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lundi 30 avril 2018

Hommes sans femmes

Men Without Women, comme l'indique son titre, fait partie des films burnés de son auteur, un de ceux qui exaltent la camaraderie, la virilité, l'esprit patriote et les bourrades dans le dos accompagnés de rires gras. En gros, le monde selon Ford, à cette époque mais presque jusqu'au bout de sa carrière finalement, se divise en deux parties distinctes : celles avec les femmes, légère, gentiment érotique, superficielle en tout cas ; et celle sans les femmes, sérieuse, dangereuse et adulte. Oui, je vous confirme que Ford ne semble pas être le plus féministe des cinéastes. Ici, non seulement nos bougres sont sans femme, mais ils sont aussi sans air : la plus grande partie du film nous montre une poignée de marins confinés dans une cabine de bateau, celui-ci venant de sombrer en pleine mer. Un huis-clos étouffant qui donnera l'occasion à chacun de mettre à jour son comportement face à la mort : ceux qui l'affrontent courageusement, ceux qui pleurent leur mère, ceux qui sont prêts à toutes les bassesses pour s'en sortir, ceux qui serrent les dents, ceux qui en profitent pour régler leur passé. En attendant les hypothétiques  secours, chacun va nous montrer un visage différent de la virilité face au danger. Bien. Le fait est qu'on ne tremble pas beaucoup pour ces personnages : voulant condenser une trame trop importante dans un temps de métrage trop court, Ford a du mal à faire exister ces personnages, ce qui fait qu'on se fiche un peu de leur sort. Pas assez développés, chacun est renvoyé à un schématisme premier degré qui finit par rendre le film un peu figé : le lâche, le fou, le violent, etc. Pas très fin, Men Without Women est un simple film d'aventures là où il y avait de la place pour quelques subtils portraits psychologiques. Cette grossièreté d'écriture est heureusement compensée par quelques éléments plus sympathiques. D'abord, c'est un curieux document que ce film, puisqu'il est en même temps muet et parlant... 



   


Certaines scènes sont "bruitées", voire dialoguées, d'autres sont classiquement muettes (avec inter-titres et jeu outré de rigueur). Ca donne une étrange atmosphère, surtout au niveau des acteurs à cheval entre expressionnisme très poussé et sobriété. Fasciné par ces nouvelles technologies, Ford ne sait pas trop quoi sonoriser, et on entend pas exemple des quintes de toux alors qu'on ne capte pas grand-chose aux dialogues. C'est rigolo. Autre sympathique moment : le début du film, où on voit pour le coup les hommes  avec les femmes. Dans un bar de Shanghai (demandez l'adresse à mon camarade Shang, il les connaît tous), les marins en bordée se soulent la gueule et se font draguer par les teupu du coin ; l'occasion pour Ford de nous donner à voir autre chose que des ombres de personnages, chacun ayant son petit gag à défendre (le gars qui a acheté un vase et qui est dangereusement bourré), ou son petit caractère attachant. Ford sait filmer les ambiances, et dans ce chaos aviné, il s'en tire bien mieux que dans la cabine de son bateau, dans laquelle il ne sait pas trop comment se tirer de la difficulté. Men Without Women demeure une curiosité intéressante, même si, sur le sujet des hommes entre eux, Ford réalisera plus tard des films bien plus finauds.(http://shangols.canalblog.com/archives/2009/11/21/15875261.html)

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