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lundi 26 février 2018

Les petites du Quai aux fleurs

Ce n’est pas que pour Odette Joyeux (quel paradoxe de porter un nom pareil et de jouer presque toujours les enfants tristes !) que j’ai regardé Les petites du Quai aux fleurs, même si je suis toujours sensible à sa beauté inquiète et à ses yeux graves. C’est aussi pour le titre qui m’avait semblé charmant et pour l’idée de départ, la réunion sous le toit d’une vieille librairie près de la Seine, d’un père un peu extravagant (André Lefaur) et de ses quatre filles, jolies, sages mais qui rêvent toutes au grand amour. Dans l’ordre d’âge présumé Édith (Simone Sylvestre), Indiana (Colette Richard), qui sont censées avoir 20 ans l’une, 18 ans l’autre, puis Rosine (Odette Joyeux), 16 ans et Bérénice (Danièle Delorme), 14. Le film est sorti sur les écrans le 27 mai 1944, moins de quinze jours avant le Débarquement ; on n’y sent évidemment pas la moindre trace de l’Occupation, des restrictions et des angoisses de ces temps-là ; le malheur est qu’on n’y sent pas le moindre rythme et que les péripéties, sans ennuyer tout à fait, ne donnent pas la moindre goutte d’émotion : on s’y sent terriblement extérieur, ce qui n’est pas toujours le cas, pour ces comédies tournées pendant la période dont certaines sont vraiment distrayantes (Premier rendez-vous d’Henri Decoin, par exemple). Pour l’anecdote, on va noter que ce fut le dernier rôle d’André Lefaur, le troisième de Danièle Delorme et le premier de Gérard Philipe, qui interprète un jeune homme très riche amoureux transi puis comblé d’Indiana, deuxième de la fratrie. On va noter aussi, dût la chose paraître discourtoise, que la manie persiste de faire jouer à Odette Joyeux des personnages très jeunes, en dépit de la vraisemblance. L’actrice, censée donc avoir 16 ans, en avait déjà 30. Ça peut passer (et de fait, ça passe bien dans Douce qui est un diamant noir et tragique), mais dans une comédie légère, ça bloque un peu. J’ai trop vite écrit comédie légère ; comédie, certes, mais comédie acide et même un peu triste.



                

À la fin du film, où la tranquillité de la famille a été secouée par les inconséquences de Rosine, qui s’imagine aimer et être aimée de Francis (Louis Jourdan), fiancé de sa sœur aînée Édith, tout rentre à peu près dans l’ordre. Édith va épouser Francis et Indiana la cadette va se fiancer avec Jérôme (Gérard Philipe). Bérénice, la benjamine, va attendre un peu pour grandir.Mais Rosine reste seule, ce qu’elle a bien mérité. Et surtout le brave docteur Bertrand (Bernard Blier), malencontreusement entraîné dans un tourbillon par cette péronnelle de Rosine et qui aurait bien épousé Édith, à qui elle n’était d’ailleurs pas insensible, se trouve complètement évacué des bonheurs communs. On peut voir la marque de Jean Aurenche dans cette goutte d’amertume, qui ne va toutefois pas bien loin… J’espérais aussi qu’on verrait un peu ce Quai aux fleurs (la partie nord-est des quais de la Cité, avant le Quai de Corse et le Quai de l’Horloge) ; en fait, la boutique de la librairie Grimaud paraît être une fois située sur le Quai de Bourbon (dans l’île Saint Louis) et plus souvent sur le Quai de la Mégisserie (sur la rive droite) ; ça m’a un peu agacé. L'entrée en matière et l'issue se tiennent malgré la confusion qui s'invite au bout d'un quart d'heure. On compatit totalement avec ce père sans compagne obligé de se coltiner les frasques de ses quatre filles dont une, amoureuse du prétendant de sa soeur, veut se supprimer.


               


Or, ce valeureux père constitue la prestation la plus attachante du lot, charmant, on l'excuse d'avance quel que soit son comportement (impayable quand il pousse la chansonnette !), on voudrait le déplacer dans un film qui en dirait plus et mieux. Il y a bien Bernard Blier en sauveur désintéressé, la juvénile Danièle Delorme si vive, si naturelle, le distingué Gérard Philipe si beau, si grave, des présences indéniables sauf qu'elles tournent à vide... On oublie vite les autres têtes d'affiche, hélas desservies par des échanges bavards, des situations trop peu reliées entre elles... Un tournage à Paris avec scénario au synopsis prometteur probablement gâchés par quelque calamité due à la guerre (sortie officielle en 1944).Il est très rare qu'un film sélectionné dans le Lourcelles soit aussi décevant. Évidemment, il y a quelques beaux moment avec un sommet constitué par le dialogue Rosine/Frédéric qui commence par le père écrivant une lettre à sa fille et se termine par la fille qui réclame la lettre à son père. C'est une superbe idée de mise en scène que de filmer d'aussi prêt un dialogue vieillesse/jeunesse d'autant que le formidable talent de comédien de André Lefaur déteint sur Odette Joyeux qui dans cette longue séquence est parfaite. Pour le reste,déception,déception:dialogue démonstratif,racoleur et répétitif;scénario incohérent avec des intrusions non fondées dans différents lieux;acteurs quelconques avec une Danièle Delorme en bon dernier. Gérard Philippe pour sa première apparition parlée à l'écran ne se remarque en rien et Louis Jourdan n'est pas aidé ni par son personnage ni par Edith qui bien que la plus jolie des 4 filles est assez falote. C'est vraiment un film suranné et lourd dans lequel Marc Allegret à manqué de talent. On est loin d'Entrées des artistes ou de Félicie Nanteuil.(https://www.senscritique.com/film/Les_Petites_du_Quai_aux_Fleurs/11516240)

3 commentaires:

  1. http://uptobox.com/5etylgbj6opb/Allegret_Marc-1943-Les
    Merci à Francomac !

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  2. Merci de nous faire découvrir ce film charmant. Il est vrai que je n’étais pas née à cette époque, mais ce drame romantique m’a beaucoup ému et je souhaite le partager à mon entourage.

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    1. Moi non plus , je n'étais pas de ce monde et le partage est exactement le but de ce blog ! A bientot Margot !

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