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lundi 31 juillet 2017

Les Brigades du Tigre

"Les Brigades du Tigre" raconte l'histoire de ce corps spécial de police, les Brigades Mobiles, créées par George Clemenceau (Ministre de l'Intérieur à partir de 1906 et jusqu'en 1909, puis Président du Conseil en 1917/1918, c’est-à-dire chef du gouvernement, dans le cadre des institutions de la IIIème République).
Lorsque l'inspecteur Valentin apprend la création de ces brigades, il demande sa mutation (cet aspect est particulièrement bien développé dans l’épisode-pilote : "Ce siècle avait 7 ans" diffusé le 21 décembre 1974 sur la 2ème chaîne de l'ORTF). Au sein de la 1ère Brigade Mobile, il accède rapidement au grade de commissaire. Valentin est secondé par ses amis, les inspecteurs Terrasson et Pujol. Les trois policiers se retrouvent sous la direction du commissaire principal Faivre, un patron pas franchement commode, et ils vivent de multiples aventures au cours desquelles, naviguant entre faits divers et grands problèmes de société, ils croisent de nombreuses célébrités de leur époque, et mettent la main au collet de fameux criminels.
Chaque épisode est l'occasion d'un flash-back passionnant tant du point de vue historique que de celui des intrigues policières. Comme le déclarait Jean-Claude Bouillon pour le magazine Génération Séries, numéro 14, paru au cours de l’été 1995 : "Finalement, avec "Les Brigades du Tigre", le téléspectateur recevait une leçon d’histoire toujours agréable, jamais ennuyeuse ou didactique, avec l’avantage du suspense et de la bonne humeur. Tout cela fait un mélange original et inimitable."



                                      



Au-delà des changements de gouvernement, les Brigades poursuivent leurs activités, couvrant de fait les années menant à la guerre de 1914/1918. Dans les 12 derniers épisodes (les saisons V et VI), intitulés "Les Nouvelles Brigades du Tigre", c’est la période des années 1920 puis celle des années 1930, qui servent d’arrière-plan aux enquêtes des hommes de Valentin. Un changement de taille se produisant : le remplacement de Monsieur Faivre par Monsieur Gabrielli.
La grande originalité des "Brigades du Tigre" est, le rappelait-on dans l'introduction à cet article, de se situer à la confluence de deux genres : la série policière et le feuilleton historique. C’est par le mariage heureux de ces deux styles que la série a fini par acquérir un statut particulier en France. Disons-le tout net : s’il est un programme qui mérite amplement l’appellation de série-culte alors la création de Claude Desailly en est le parfait exemple !


Les origines de la création de ce programme télévisé remontent au milieu des années 1960. A cette époque, Claude Desailly venait d’achever le scénario du film "J’ai tué Raspoutine", mis en scène par Robert Hossein. Par souci de véracité historique, Desailly avait collaboré avec Alain Decaux, icône incontournable de l’histoire version télévisuelle et/ou cinématographique. Ce dernier reprend contact avec Claude Desailly pour lui demander s’il n’a pas une idée de programme télévisé dans une perspective policière, une série dont la qualité finale puisse être comparée aux productions américaines de l'époque. Dans ce domaine, la série de référence que diffusait la 1ère chaîne, depuis 1963, est "Les Incorruptibles" avec Robert Stack. Dans ce show produit par la firme Desilu, et conçu par Quinn Martin, on peut déceler les influences qui vont s’exercer sur les futures aventures de Valentin et de ses compagnons : un sens identique du rythme visant à contracter en 55 minutes ce qui pouvait être développé dans le cadre d’un long-métrage; une utilisation du patrimoine historique non pas dans le sens du respect absolu, les enquêtes d’Eliott Ness et des incorruptibles étaient purement fictives, ni encore comme simple toile de fond exotique, mais plutôt comme source pour l’élaboration d’intrigues devant irriguer les aventures de Ness et de sa brigade.
                                 
Là, où, la série française va se démarquer, c’est dans le domaine de l’interprétation. Autant Elliot Ness et ses enquêteurs sont dénués d’humour, se contentant de réagir face aux situations, autant Valentin, Pujol et Terrasson connaîtront une évolution au fur et à mesure des épisodes et des saisons. Si, dans la première saison notamment, les interventions de Pujol et de Terrasson sont très minimalistes (ils se contentent d’obéir aux ordre donnés par Valentin) ensuite leurs rôles s’étofferont. Confirmation en est donnée par Jean-Paul Tribout dans une interview pour le magazine Génération Séries (cf : source citée précédemment) : « Dans les six premiers épisodes, Maguelon et moi avions des rôles à peu prés équivalents, Jean-Claude a un peu plus d’importance. Puis, Claude Desailly est parti du principe que, dans chaque saison, il devait y avoir trois épisodes où nous avions des rôles comparables, et chacun un épisode où on avait un peu plus le rôle principal. »



C’est ce que l’on remarque en redécouvrant la série dans son intégralité :
- dans "Les Enfants de La Joconde" diffusé au cours de la saison IV, le 19 mai 1978, c’est Pujol qui occupe le devant de la scène ;
- constat identique pour Pierre Maguelon avec "Le Village Maudit", un des meilleurs épisodes de toute la série, diffusé le 21 avril 1978, toujours au cours de la saison IV;
- idem pour "Le Cas Valentin", cette-fois au cours de la saison III, épisode diffusé, lui, le 31 décembre 1976.
                                   
Qui plus est, le spectateur finira par découvrir certains arrières-plans personnels du trio alors que, pour Ness et ses collègues, peu ou pas d’informations importantes sont révélées qui concernent leurs goûts ou leurs vies privées. Le summum sera atteint avec le mariage de Terrasson lors du du dernier épisode de la saison VI : "Lacs et Entrelacs" diffusé le 06 novembre 1983.
Desailly se met donc au travail, s’appuyant notamment sur les archives du commissaire Belin qui avait été à l’origine de l’arrestation de Landru et qui, dans ses mémoires, relatait précisément la situation de la police française, en 1907, face à la criminalité. On est alors surpris d’apprendre que le décalage entre les forces en présence et les criminels était plus qu’important. Les malfrats utilisaient des voitures et des armes dernier cri pour perpétrer leurs méfaits tandis que les représentants de forces de l’ordre ne disposaient d’aucun fichier recensant les criminels, d’aucune machine à écrire, et que les forces de gendarmerie, se déplaçant à cheval, se devaient de respecter leurs circonscriptions administratives ! Un bandit ayant commis son crime pouvait ainsi échapper aux poursuites s’il parvenait à passer d’une circonscription à l’autre ! Voilà pourquoi, Georges Clemenceau, membre du parti radical, Président du Conseil de 1906 à 1909, et titulaire du portefeuille du Ministère de l’Intérieur, décida-t-il de mettre en place des brigades mobiles, un nouveau corps de police qui fera entrer cette dernière dans la modernité du siècle naissant.


                                     


Le projet télévisé semble donc prendre une tournure intéressante. Nous sommes fin 1968 quand Claude Desailly rencontre cette fois Pierre Bellemare, par l’intermédiaire d’Alain Decaux. Bellemare dirige alors la société Telcipress, une maison de production de films publicitaires, et il souhaite la faire évoluer vers la production de séries télévisées. Toutefois, Pierre Bellemare voit grand, trop peut être, lorsqu’il annonce à Desailly qu’il envisage de construire une petite ville, d’engager des comédiens pour plusieurs années, à l’image des contrats de cinq ans en vogue au même moment aux USA, et de se lancer dans une réalisation de 26 épisodes de 48 minutes par saison... Malheureusement, le système de production français de l’époque n’était pas capable de répondre à une telle attente. Les structures économiques en place ne pouvant favoriser ce type d’initiative. En effet, Il vous faut savoir que l’habitude était prise, depuis la fin des années 1950, de ne produire que 6 épisodes, parfois 13, pour les séries de 52 minutes, 13 pour celles de 26 minutes, et de ne lancer de nouvelles saisons qu’après les premières diffusions. En effet, le marché des productions francophones étant trop limité, l’amortissement de coûts de production n’avait rien de comparable avec les séries anglo-saxonnes bien plus faciles à vendre sur tous les marchés et, qui plus est, qui étaient aisément doublées pour s’adapter aux publics nationaux.
                                 
Comment faire pour une série policière française qui serait vendue en Belgique, au Luxembourg, en Suisse ou dans le Canada francophone ? Eventuellement doublée pour les marchés allemands et italiens ? La sanction ne se fait pas attendre très longtemps et c’est un Pierre Bellemare dépité qui appelle Claude Desailly pour lui annoncer ce qui ressemble à un enterrement définitif du projet...
Pensant que le projet a capoté, Claude Desailly s’attelle à d’autres scénarios et écrit notamment pour la firme Télécip une série adaptée de l’œuvre de Gaston Leroux, "L’Homme qui revient de Loin". Pour cette série de 6 épisodes datant de 1972, et interprétée par Louis Velle ainsi que par Alexandra Stewart, Desailly imagine les aventures de Jacques de La Bossière, un aristocrate fortuné vivant à la Belle Epoque et dont la famille va être confronté à des événements surnaturels. L’ensemble est réalisé par le téléaste Michel Wyn. Roland Gritti en est le producteur. Il va jouer un rôle déterminant dans la naissance des "Brigades du Tigre" à la télévision.
Roland Gritti est à l’époque une figure incontournable de la production télévisuelle française. C’est notamment lui qui avait produit, dans le cadre d’un accord entre la firme Télécip et la société Gaumont, "Les Nouvelles Aventures de Vidocq" avec Claude Brasseur en 1971. Satisfait du travail de Claude Desailly, il demande à ce dernier s’il n’a pas une idée de série policière. Desailly peut alors exhumer de ses cartons, le projet des "Brigades du Tigre", une idée qui traîne dans les bureaux de l’ORTF depuis trois ans. Le rôle joué par Gritti mérite donc d’être souligné puisqu’il a véritablement débloqué le projet.


                                      


Commence alors pour Claude Desailly un travail de recherche dans les archives des brigades mobiles avec le secret espoir de trouver matière à l’écriture des nombreux épisodes : "J’ai commencé à les éplucher en me disant : Je vais trouver là-dedans tout ce dont je vais avoir besoin. J’ai dû très vite déchanter, car, en fait, ces brigades mobiles, que nous avons un peu sacralisées, étaient à l’origine un corps dont la plupart des missions étaient d’attraper des voleurs de lapins… " (extrait d’une interview de Claude Desailly tirée du livre de Jean-Jacques Schléret et Jacques Baudou : Meurtres en Séries aux éditions du Huitième Art). De fait, Desailly va alors littéralement inventer toutes les histoires des "Brigades du Tigre" en s'appuyant sur des événements historiques, puis en opérant une subtile extrapolation pour déboucher sur de dynamiques scénarios.
Réalisés au cours de l'été 1973, les 6 premiers épisodes de la série convenaient pleinement aux responsables d'Antenne 2 qu'étaient alors Claude Désiré et Pierre Sabbagh. Toutefois, ces derniers souhaitaient faire de la diffusion des "Brigades du Tigre" un véritable événement. C'est pourquoi, ils prennent la décision d'attendre que 6 nouveaux épisodes soient disponibles (ils seront tournés entre le printemps et le début de l'été 1974) pour programmer la série à raison d'une aventure par semaine, ce qui semblait le choix le plus cohérent afin de donner aux "Brigades du Tigre" une audience maximale et de permettre ainsi à la série de d'installer durablement.


                                                                       
Malheureusement, apprenant leur nomination à la tête de la 1ère chaîne, future TF1 pour le 01 janvier 1975, par décision gouvernementale, comme cela se pratiquait à l'époque (nous sommes quelques mois après l'élection présidentielle qui a vu la victoire de Valéry Giscard d'Estaing), Désiré et Sabbagh décident de diffuser un épisode tous les deux jours à partir de décembre 1974 "parce qu'ils voulaient partir sur la 1ère chaîne sans que leurs successeurs puissent hériter de cette série et en tirer profit" a confirmé Claude Desailly dans Génération Séries. Comment alors qualifier cette décision ? Nulle ? Stupide ? Idiote ? Face à tant d'impéritie, les mots finissent franchement par manquer...
Néanmoins, ce démarrage catastrophique ne va en rien altérer le potentiel de la série. L'accueil réservé par le public aux "Brigades du Tigre" est royal et une troisième saison est de fait commandée. Tous comme les deux précédentes, elle fait la part belle aux nombreux décors trouvés par la production dans le Loiret ainsi qu'à la place Saint-Aignan à Orléans qui est systématiquement utilisée pour de nombreuses séquences au cours des cinq premières saisons avec présence de figurants au fur et à mesure des intrigues.


Chaque épisode nécessitait 12 à 14 jours de tournage et les relations avec la société de production, ainsi qu'avec Antenne 2, ne furent pas au beau fixe loin s'en faut tant les budgets alloués à chaque épisode étaient sytématiquement restreints d'année en année. C'était sans compter sur le talent de Victor Vicas qui n'avait pas son pareil pour utiliser de façon habile les figurants et faire croire qu'ils étaient plusieurs dizaines là où ils n'y en avaient que quelques uns. Seul l'épisode "L'Ange Blanc" (diffusé le 24 mai 1978, il était le 24ème de la série au cours de la saison IV) souffre d'un manque de moyens évident tant il est difficile de raconter une enquête se déroulant au cours du Tour de France cycliste avec seulement quelques coureurs et vélos à sa disposition.


                                     

La quatrième saison, diffusée en 1978, fut tout autant un succès que la précédente et pourtant, pendant quatre longues années, entre 1979 et 1982, la série fut brutalement interrompue... Pourquoi ? Parce que Claude Barma (grand responsable de la fiction sur Antenne, et lui-même auteur des plus belles réalisations de la télévision française) avait décidé d'arrêter la production des "Brigades du Tigre" estimant probablement que le filon était épuisé ! C'est alors que Claude Désiré (qui avait quitté Antenne 2 au profit de TF1 en 1975) s'exprimant dans la presse, notamment dans le journal France Soir, déclarait ne pas comprendre pourquoi le tournage d'une cinquième saison, tant attendue par le public, n'avait pas lieu et annonçait par la même occasion que TF1 était prête à recevoir les nouvelles aventures de Valentin et de son équipe. Immédiatement, la situation avec Antenne 2 se débloque, Claude Barma revenant sur ses positions et "Les Nouvelles Brigades du Tigre" voient le jour en 1982, mais avec un changement de taille : exit Mr Faivre ! Imaginez Tintin sans le capitaine Haddock ? Et bien les producteurs n'ont pas hésité, pour de basses raisons de co-production avec l'Allemagne, à remplacer l'immense François Maistre par le bien falot Pinkas Braun dans le rôle de Gabrielli. Il est à noter que ce dernier fut doublé par Jacques Deschamps (la voix française de Richard Anderson dans "L'Homme qui Valait Trois Milliards" et "Super Jaimie").
Il n'empêche que cette cinquième saison fut elle-aussi un gros succès d'audience tout comme la sixième et dernière diffusée à l'automne 1983. Par contre, il n'y eut jamais de septième saison qui aurait donné à la série une cohérence d'ensemble, les changements intervenus entretemps à Antenne 2 bloquant définitivement le processus de décision. Maudite France !
Source : http://www.lemagazinedesseries.com/index.php?option=com_content&task=view&id=89

1 commentaire:

  1. http://chems3777.eklablog.com/les-brigades-du-tigre-1974-serie-complete-a129590282

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