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vendredi 16 février 2018

99 River Street

L'affaire de la 99ème rue est un peu plus qu’un film B, mais ce n’est pas un budget important et les acteurs sont des acteurs de second rang. Mais c’est un film noir signé Phil Karlson et cela veut dire qu’il y a une certaine qualité cinématographique qui vaut généralement le déplacement. Sans doute Phil Karlson ne s’attendait pas à être considéré dans le temps comme un auteur à part entière, sans doute se considérait-il plutôt comme un bon artisan. Mais voilà, il faut bien reconnaître qu’avec les années qui ont passé, on arrive aisément à reconnaître un vrai style. C’est l’histoire d’un ancien boxeur, Driscoll, qui a échoué aux portes du titre mondial. Et depuis il vivote petitement, ce qui alimente non seulement ses aigreurs, mais aussi celles de sa femme, Pauline, qui l’a épousé parce qu’elle croyait qu’il allait devenir riche et qu’elle pourrait en profiter. Mais voilà la déconfiture de Driscoll est telle qu’elle est obligée de travailler comme fleuriste et Driscoll est devenu chauffeur de taxi. Son seul rêve est maintenant de faire suffisamment d’économies pour pouvoir prendre en charge une station-service. Mais le hasard veille et rien ne va se passer comme Driscoll le voudrait. Tout d’abord sa femme s’est pris un amant, Rawlins, et s’est acoquinée avec un voyou qu’elle va aider à dévaliser une bijouterie. Driscoll la surprend cependant dans les bras de Rawlins et il lui vient comme une envie de mourir. Dans le café où il a l’habitude de prendre son café, il croise une habituée, Linda, qui espère décrocher enfin un rôle dans un théâtre de Broadway. Mais voilà qu’elle demande de l’aide à Driscoll, elle prétend avoir tué un homme. Celui-ci se laisse entraîner, mais il va se révéler que c’est une supercherie, ayant le sang chaud, il va envoyer au tapis la clique du théâtre qui s’est moqué de lui. Ce qui va amener celle-ci à porter plainte. Driscoll est donc recherché par la police.


                

Pendant ce temps Rawlins cherche à vendre les diamants qu’il a volés, mais Christopher, le receleur, ne veut plus traiter avec lui au motif que Pauline est maintenant au courant et surtout parce que le vol des bijoux a entraîné un meurtre. Rawlins va alors imaginer un plan diabolique pour se débarrasser de Pauline et réaliser l’échange du butin contre de l’argent. Il va se débrouiller pour qu’on croie que Driscoll a tué sa femme. Ça sent vraiment mauvais pour Driscoll qui est pourchassé maintenant pour deux raisons, le fait d’avoir rossé des théâtreux et celui bien plus grave d’avoir assassiné sa femme. Malgré cette situation des plus périlleuses, il va recevoir l’aide de Linda qui regrette de l’avoir entraîné dans cette mise en scène au théâtre, et qui veut se racheter. Et puis bien sûr, il recevra celle de son ami Stan qui est standardiste et qui dispache les appels aux taxis tout au long de la nuit. Bien entendu les affaires de Driscoll vont finir par s’arranger et il pourra monter sa station-service et filer le parfait amour avec Linda.C’est un scénario solide avec de nombreuses ramifications e de nombreux retournements de situation. Rawlins veut piéger Driscoll, mais lui-même est traqué par Christopher et sa bande. Driscoll qui se trouve entre deux femmes doit également échapper à la police. Le mérite de cette histoire est sans doute d’abord de se centrer sur des petites gens dont les rêves ne sont pas très élaborés.


               

Mais évidemment il y a aussi cette idée de ces personnages qui sont attirés par ce qui brille et par les biens de consommation. C’est le cas de la pauvre Pauline qui sera durement châtiée pour avoir voulu accéder à tout prix à des rêves bien peu poétiques de richesse. Les caractères sont très opposés entre Pauline et Linda d’une part, mais aussi entre Rawlins et Driscoll d’autre part. En effet le faux couple Rawlins et Pauline pratique le mensonge l’adultère et la tromperie. Leur cupidité leur sera fatale. De l’autre côté Driscoll et Linda renoncent aux rêves moisis de la réussite matérielle et visent finalement une vie plus riche et meilleure sur le plan des sentiments.La quasi-totalité du film se déroule la nuit. Aux traditionnels coins de rue et aux embûches qu’on peut trouver sur les quais, il y a les ombres mystérieuses du théâtre qui semble vide et à l’abandon. Le théâtre est par essence le lieu de la fausseté, un peu comme si Phil Karlson voulait nous dire qu’à l’inverse le cinéma est plus juste et moins truqué. Mais si les scènes de nuit sont remarquablement bien filmées, le plus réussi ce sont sans doute les scènes d’action. La bataille entre Mickey et Driscoll est homérique et quand Driscoll cogne les théâtreux qui s’amusent à ses dépens, on y croit tout à fait. Mais il y a aussi tout ce mouvement autour des taxis et de la recherche justement du taxi de Driscoll. Il y a toujours de beaux mouvements d’appareil, et le rythme ne ralentit jamais. Bien évidemment le fait que le scénario vise une fin heureuse plombe un peu le film. Mais toute la première partie qui voit s’accumuler sur la tête de ce pauvre Driscoll les ennuis les plus inattendus, ne faiblit pas et renforce cette idée de fatalité propre au film noir. Beaucoup de scènes sont excellentes et originales, comme ces moments où Rawlins et Pauline piège Driscoll. La longue tirade de Linda qui veut faire croire à Driscoll qu’elle a tué un homme qui voulait abuser d’elle.(http://alexandreclement.eklablog.com/l-affaire-de-la-99eme-rue-99-river-street-phil-karlson-1953-a118957260)

5 commentaires:

  1. Je me souviens l'avoir vu à la Cinémathèque il y a quelques années, ça va être un plaisir de le revoir : John Payne est vraiment excellent dans ce film :-)
    Merci pour ce partage !

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