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vendredi 2 février 2018

Seminole

« De tous les films que j'ai faits à Hollywood, Seminole est celui qui a obtenu les plus mauvaises critiques. Moi, je l'aime beaucoup, car il était très honnête. Il y avait une grande part de vérité dans ce film. Les Indiens Séminoles sont la seule nation qui, ayant été en guerre avec les États-Unis, ne s'est point avouée vaincue. Ils n'ont jamais signé de traité. Après avoir vu les Séminoles, après avoir étudié leur histoire, j'ai fait un film sur eux et j'ai dit la vérité : ils ont donné une sacrée raclée aux gars de West point. Les Américains se sont en fait retirés, pour ne pas dire qu'ils ont été battus, et ce sont les Indiens qui ont gagné cette guerre. Voilà ce que j'ai voulu montrer » disait Budd Boetticher à Bertrand Tavernier lors d’un entretien repris dans l’imposant et indispensable ouvrage de ce dernier, Amis américains. Belles et nobles intentions de la part du réalisateur à l'occasion de son troisième western pour la compagnie Universal ! Mais l’on sait que les bonnes intentions ne font pas forcément les bons films et même si je serais désormais beaucoup moins sévère que lors de sa découverte, Seminole est un semi-ratage qui manque singulièrement de vigueur et de puissance dramatique, faute surtout à un scénario trop schématique et qui n’approfondit pas quelques pistes intéressantes lancées dès le début, ainsi qu’à une mise en scène bien trop sage et anonyme pour espérer retenir l’attention du spectateur tout du long. Mais semi-ratage supposant semi-réussite, nous nous attarderons ensuite plus longuement sur ce qui fait de ce "eastern" un film néanmoins tout à fait regardable, voire même de plus en plus plaisant au fur et à mesure des différents visionnages.


                

Avant Seminole, il n'y eut qu'un précédent pour aborder les années 1830 en Floride. Mais si Les Aventures du Capitaine Wyatt (Distant Drums) de Raoul Walsh ne prenait ce background de l’histoire des États-Unis que pour servir de toile de fond à un film d'aventure "exotique" (et pourquoi pas d’ailleurs, même si le résultat me semble bien mauvais), l'œuvre de Budd Boetticher se veut un peu plus ambitieuse à travers un violent pamphlet pro-Indiens mettant en vedette un officier va-t-en-guerre incompétent et belliqueux qui n'a qu'une idée en tête : massacrer les tribus alentours (« Quand ils dormiront, nous les crèverons une fois pour toute »). Cet honorable et passionnant postulat de départ avec à la baguette Budd Boetticher avait a priori tout pour que le résultat soit aussi puissant que l’étaient La Porte du diable (Devil’s Doorway) d'Anthony Mann ou Tomahawk de George Sherman. Seulement, Charles K. Peck Jr. n’avait pas une grande expérience dans le domaine de l’écriture et cela se ressent grandement au vu de son travail moyennement convaincant. Son histoire a beau être intéressante, le scénariste a du mal à nous la rendre passionnante. Il est fort dommage que les relations entre les personnages joués par Rock Hudson, Anthony Quinn et Barbara Hale ne soient pas plus développées, car les rapports tissés à l'intérieur de ce triangle amoureux (notamment la très forte amitié qui lie les deux hommes alors qu’ils aiment la même femme) ne restent qu’à l’état d’ébauche.


                 

Quand on voit aussi la tendresse avec laquelle le réalisateur filme les deux trop courtes séquences entre Osceola et Revere, on se prend à rêver aux sommets d’émotion qu’aurait pu atteindre son film s’il avait approfondi cette histoire d’amour qui prouvait à nouveau que Boetticher n’était pas qu’un cinéaste viril mais également un réalisateur très sensible et possédant un fort tempérament de romantique (rappelez-vous des superbes séquences d’amour dans ses deux précédents westerns, les relations amoureuses entre les personnages joués par Yvette Duguay et James Best dans Cimarron Kid ou celles entre Robert Ryan et Julia Adams dans Horizons West).Si l’on ne s’en tient qu’à la noblesse du propos et à la diatribe contre le gouvernement américain de l’époque, c’est en revanche plutôt réussi et tout à fait sérieux (aucun humour ne vient phagocyter le film). Les Indiens sont constamment décrits avec respect au sein d’un épisode des guerres indiennes peu abordé au cinéma, celui de l'affrontement entre l'armée américaine (avec un chef d'escouade arrogant et raciste) et la tribu des Séminoles qui ne s'avouera jamais vaincue : une des périodes les plus obscures et méconnues de l’histoire des conflits entre natifs et pionniers aux USA. Les Séminoles, de pacifiques sont devenus hostiles pour la simple et bonne raison qu’ils refusaient de suivre l’exemple d’autres tribus telles les Choctaws, les Cherokees ou les Creeks qui avaient déjà été "déplacées" dans des réserves plus au nord. (http://www.dvdclassik.com/critique/l-expedition-du-fort-king-boetticher)

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