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vendredi 2 mars 2018

Keeper of the flame

La flamme sacrée est un film sorti en 1942, juste après l’entrée en guerre des Etats-Unis – détail qui, on le verra, a son importance – . Comme souvent les films de cette période, le titre américain, Keeper of the flame (Gardien du temple) est différent du titre français. C’est le sixième film que Katharine Hepburn va tourner avec son réalisateur fétiche, celui de ses plus grands succès : George Cukor, et c’est le second – après La femme de l’année – avec son partenaire avec laquelle elle formera l’un des couples mythiques d’Hollywood : Spencer Tracy. Elle avait bien souhaité que Cukor réalisât La femme de l’année mais ce dernier était pris par le tournage de La femme aux deux visages, le tout dernier film de Greta Garbo, le voilà de retour pour La flamme sacrée.C’est Hepburn qui a fait se rencontrer Tracy et Cukor, les deux hommes de sa vie probablement. On prédisait des lendemains qui déchantent à la fine équipe : Cukor est un perfectionniste qui n’hésite pas a refaire une prise un grand nombre de fois avant d’avoir la bonne, Tracy au contraire avait la réputation d’un acteur sérieux mais impatient si il lui arrive de rester plus longtemps que prévu sur le plateau. Las ! Pendant Keeper of the flame, la cohabitation entre les deux fut exemplaire. Cukor de surcroît a forcé l’admiration de Tracy par sa capacité à diriger Hepburn, et à s’adapter à ses fantaisies de tournage, ses suggestions sur le film, parfois saugrenues, tout en réussisant en fin de compte, à lui faire faire ce qu’il voulait. Il faut dire que c’est quand même le sixième film qu’ils tournent ensemble, heureusement que Cukor connaît sa star après tant de films. Spencer Tracy est tout le contraire, un acteur taciturne et très professionnel. Cukor lui rend d’ailleurs hommage ainsi : « Il réfléchira à comment jouer une scène et puis tout simplement il le fera. Et lorsque le lendemain, je visionne les rushes, tout ce que j’ai pu lui suggérer sur le plateau la veille était pris en compte et la scène était jouée exactement de la manière dont je voulais qu’elle le fût. Spence est un acteur intuitif qui n’avait pas besoin de beaucoup de conseils de ma part sur comment interpréter son rôle ». Keeper of the flame commence par la mort de Robert Forrest, un philanthrope aimé, que dis-je, adoré, idolâtré pour les bonnes oeuvres qu’ils a soutenu. Le pays entier est en deuil. Un journaliste d’investigation, Steven O’Malley (Tracy), qui rentre tout juste d’Allemagne nazie, lui aussi une star, au contraire des paparazzis qui gravitent autour de la maison Forrest, se décide à écrire un livre sur la vie du grand homme. Il va commencer par s’efforcer de rencontrer la veuve, Christine Forrest (Hepburn) pour l’interroger et va vite s’apercevoir que la mort du milliardaire comprend des zones d’ombre.


   

De tout le cycle Katharine Hepburn que j’ai vu jusqu’à présent, c’est le premier film policier, où il y a du suspense sous la forme de « whodunnit » (Qui l’a fait ?) qui dure assez longtemps. C’est bien fait, il y a des rebondissements qui s’enchaînent parfaitement qui tiennent le spectateur en haleine, quelques coups de théâtre bien sentis avec un casting au poil : aussi bien le duo de stars que les rôles secondaires. Le film est par bien des aspects un film noir car il en adopte bien des codes, et un bon film noir. Bon… c’est à dire…, jusqu’au dénouement que j’ai trouvé raté. Le coup de théâtre final est vraiment trop gros ! Il fait intervenir des nazis dans le rôle des méchants, méchants assez commodes aussi bien de nos jour qu’à l’époque : si on ne connaissait pas les camps d’extermination en 1942, on était quand même en guerre contre eux ce qui suffit pour les vilifier. Et c’est d’ailleurs pour cette raison qu’on peut accoler au film l’étiquette peu enviable de film de propagande. Certes il y en a eu beaucoup à l’époque, et certains sont des mythes (Casablanca, Le port de l’angoisse), mais c’est probablement parce qu’il sont plus subtils que Keeper of the flame, en tout ca son dénouement, ne l’est pas. C’est dommage car on ne boude pas son plaisir à retrouver Hepburn, Tracy et Cukor mais le scénario n’est pas vraiment à la hauteur de leur talent.


               

En fait, le caractère anti-nazi du film a enclenché la polémique. Le scénariste Donald Stewart l’a assumé mais Hepburn et Tracy ont exprimé la crainte que le film soit mal compris, et plus considéré comme un pamphlet contre l’extrême-droite que comme un film policier destiné à distraire. La légende veut que Louis B Mayer, producteur légendaire et l’un des M de la MGM, le studio qui produisait le film, est parti avant la fin de la projection à laquelle il avait assisté. Pour Mayer et ses coéligionnaires, la dénonciation de l’extrême droite dans le film est en creux une promotion de la gauche et donc du communisme. La réflexion s’est avérée auto-réalisatrice car il a été un élément à charge lorsqueStewart est passé des la commission sur les activités anti-américaines en 1951. Il avait maladroitement admis à demi-mot des sympathies communistes peu avant et a donc été inscrit sur la liste noire des acteurs d’Hollywood et a quitté la pays pour aller travailler et vivre en Angleterre. Et tout cela à cause, en partie, de Keeper of the flame ? Est-ce bien sérieux ? Ce n’est rien qu’un joli film qui, malgré son dénouement en deça des attentes, présente à l’écran un couple d’acteurs mythique, est plutôt bien écrit si on excepte la fin et se laisse voir sans déplaisir sans être obligé de crier à la propagance communiste.(https://ecrannoirlondon.wordpress.com/2015/03/27/la-flamme-sacree-1942-de-georges-cukor/)

7 commentaires:

  1. Je me passionne pour les films anciens et j’aime beaucoup Keeper of the Flame. Je trouve qu’il raconte une histoire émouvante lorsqu’il rend hommage à ce journaliste décédé. Par contre, je ne savais pas toutes ces choses sur Katharine Hepburn, l’actrice principale. Je suis ravi d’en apprendre plus sur elle.

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    1. Et en plus , on a Spencer Tracy !! La classe !!Merci de tes commentaires , Margot !!

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  2. Merci pour ce film :)
    J'ai adoré l'atmosphère générale et le cheminement de Spencer Tracy au milieu d'une intrigue touffue, mais alors le dénouement, ça a été la véritable douche froide !

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