coup du destin : le 7 septembre 1951 à Paris, elle prit un bain trop chaud, fit un malaise cardiaque et se noya dans sa baignoire à l’âge de 39 ans. Elle est enterrée au cimetière du Montparnasse où je suis l'un des rares à aller de temps en temps déposer quelques fleurs sur sa tombe discrète.Cobra Woman est unique dans la série des six films Hall-Montez en ce sens que l’actrice y interprète deux rôles : celui de la gentille Tollea et de sa sœur jumelle, la cruelle Naja. Deux Maria Montez pour le prix d’une ! Vous comprendrez que le film est celui qui déchaîne le plus l’enthousiasme des fans de la belle. Et on en a pour son argent ! Les dialogues de Cobra Woman sont comme une compilation de phrases-cultes. Déclamés par Miss Montez avec son accent hispanique à couper au couteau, ces moments sont attendus avec ferveur par les adorateurs du film puis répétés à l’envi. Je vous en transcris quelques perles en les écrivant comme elle les prononce (et en roulant des « r ») : - Tollea à sa reine de grand-mère qui lui révèle qu’elle est la sœur jumelle de Naja : « Dis idea is de produk of your decaying brain ! » (« Cette idée est le produit de votre cerveau en décomposition ! »). Elle aurait pu dire la même chose au scénariste du film...(http://sniffandpuff.blogspot.com/2009/08/cobra-woman-robert-siodmak-1944.html)

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