.

.

mardi 27 mars 2018

Seuls les anges ont des ailes


1933 : Howard Hawks participe à la réalisation de Viva Villa avec William A.Wellman et Jack Conway. Le tournage a lieu au Mexique et, entre deux prises, le renard argenté s’ennuie : les courses automobiles, parties de cricket et jeunes starlettes dont il raffole tant sont plutôt rares au cœur de la pampa ! Passionné d’aviation, il découvre une petite ville et un aérodrome à quelques kilomètres du plateau : les pilotes, au service d’une société aéropostale, rivalisent d’intrépidité et vivent sans se soucier du lendemain. Leur seul objectif est d’assurer les livraisons, de profiter de chaque instant, et peu importe le risque pourvu qu’ils aient l’ivresse. Réputé pour son caractère aventurier, Hawks décide de porter le destin de ces hommes à l’écran et, dès son retour en Californie, rédige un premier scénario intitulé Pilot number 4. Mécontents de ce script (qui tient plus du reportage que du drame hollywoodien classique), les studios refusent de le produire. Patient, Howard Hawks se tourne vers d’autres projets et met en scène quelques métrages qui accroissent sa notoriété. Parmi ceux-là, nous retiendrons surtout L’impossible monsieur Bébé (Bringin Up Baby, 1938) où il collabore pour la première fois avec Cary Grant. Cette "screwball comedy" connaît un beau succès public et place Hawks sous les feux de la rampe.Toujours attaché à son projet d’aviation, il contacte Jules Furthman et lui demande d’enrichir le scénario de Pilot number 4. L’écrivain imagine une intrigue basée sur l’intégration dans le groupe d’un nouveau pilote au passé douloureux : ce dernier (MacPherson) est en conflit avec un des mécaniciens de la base qui l’accuse d’être responsable du décès de son frère. A cette première intrigue, Furthman en ajoute une autre dont l’origine tient dans le triangle amoureux Geoff-Bonnie-Judy : Geoff est séduit par Bonnie mais la belle Judy - mariée à MacPherson et avec laquelle il vécut une relation amoureuse quelques années plus tôt - fait son apparition. Ce triangle déchaînera les passions et donnera naissance à certaines scènes savoureuses. En fin dialoguiste, Furthman se permet aussi d’arroser son texte de répliques parfois drôles et souvent percutantes. Au final, le travail effectué est excellent tant dans la richesse des dialogues que dans la construction des intrigues. Hawks le sait et sa collaboration avec Furthman ne s’arrêtera pas là puisqu’ils signeront ensemble To have and have not (Le port de l’Angoisse), The big sleep (Le grand Sommeil), et Rio Bravo. Harry Cohn, qui cherchait un projet où il pourrait réunir Cary Grant et Jean Arthur, est séduit par ce nouveau jet de Pilot number 4 et par la personnalité de Hawks. Il accepte le financement mais demande un nouveau titre… Only angels have wings voit enfin le jour.1939 : Hawks ne vit plus avec son épouse, Athole, alors internée dans un hôpital psychiatrique.


   



Depuis quelques mois, il est ivre d’amour pour la belle Slim. Sur le plan professionnel cette année est également cruciale puisqu’elle marque le début d’une série de huit films dont le succès critique et public reste tout simplement ahurissant : Only angels have wings (1939), His Girl Friday (1940), Sergeant York (1941), Ball of fire (1941), Air Force (1943), To have and have not (1944), The big Sleep (1946) et Red River (1948) offrent au réalisateur ses dix plus belles années créatrices et consacrent sa légende. Le tournage de Only angels démarre dans le ranch Columbia de North Hollywood. Le décor est grandiose, Joseph Walker (It’s a wonderful life, The Lady from Shangaï) est en charge de la photo, Furthman réécrit les dialogues au jour le jour et Hawks règne en maître sur le plateau. Mais avant le premier clap, l’équipe entre en pré production et, comme souvent chez Hawks, la préparation consiste essentiellement en une phase de casting intense. Bien que la tête d’affiche soit déjà choisie (Grant-Arthur) ce "film de groupe" nécessite des seconds couteaux de qualité. Pour interpréter le rôle de Bat Mac Pherson le mal aimé, Hawks pense à Richard Barthelmess.


                 

Cet acteur avec lequel il collabora neuf ans plus tôt (The Dawn Patrol) fait partie de cette génération glorifiée par le muet et disparue lors de la sonorisation du cinématographe. Son visage marqué par les cicatrices et son charisme évident donnent de la profondeur au personnage chez qui l’action prime sur l’éloquence. Son interprétation tout en intériorité impressionne, le public et la critique ne s’y trompent pas et félicitent ce très beau "come-back" artistique. Malheureusement, ce rôle sonnera le glas de la carrière de Barthelmess qui s’engagea ensuite dans la Navy pour participer à l’effort de guerre.Lorsqu’il apparaît dans le récit, Mac Pherson est accompagné de sa jeune femme, la belle Judy, dont le passé est lié à celui de Geoff (Cary Grant). Dans l’esprit de Hawks, elle est l’incarnation de la beauté et doit irradier la base de Barranca de sa sensualité. Pour résumer, Hawks cherche une "femme fatale" ! A ce sport le bel Howard est loin d’être maladroit et il saura, tout au long de sa carrière, faire preuve d’un œil acerbe en donnant leur premier grand rôle à de futures stars. Parmi celles-ci, citons Lauren Bacall, Joanne Dru, Angie Dickinson ou encore Rita Hayworth. C’est cette dernière qui hérite du rôle de Judy Mac Pherson et la légende raconte qu’elle aurait séduit le réalisateur en investissant toute sa fortune dans une robe de grand couturier ; elle serait ensuite allée à sa rencontre dans un restaurant en vogue de Sunset Boulevard !


                 

Mais comme souvent, cette histoire née dans la bouche de Hawks a été démentie et à priori c’est simplement en faisant un casting que le réalisateur la remarqua. Mais peu importe les potins, seule la performance compte et celle que Rita Hayworth livre dans Only Angels marquera les esprits : son regard mystérieux, ses poses suggestives et sa classe naturelle inondent la pellicule de sensualité et clouent le spectateur au siège velouté des salles obscures… A 21 ans, elle crève l’écran et, à l’instar de Hawks, commence à bâtir sa légende.Aux côtés de Barthelmess et Hayworth, l’équipe d’aviateurs est composée d’excellents comédiens parmi lesquels Sig Ruman (que l’on retrouvera dans le rôle du colonel Ehrhardt de To be or not to be de Lubitsch), Allyn Joslyn (excellent Les Peters) ou encore Thomas Mitchell qui jouait la même année dans Stagecoach de Ford (le docteur Josiah Boones). Il interprète ici le rôle du Kid et malgré le nombre relativement restreint de scènes auxquelles il participe on se souvient de lui grâce à son célèbre lancer de pièces. Ce petit gimmick pensé par Hawks permet d’identifier le personnage avec facilité et de s’y attacher. Pour l’anecdote on peut se souvenir que le personnage de Gino (George Raft) utilisait le même artifice pour se faire remarquer dans Scarface !!(http://www.dvdclassik.com/critique/seuls-les-anges-ont-des-ailes-hawks)

5 commentaires:

  1. Grant, Arthur, Hawks! Trio gagnant. Dommage, trop gros pour mon DD. Merci quand même pour toutes ces perles à redécouvrir et bonne continuation.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Merci du passage , pas trouvé plus light ...a bientot !

      Supprimer
    2. Bon jour
      Si ça peut être utile, voici une version plus légère, (1,4 Go,mais c'est une vf) : http://uptobox.com/o9704bzcw3wq
      a+

      Supprimer