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samedi 28 juillet 2018

Une poignée de plombs

Le réalisateur de « UNE POIGNÉE DE PLOMB » n’existe pas. Allen Smithee est le pseudonyme que prennent les cinéastes américains quand ils ne veulent pas assumer leur film. Robert Totten fut évincé par Richard Widmark et remplacé par Don Siegel. Chacun en tourna à peu près la moitié. Cela ne se ressent pas vraiment, et le film a ce look un peu télévisuel de « L'HOMME EN FUITE », également tourné par le second. « UNE POIGNÉE DE PLOMB », c'est l’éternelle histoire du monde moderne qui éjecte violemment le passé, personnifié par un shérif en place depuis vingt ans et contesté pour ses méthodes expéditives. Nous sommes au début du 20ème siècle et l’électricité apparaît, les automobiles également. Les anciens héros du Far West sont devenus des antiquités obsolètes dont il faut absolument se débarrasser pour laisser place nette au progrès. C'est ainsi que les honnêtes citoyens d’une petite ville vont se liguer, prenant n'importe quel prétexte, pour éliminer le vieux marshal selon le célèbre adage : « Quand on veut tuer son chien, on dit qu'il a la rage ». Ressemblant comme des frères aux couards du « TRAIN SIFFLERA TROIS FOIS », ou « L'HOMME AUX COLTS D’OR », les notables vont comploter lâchement, envoyer certains d’entre eux affronter le shérif avant de conjuguer leurs efforts pour une mise à mort particulièrement abjecte. L’originalité de ce film, c'est que le marshal Patch (Richard Widmark) n’est pas beaucoup plus sympathique que ses ennemis. Maître de sa ville, c'est un fasciste de la plus belle espèce, au revolver et aux poings lestes, le mépris des autres affiché sur le visage. Il tient tout le monde parce qu'il connaît leurs petits secrets sordides, et refuse obstinément de s’effacer, et de renoncer à ce pouvoir durement acquis. Widmark, vieillissant, la figure parcheminée, le dos voûté, assume ce rôle ambigu et peu glorieux avec une grande honnêteté, allant jusqu'au bout de sa logique tordue. Autour de lui, de bons acteurs de télévision comme Jacqueline Scott, Carroll O’Connor, Morgan Woodward, la chanteuse Lena Horn au visage étrangement figé et John Saxon en shérif mexicain. Le film expose une vision de l’humanité assez vomitive, mais n’a pas la naïveté de penser que « c'était mieux avant ». L'Ouest décrit dans « UNE POIGNÉE DE PLOMB » est un marigot où s’agitent de bien méprisables prédateurs. À NOTER : le DVD sorti en France présente une copie impeccable, mais en 4/3, empêchant de lire les sous-titres sur un écran 16/9 ! On a un peu de mal, aujourd'hui, à comprendre pourquoi tous les éditeurs ne se sont pas mis à la norme de l’image anamorphique.(http://wild-wild-western.over-blog.com/article-34569132.html).


   

Superbe film à l'écart des poncifs du western, qui rend compte d'un changement de génération où l'ancienne et la nouvelle ne se comprennent pas. On n'éprouve pas de regret pour la génération qu'incarne Richard Widmark, mais pas non plus d'appétence pour le ramassis de cupides et de lâches qui constituent le conseil de Cottonfields Springs. Un western rare où les personnages ne sont pas en noir et blanc mais sont humainement complexes. Une fin conforme à cette complexité où ce sont les bons méchants qui l'emportent sur le méchant bon. À voir absolument. Le titre en Français est absolument ridicule."Death of a Gunfighter" débute comme un mélodrame par le chargement d'un cercueil dans un wagon sur une musique de circonstance. Richard Widmark campe avec justesse un shérif vieillissant aux méthodes dépassées et quelque peu expéditives et se retrouve confronté au rejet de la population qu'il est censé protéger. Il doit aussi faire face au désaveu unilatéral du conseil municipal qui souhaite le démissionner. La veulerie des uns n'égale que l'indignité des autres. Outre une mise en scène particulièrement soignée, Don Siegel affiche une parfaite maîtrise de la caméra en jouant admirablement avec les cadrages et les jeux de lumières, notamment les contrastes dont il abuse aisément. Ce western atypique est avant tout une étude sociétale de caractères et tient davantage du drame puissant et expressif où les différents sentiments sont parfaitement exploités. Ce film sobre empreint d'une certaine nostalgie, tourné avec une grande virtuosité et des seconds rôles déterminants, est l'un des derniers grands westerns à inscrire au panthéon du cinéma américain.




L’équipe de têtes de gland qui traduisirent « Death Of A Gunfighter » par « Une Poignée De Plomb » devait avoir le même Q.I. proche du zéro que ceux qui affublèrent « Le Mercenaire De Minuit » à « Invitation To A Gunfighter » (voir notre critique à ce sujet). Il n’est jamais question dans ce western magnifique de poignée de plomb. C’est par contre, comme l’indique le titre anglais, de la mort annoncée d’un pistolero dont il est question. Le suspense est d’autant plus intense et bien mené que Don Siegel conserve avec insistance, le vernis un peu comique de l’ambiance générale pour maintenir dans l’esprit du public, jusqu’à la fin, l’espoir qu’il existe une possibilité d’échappatoire rédempteur autre que la mort pour le héros. La seule réussite de cet objectif, ajoutée à la formidable prestation de Widmark, faisaient du film un chef d’œuvre. Cependant, là où l’on transcende la dimension de qualité pour atteindre une dimension d’éternité, c’est lorsque l’on analyse avec attention la portée critique et historique de l’intrigue centrale. Il y a en effet une flagrante opposition entre les valeurs paradoxalement positives (droiture, pardon et tranquillité) et négatives (violence, préjugés raciaux) du « Wild West » incarnées par le marshal et entre le paraître dynamique induit par la nouvelle société industrielle et capitaliste, incarnées par les notables. Cette opposition résume en grande partie l’histoire de l’Amérique moderne, qui, dans sa marche vers la « civilisation », a d’une certaine manière, dû tuer collectivement sa conscience. En tête de la liste des films victimes de l’injustice de n’avoir pas le titre de film culte se trouve « Death Of A Gunfighter ».(http://www.allocine.fr/film/fichefilm-7214/critiques/spectateurs/recentes/)

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