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vendredi 31 août 2018

Little Caesar


Le Petit César 1931 - En 1930, le cinéma parlant s'est totalement emparé d'Hollywood, faisant instantanément de l'époque du muet une relique du passé et mettant à l'épreuve ses nouvelles ressources techniques. Parallèlement, alors que le sénateur Will Hays et le comité de censure établi ont proposé un code de moralité très rigide, les grands studios hollywoodiens font la promesse de le respecter. Parmi les principes généraux évoqués, aucun aspect moral important ne doit être maltraité, qu'il s'agisse de la représentation de la criminalité, de la sexualité, de la décence (blasphème, nudité...), de la patrie ou encore bien évidemment de la religion. Mais les studios ne vont rapidement en faire qu'à leur tête, profitant de la liberté de choix dont ils jouissent encore. Le krach boursier de Wall Street en 1929 commence rapidement à envoyer de douloureuses déflagrations à travers les USA. Au début des années 1930, le pays est au bord du gouffre, les populations sont confrontées à un chômage record, la valeur de l'argent ne cesse de prendre une importance volatile... Le désespoir et la rage gagnent de nombreuses catégories sociales, la violence augmente, les entraves aux libertés (notamment la prohibition) sont de plus en plus mal perçues. Les commerces illégaux se multiplient, la souffrance empire, les pauvres s'appauvrissent, les riches voient l'avenir avec incertitude, le gouvernement reste impuissant. Malgré une criminalité en plein essor, la police ne peut rien endiguer, subissant le phénomène de plein fouet. A Hollywood, l'ère pré-code s'apprête à battre son plein : entre 1930 et juillet 1934, les studios de cinéma vont produire de nombreux films amoraux, très concernés par leur temps, défiant sans cesse tous les niveaux du fameux Code Hays. Les mœurs sont malmenées, la morale saccagée. Après quelques essais transformés ici et là, la MGM va sortir son premier grand film polémique, The Divorcee, réalisé par Robert Z. Leonard. L'œuvre va rencontrer un immense succès populaire, avec son histoire d'amour détruite, ses relations adultères gratuites et son héroïne moderne, une Norma Shearer libre et féministe, arrachant au passage l'Oscar de la meilleure actrice.La brèche est ouverte, le tout Hollywood va s'y engouffrer et styliser son approche différemment selon les studios. Alors que la Universal tente notablement la veine du cinéma d'horreur avec panache en osant l'aventure du sang et du sexe (Dracula de Tod Browning, Frankenstein de James Whale...), la MGM préfère concentrer ses efforts sur la comédie et le drame, tous deux sociaux, dans les hautes sphères de la société (A Free Soul de Clarence Brown, Red-Headed Woman de Jack Conway). La bourgeoisie y est régulièrement trainée dans la boue, avec ses soirées alcoolisées, ses adultères à n'en plus finir et ses relations humaines brutales. Le glamour y est préservé, mais souvent perverti. La Paramount et la Warner Bros. s’affrontent directement sur le terrain de la transgression totale. 


                  

Quand la Paramount s'intéresse aux classes bourgeoises en n'hésitant pas à tutoyer des sommets glauque et délétères, grâce à une production relativement inégale passant régulièrement de l'excellence (Merrily We Go to Hell de Dorothy Arzner...) à la médiocrité (The Cheat de George Abbott, Search for Beauty de Erle C. Kenton...), la Warner choisit de s'intéresser à la rue, au citoyen lambda et à la misère en général (Baby Face d'Alfred E. Green, Wild Boys of the Road de William Wellman...). Seule sur ces questions-là, la firme s'érige en studio populaire, qui fait moins rêver mais parle bien davantage de la réalité des masses. Cas unique à l'époque, la Warner ose la vraisemblance, voire le réalisme, pour ne pas dire le naturalisme, en dépeignant l’homme et la société tels qu’ils sont et non tels qu’ils devraient être. Doté d'une batterie de réalisateurs chevronnées, parmi lesquels figurent les immenses Michael Curtiz, William Wellman et Mervyn LeRoy, la Warner peut s'appuyer sur un solide réservoir de talents devant et derrière la caméra, tout en profitant généreusement des ardeurs du producteur Darryl F. Zanuck, frondeur et courageux, osant tout mais pas n'importe quoi. C’est notamment dans ce contexte que la Warner Bros., l’une des "Big Five" d’Hollywood, va s'intéresser à la figure du gangster. En 1930, le studio recherche encore son identité et, même si son style s’affine déjà, ne cesse de vouloir développer sa stature. Si les grands studios ont tous des stars de première envergure, la mode est cependant à la découverte de nouveaux noms capables d’insuffler du mordant et de la modernité à un cinéma parlant encore tout jeune. 




Car si certaines stars ont bien supporté le passage du muet au parlant (Greta Garbo, Norma Shearer ou Joan Crawford), d’autres tombent en désuétude et ne parviennent pas à renouveler leurs contrats.Aussi, la mise en chantier et la sortie du film Le Petit César apparaissent donc comme un évènement capital pour la Warner, pour ne pas dire historique, et cela à plusieurs niveaux. Tout d’abord, la production du film n’est pas revenue très chère, ce qui a permis au studio d’engranger sans inquiétude d’excellents retours sur investissements. Car, étalé sur moins d’un mois, le tournage s’est déroulé très rapidement, parfaitement maitrisé par le cinéaste Mervyn LeRoy, alors très en vue à la Warner. Un style sec et concis, un montage efficace et un récit allant à l’essentiel permettent au film d’obtenir instantanément un gros succès au box-office. Le public est conquis par ce cocktail de modernité, de rythme et de violence encore jamais vu sur grand écran. Le film raconte l’histoire de l’accession au pouvoir et de la chute d’une petite frappe, Rico Bandello, devenu un élément important de la pègre, et ce jusqu’à sa mort sordide. La mise en scène de LeRoy tranche énormément avec ce qui a été fait auparavant. Si elle se montre parfois un peu terne et même empesée, elle permet néanmoins d’affirmer un véritable style, celui de la Warner. Désormais, le montage nerveux, les plans de tournage courts, l’esquisse rapide des personnages et les scénarios sans graisse seront la marque de fabrique de la Warner pour les quelques années à venir, sans doute jusqu'au milieu des années 1930 au moins.  (http://www.dvdclassik.com/critique/le-petit-cesar-leroy)

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