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mercredi 28 février 2018

Shenandoah


En préambule à cette chronique, je me dois de revenir sur ma trop grande sévérité à l’encontre du réalisateur Andrew V. McLaglen qui, même s’il commettra ensuite quelques films assez hideux, avait débuté sa carrière de la plus honorable des manières. La fin de l’année 1956 marqua ses premiers pas dans l'univers westernien avec Gun the Man Down, une modeste mais sympathique réussite, sans beaucoup d’action mais avec suffisamment de tension et de suspense pour nous tenir en haleine tout au long du film. Il deviendra la décennie suivante non seulement l’un des cinéastes les plus prolifiques dans le genre mais également l’un des plus rentables ; indépendamment de leurs qualités artistiques, le succès de ses films auprès du public (notamment grâce à des castings souvent prestigieux) fait que McLaglen, quels que soient les avis que l'on peut porter sur ses talents, aura été malgré tout un réalisateur qui aura compté dans l’histoire du genre.Fils du comédien Victor McLaglen, Andrew a grandi sur les plateaux de cinéma et fut amené à fréquenter dès son plus jeune âge des célébrités telles que John Wayne et John Ford. Apprenant le métier sur les tournages de ce dernier, il fut ensuite réalisateur de seconde équipe puis assistant réalisateur de Budd Boetticher ou de William Wellman, avant de produire avec John Wayne pour sa société Batjac le superbe 7 hommes à abattre (Seven Men From Now) de Boetticher. Avant d’entamer sa série de westerns à gros budget dans les années 60, Andrew V. McLaglen se tourna d'abord et surtout vers le petit écran pour lequel il mit en scène d’innombrables épisodes des séries Perry Mason et Rawhide. Malgré la minceur des enjeux dramatiques, huit ans après son premier essai, Le Grand McLintock sera un vaudeville westernien sans conséquences mais un divertissement très réussi - le spectateur en avait pour son argent déjà rien que pour son casting 4 étoiles qui faisait se côtoyer un John Wayne en pleine forme, d'innombrables seconds rôles habitués du genre ainsi que de deux des plus grandes stars féminines du western que l'on était ici ravi de trouver réunies, Maurenn O'Hara et Yvonne de Carlo. Quant à McLaglen, il filmait le tout avec efficacité et vitalité, aidé par la somptueuse photographie de William H. Clothier qui officie à nouveau sur Shenandoah, l’émouvante histoire d’une famille de fermiers prise dans la tourmente d’évènements qui les dépassent, déchirée par un conflit dans lequel elle ne voulait pas s’impliquer et que le patriarche ne pourra pas soustraire indéfiniment à ces dures réalités et à ses absurdes paradoxes : ne peut-on par exemple pas vivre dans le Sud si l'on ne souhaite pas posséder d’esclaves ?


   

Alors que le western avait amorcé son changement de cap depuis quelques mois avec entre autres les sorties de chaque côté de l’Atlantique des premiers opus de Sergio Leone et Sam Peckinpah, Les Prairies de l’honneur a dû sembler un peu anachronique, sa naïveté et son humanisme angélique faisant contraste avec la violence, le cynisme et l’ironie qui s’invitaient de plus en plus régulièrement au sein du genre. Shenandoah conte donc l’histoire d’une famille refusant d’entrer dans le conflit qui déchire l’Amérique mais qui va néanmoins en subir les conséquences. Car avant d’être un western, Shenandoah est avant tout un film familial comme avait pu l’être La Loi du Seigneur (Friendly Persuasion) de William Wyler qui décrivait déjà la guerre de Sécession du point de vue d’une famille de fermiers. L’action de ce dernier se déroulait dans l'Indiana et, malgré les Oscars récoltés, il faut bien avouer que ce film a bien mal vieilli et qu’il s’avère sérieusement indigeste : son côté farce grotesque se marie assez mal avec les évènements tragiques décrits par ailleurs, le spectateur peinant ensuite à prendre au sérieux la partie plus dramatique. Le western de McLaglen ne tombe qu’une seule fois dans ce travers avec la séquence de bagarre homérique qui détonne dans un ensemble de très bonne tenue, d’autant qu’il s’agissait d’un moment assez tendu, le pugilat allant opposer les fermiers et les hommes du gouvernement venus accaparer des chevaux pour l’armée.


               

Les auteurs ayant décidé de délivrer un message de paix et de décrire sans concessions les tragédies découlant de cette guerre fratricide qu’ils jugent inutiles - ils ne prennent partie pour aucun des deux camps -, il était assez mal venu de laisser en l’état une telle scène qui fait un peu perdre de la crédibilité à l’ensemble. Heureusement, il ne s’agit que d’une courte séquence que l’on a vite fait d’oublier, McLaglen et son scénariste attitré James Lee Barrett tiennent ensuite leur film avec rigueur jusqu’à la toute fin (qui devrait faire venir des larmes aux plus sensibles), Shenandoah n’hésitant pas à prendre les sentiers du mélodrame à plusieurs occasions, pour le meilleur, la sincérité du propos arrivant à faire passer l’émotion par-dessus la sensiblerie.En effet, si à de nombreuses reprises le film est sur le point de tomber du côté de la mièvrerie, il reste néanmoins toujours sur la corde raide grâce au talent de ses interprètes et à la sensibilité du scénariste qui croit dur comme fer à son histoire et à la bonté de ses personnages. Les "élocutions-monologues" de Charlie, le paternel interprété par James Stewart, ont beau sembler de prime abord sentencieuses et moralisatrices, le génie du comédien les fait passer comme une lettre à la poste, aussi bien les laïus délivrés à ses fils sur les valeurs familiales et le sens de la vie que ceux - hommage de McLaglen à son mentor John Ford - qu’il délivre à son épouse décédée au-dessus de sa tombe.(http://www.dvdclassik.com/critique/les-prairies-de-l-honneur-mclaglen)

3 commentaires:

  1. En français, ce film s’intitule Les Prairies de l’honneur. Je le trouve très intéressant, car je ne connais pas grand-chose de cadre la guerre de Sécession et la guerre du Vietnam. Grâce à ce film, j’en ai découvert plus.

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    1. Et en prime , on a un super James Stewart !
      Merci du passage !!

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