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jeudi 26 juillet 2018

Police puissance 7

Le producteur de Bullitt et French Connection orchestre pour son premier film un brillant décalque de ce qui a fait le succès de ses produtions : flic au méthode bordeline (cette fois une brigade spéciale au lieu du flic solitaire même si Roy Scheider est mis en avant), style brut et documentaire dans un New York crasseux et inquiétant et entres autre une poursuite en voiture haletante et sacrément mouvementé (avec un Roy Scheider reprenant les réactions de Hackman en voiture dans "French Connection"). Le scénario très habile mêle histoire d'enlèvement et de racket semant la panique chez les gangsters et l'amitié troublée entre Scheider et son ami gangster joué par Tony LoBianco lorsqu'un membre de la brigade sera tué à cause de ses agissements. Beaucoup plus brut de décoffrage et dénué de l'ambiguité de French Connection, le film bascule dans le pure film vigilante dans sa dernière partie avec la terrible vendetta de Scheider dont les méthodes s'avèrent tout aussi voire plus brutales que celle des ravisseurs en début de film (dont un redoutable tueur joué par Richard Lynch) avec torture, menace et meurtres sommaire. D'Antoni n'est pas Friedkin mais s'en sort remarquablement dans un nerveux et efficace. Très bon polar.Police puissance 7 vient de s'imposer en un magistral synonyme de "mollesse". Philip D'Antoni a sans aucun doute produit de très bons films mais il n'a pas du beaucoup observer comment les réalisateurs obtenaient ces résultats. Là, il pose sa caméra dans un coin et enregistre directement les répétitions des acteurs qui ont toujours l'air d'attendre une directive pour savoir quand se déplacer ou quand sortir leur dialogue. Ca devient vraiment gênant au bout de 20 minutes et que D'Antoni est incapable de la moindre idée de mise en scène ou tout simplement de n'importe quoi qui dynamise un peu son film. Au moins un plan. Mais non, on se coltinera jusqu'à la fin ses plans larges avec panoramique suivant les acteurs indécis sur la direction à prendre. Et je parle même pas d'idée qui rendrait les scènes plus vivantes. Les acteurs arrivent dans un décor (avec un panoramique), s'arrête pour parler en champ / contre-champ et repartent de la pièce avec le panoramique inversée. Rien sur l'environnement, aucune interaction avec le décor, aucune idée dans le cadre, les acteurs immobiles... Désespérant de platitude. Du coup les personnages ne ressemblent à rien, n'ont aucune consistance, aucune personnalité... juste des coquilles vides qui attendent de réciter leur dialogue ou d'ouvrir des portes à l'autre bout d'une pièce/rue.





Pourtant le scénario avait du potentiel avec le perso de Roy Scheider dont les méthodes deviennent aussi contestables que ceux qu'il traque (et qui n'était pas très réglo au début du film mais toléré par sa hiérarchie pour ses résultats). De toute façon D'Antoni n'essaie même pas de raconter une histoire. Sa narration est brumeuse à souhait et on ne sait jamais si les histoires parallèles ne se recoupent que tardivement par incompétence ou par volonté (mais dans ce cas à quoi bon ?). Quant à la poursuite en voitures, elle a de l'allure certes mais reste trop plaquée sur le déroulement de celle de Bullit. En plus, on voit constamment les figurants s'amuser du tournage ou les agents de sécurité réguler le trafic sur le côté. Vraiment pas très sérieux. Signe qui ne trompe pas : Philippe Garnier qui présentait la séance s'est éclipsé de la salle juste après la poursuite en voiture. J'aurais du faire de même.Philip D'Antoni a beau s'être payé une piscine sur le carton de The French Connection, le producteur en veut plus et si la Fox rechigne à monter une suite au film, pas de problèmes, le monsieur veut bien torcher un produit de contrefaçon sur son temps perdu.




Le temps c'est de l'argent, donc hors de question d'attendre un réalisateur, un scénario complet (une vague anecdote de Sonny Grosso, ancien flic et un des conseillers de The French Connection, suffira) ou de convaincre Gene Hackman (le trop sympa Roy Scheider fera l'affaire). The Seven-Ups ne semble exister que dans l'ombre de son modèle (le William Friedkin donc), photocopiant aussi bien son esthétique, sa musique (le score de Don Ellis ressemble à des prises alternatives du film de 1971) que sa déprime. Philip D'Antoni qui ne vise que le résultat économique, n'a rien pigé à la mise en scène de Friedkin, à sa nervosité, à sa violence et se contente de caler une course-poursuite et de foutre ses acteurs dehors, dans un froid hivernal (sans doute pour avoir l'air « réaliste »). Un produit de contrefaçon, sans âme, que le temps n'a pas laissé intact mais qui, chez la groupie des polars 70 que je suis, a trouvé un coin où s'abriter. Faible je suis, et des types en jean + cuire qui cause planque et descente, avec de la buée sortant de leurs mâchoires, le flingue à portée de main, même filmés par mon cousin Maurice, je suis grave client. Au-delà de cette subjectivité, l'engourdissement de la péloche, sa lumière bleue-froid de canard, lui donne un peu de cachet (comme du James Gray avant l'heure, toutes proportions gardées). Ça ne sauve pas les meubles, mais au tribunal, ça se tient. Sans ça, la course de bagnoles est sympa mais, contrairement à ce que raconte la légende urbaine, elle n'arrive pas à la cheville de celle de The French Connection.(http://www.dvdclassik.com/forum/viewtopic.php?t=28341)

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