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dimanche 22 juillet 2018

Le Fantôme invisible

Dans les années 40, le cinéma fantastique est soumis à une incessante réduction des budgets. Qui plus est, Bela Lugosi ne jouit plus de la réputation qu'il connut à son âge d'or grâce à des films tel que "Dracula" de Tod Browning ou "White Zombie" de Victor Halperin ; le moins que l'on puisse dire est que sa carrière bifurque sur le "Poverty Pow", le célèbre boulevard hollywoodien où officient les boites de production les plus indigentes du milieu telles que Monogram ou Republic. En 1940 donc, suite au succès de "The Ape", la première citée met en chantier la production d'une longue série de films d'horreur ; "The Invisible Ghost" compte parmi ceux-là. Pour le produire, Sam Katzman, l'un des producteurs les plus "sans le sou" de son époque, et à la caméra, un certain Joseph H.Lewis qui faisait alors ses débuts en tant que réalisateur, après avoir occupé la place de monteur sur de nombreux westerns de la Universal. En ce qui concerne le rôle de "tueur" de Bela Lugosi, il semble lui avoir été attribué tout naturellement, suite à celui tenu l'année précédente dans "The Devil Bat", film au demeurant bien sympathique. Que nous reste-t-il donc du "Fantôme invisible", digne enfant de l'âge d'or de la série B hollywoodienne ? Au delà d'une trame qui présente très vite un intérêt des plus faibles, ce sont les nombreux mystères dont est emprunt le récit qui déçoivent : pourquoi Charles Kessler se transforme en zombie tueur à chaque apparition de sa femme ? Pourquoi le jardinier cache-t-il cette dernière ? Autant de questions qui n'obtiendront jamais de réponses et qui laisseront le spectateur dans un flou inutile et difficilement excusable.Pour compenser, Bela Lugosi recycle son répertoire avec une certaine intelligence (les mains en avant, les doigts crispés... encore, encore Mr Lugosi, c'est toujours un plaisir !) et la réalisation présage celle d'un futur bon réalisateur : Joseph H. Lewis ("My Name is Julia Ross", "The Big Combo").





Ce dernier s'amuse à faire passer la caméra dans les flammes d'une cheminée, et parsème le film de quelques mouvements de mise en scène bien sentis... De bien belles audaces proposées avec trois fois rien mais qui ne réussiront pas à empêcher l'inévitable : l'ennui persistera et se verra renforcé par la quasi répétition à l'identique des scènes de meurtres. On signalera alors la présence du génial Clarence Muse (qui interprète ici le valet noir des Kessler) : acteur, scénariste, producteur, chanteur, compositeur et cochet dans "White Zombie", ce grand homme du cinéma, en plus de tonifier le jeu de l'ensemble des acteurs, nous gratifiera de passages d'humour fort savoureux : "Ne me trouvez-vous pas un peu pâle ?" L'intérêt du film provient donc du témoignage qu'il apporte, d'une époque où certaines petites firmes produisaient des kilomètres de films à une vitesse incroyable et pour un budget minime. Il offre aussi la chance de voir un Bela Lugosi sans grand succès, qui applique ici le minimum requis mais toujours de manière propre et sincère. "Le fantôme invisible", qui plus est doté d'un titre mensonger (pas de fantôme et encore moins d'invisibilité), est une série B dont on se passe aisément et que tout nostalgique ou amateur de Bela Lugosi et des seconds rôles de valet noir savourera comme une glace sans trop de parfum, gelée.(https://www.psychovision.net/films/critiques/fiche/1262-fantome-invisible-le)

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