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dimanche 5 août 2018

Dérapage contrôlé


Motard de la police routière de l’Arizona, John Wintergreen rêve de devenir détective. Quand un vieil homme se suicide dans une cabane isolée, il voit là l’occasion de se distinguer et déclare contre tous qu’il s’agit d’un meurtre. Un inspecteur de la Criminelle lui donne raison et le prend comme acolyte… Electra Glide in Blue est un film qui fut mal reçu à sa sortie, notamment à Cannes où il a été présenté. Il faut dire que le propos de James William Guercio, plus connu comme musicien et producteur, est un peu difficile à cerner : il renvoie dos à dos la communauté hippie, qu’il montre soit comme vivant dans la fange soit tirant de bons profits du trafic de drogue, et les policiers qu’il montre comme corrompus ou incapables. Ce type de propos désenchanté plaît beaucoup plus aujourd’hui et Electra Glide in Blue est aujourd’hui souvent considéré comme un film important montrant le déclin d’une certaine Amérique. Le fait qu’il ait été très peu exploité en France contribue à lui donner de l’attrait et un début de statut de film-culte… L’ensemble est toutefois confus et quelque peu décousu. Le fait qu’il s’amuse à retourner certaines situations de Easy Rider n’arrange pas les choses. En grand admirateur de John Ford, James William Guercio donne une atmosphère de western moderne à son film et tourne à Monument Valley. Il a parfaitement su contrecarrer son manque d’expérience en s’entourant de grands professionnels ce qui permet à la photographie d’être assez belle.James William Guercio fut guitariste, notamment avec Frank Zappa, puis producteur de Blood Sweat & Tears et du groupe Chicago. On retrouve d’ailleurs plusieurs membres de Chicago : Peter Cetera (Bob Zemko), Lee Loughnane (le hippie avec les cochons), Walter Parazaider (Loose Lips), Terry Kath (le tueur). A noter aussi, au sein de la communauté hippie, un figurant du nom de Nick Nolte.(http://films.blog.lemonde.fr/2012/02/08/electra-glide-in-blue/)




La petite pépite obscure qu’est Electra Glide in Blue restitue un parcours initiatique, celui d’un flic qui va redéfinir toute l’imagerie américaine. Ambition Le portrait initial de John Wintergreen est sans concession : avec son expression frôlant celle d’un attardé mental, sa musculation permanente et son rapport à l’autorité, tout est étudié pour nous le rendre détestable. Voulant quitter sa moto de patrouille pour les bureaux des inspecteurs où « on pense », le flic semble le seul à croire en lui. Droit dans ses bottes, vétéran du Viêt-Nam, on remarque tout de même qu’il ne suit pas ses collègues qui franchissent allègrement la ligne jaune, mais sans que se dessine pour autant le portrait d’un héros auquel s’identifier. A ce titre, sa première affaire, celle d’un suicide qu’il veut à tout prix définir comme un meurtre, le rend pathétique dans son désir de romanesque, et l’on croirait déceler en lui les symptômes d’un bovarysme de la subculture américaine de la deuxième moitié du XXème siècle. Désillusion Alors qu’il met le pied à l’étrier, John trouve en Harve, un inspecteur, un mentor possible : on passe de Zipper, son partenaire bas du front, à la figure héroïque tant convoitée. Après les longues litanies sur les motos et les girls, place à un discours sur l’achievement personnel (« My religion is myself »). Le traitement de la parole est fascinant : monologues ineptes, recours à des phrases toutes faites et des formules éculées, tout concourt à montrer des individus vidés, épuisés par un modèle auquel plus personne ne croit depuis longtemps.





A ce titre, la longue intervention de Jolene, la girl next door à qui il n’est pas coutume de tendre le micro, est une formidable explosion cathartique : elle y révèle ses frustrations (évidemment, elle se rêvait star à Hollywood), mais aussi l’impuissance d’Harve, et fait voler en éclat toutes les facettes du cowboy et de son cadre si codifié. (la suite du texte contient des spoils) Rédemption Puisqu’il y a bien pire que lui, le spectateur est subtilement invité à changer de regard sur Wintergreen : sa bêtise peut s’avérer une naïveté tout à fait salvatrice dans ce monde corrompu où l’on tabasse les hippies, on piétine des preuves ou on se remplit les poches. Face à ces minables, l’individu plie, mais ne rompt pas : les conséquences en seront catastrophiques, puisqu’il y perdra son modèle, son partenaire, et le poste qu’il ambitionnait. On serait tenté de comparer cet homme à l’Idiot, puni pour son humanité trop grande et pour le regard qu’il pose sur elle. Car Wintergreen aboutit au constat le plus tabou qui soit dans l’Amérique triomphante : la solitude est un mobile de meurtre bien plus puissant que le dollar. Cette psychanalyse décapante est dévastatrice, au point de lui refuser le droit de rester parmi les siens. Punition Le retour à la normale, une vie plus modeste mais en accord avec une morale définie, est donc impossible.




C’est la splendide séquence finale, qui voit Wintergreen sombrer avec ceux qu’il a contre son gré supprimés, pour un malentendu comme seules les tragédies les plus sournoises savent en ourdir. Le plan final, travelling arrière interminable, laisse au beau milieu de la route un motard chevauchant le bitume souillé de son sang ; la prise de vue déploie ce décor tant affectionné par Ford, et désormais rincé de tout idéal ; un épilogue ayant toute l’intensité poignante d’un requiem pour une nation.(https://www.senscritique.com/film/Electra_Glide_in_Blue/critique/78830341)
Beau film méconnu du Nouvel Hollywood, alors sur le déclin, Electra Glide in blue (nom des Harley des policiers) est l'unique réalisation de James William Guercio. Mal accueilli à Cannes en 1973 - son personnage principal est un flic à la inspecteur Harry et les hippies sont dépeints comme pleutres ou drogués -, ce road movie dépressif n'est pourtant pas réactionnaire. Au contraire, il décrit avec lucidité et non sans humour la déliquescence de l'Amérique de Nixon, embourbée au Vietnam et salie par le Watergate. Le héros, interprété par Robert Blake (l'homme en noir de Lost Highway, de David Lynch), policier zélé, fier de son uniforme et de sa mission, va prendre conscience que son pays est rongé par la violence et la corruption. Désillusion d'autant plus cruelle qu'elle a lieu dans les paysages mythiques de l'Amérique des pionniers : Monument Valley. Fils et petit-fils de projectionniste, James William Guercio a toujours été cinéphile, et grand admirateur de John Ford. Il a donc demandé à son chef opérateur, Conrad Hall, de reproduire les cadres larges et les couleurs flamboyantes de La Prisonnière du désert, lui laissant en revanche carte blanche pour les scènes d'intérieur, sombres et serrées. Un diamant noir sous le soleil de l'Arizona.(https://www.telerama.fr/cinema/films/derapage-controle,51411.php)

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