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vendredi 7 juillet 2017

Le bal des damnés

Classique du septième art réalisé par l’hollywoodien Edward Dmytryk, Le Bal des Maudits est resté dans l’histoire pour son casting impressionnant mais surtout pour le parfum de polémique qu’il déclencha, trop dérangeant pour le grand public américain peu habitué et ne souhaitant guère voir sa star numéro une entre toutes, Marlon Brando, en officier allemand du régime nazi. Un classique considéré comme un chef d’œuvre, adaptation d’un roman d’Irwin Shaw, multipliant les contre-emplois étonnants. Outre le beau Marlon de ses dames, qui détonne en blond peroxydé, on retrouve par ailleurs dans une intrigue suivant plusieurs récits et personnages en parallèle, un Montgomery Clift en héros de guerre (et qui n’en est pas à sa première collaboration avec Dmytryk puisqu’ils ont fait ensemble L’arbre de Vie) et un Dean Martin en personnage apeuré, se cachant. Choix étonnant tant on aimerait plutôt vu l’inverse; Martin ayant toujours incarné la virilité séductrice là ou Clift faisait plus chétif et frêle. Vaste épopée retraçant avec richesse la guerre sous toutes ses coutures, la fresque de Dmytryk s’attache à représenter le plus large éventail possible du conflit. Ainsi, il présente le côté germanique avec ses officiers nazis impitoyables et inhumains mais également ceux ayant une conception plus noble de la guerre, avec respect de l’adversaire et honneur, en marge des idéologies nazies. A l’opposé, le côté américain montre aussi bien les valeureux soldats gravissant les échelons un à un avec bravoure et courage que les hommes partant à reculons et faisant tout pour esquiver sur place, pour se défiler. A cela s’ajoute une représentation de la guerre dans toute son ampleur ou sa petitesse entre bataille de foule ou accrochages plus confidentiels à échelle humaine, une guerre vue dans son horreur (la visualisation des camps de concentration sera un moment fort et marquant). Dans tous les cas, Dmytryk montre une guerre qui change les hommes, une guerre qui était peut-être idéalisée ou dans tous les cas vue différemment et qui va déchanter ses protagonistes découvrant une réalité tout autre que celle qu’ils avaient imaginé.


      

Bien qu’il ne soit jamais de bon ton de critiquer un monument du cinéma, force est de reconnaître que l’épopée de Dmytryk n’était pas à la hauteur de l’attente suscitée par un film aux milles raisons intrigantes : Brando dans un rôle controversé, un film épique de 2h40, un casting de rêve dirigé par cinéaste habitué au lyrisme hollywoodien…
Pourtant, le grand défaut du Bal des Maudits est justement d’avoir voulu faire ironiquement peut-être trop épique. En essayant d’aborder tellement de choses, tellement d’aspects et facettes de la guerre (de l’officier nazi en proie aux doutes, du pauvre juif engagé, du trouillard qui n’a pas réussi à se faire réformé à l’avant-guerre, à la guerre, à la résistance ou la libération et même l’Afrique du Nord), Dmytryk finit par faire perdre à son film puissance et concision et finit par perdre par la même occasion, un spectateur plongé dans 2h40 longues et confuses dont les fameux climax épiques sont au final rares, ce qui n’aide pas à la dynamisation d’un récit qui en devient par conséquence assez ennuyeux. 


                                


Beaucoup de scènes s’avèrent répétitives pour évoquer une idée que l’on a compris depuis longtemps, quand, dans le même temps, certaines choses sont seulement effleurées ou assez mal exploitées. A vouloir parler de trop de choses, à vouloir partir dans toutes les directions, on finit souvent par rater l’essentiel. Et c’est le cas chez Dmytryk. Alors que M. Brando et M. Clift livrent des prestations extraordinaires, leur personnages se perdent au fur et à mesure du récit dans la confusion d’un scénario qui semble ne plus trop savoir où il va. Le personnage d’Ackerman, jeune juif brimé interprété par Clift en est l’exemple criant. Personnage subliment écrit et interprété au départ, il s’étiole au cours du récit pour perdre totalement en puissance évocatrice plus la fin approche. 


                     
                               

Et que dire de celui de Dean Martin dont l’évolution au cours du récit vient presque poser la question de son utilité dramatique.
The Young Lions est « presque » un grand film qui passe à côté du chef d’oeuvre par sa volonté de faire trop grand, de voir trop grand. Les qualités réelles du film (dont une mise en scène d’une grande solidité, des intentions démesurées mais louables et une direction d’acteur exceptionnelle) sont indéniables et rendent la frustration que plus grande. Car de fait, on ne peut seulement que regretter une écriture trop confuse et manquant de lyrisme, comble du semi-échec pour un film de cette envergure.



                               

Les Damnés raconte, parallèlement à l’arrivée au pouvoir d’Hitler, la décadence d’une dynastie d’industriels allemands, dont l’empire sidérurgique va être l’enjeu de complots internes, attisés par la convoitise des nazis. Visconti, de son propre aveu, a d’abord voulu montrer l’autodestruction d’une famille, en s’inspirant à la fois de Freud, Wagner, Mann et Shakespeare. L’Allemagne des années 30, avec le climat de peur et de barbarie qui y régnait, s’est ensuite imposée au cinéaste comme la seule période historique susceptible de tolérer autant de violence, de corruption et de vice. Ce chef-d’œuvre inaugure la trilogie germanique (Les DamnésMort à VeniseLudwig) mais aussi la période funèbre du cinéaste. Le vérisme tragique de Rocco et ses frères cède la place à un opéra morbide, un mélodrame expressionniste agité par une utilisation maladive du zoom et de la lumière. La distribution est internationale, la version originale est anglaise (pour des raisons commerciales), tandis que le morceau de bravoure du film, la longue orgie homosexuelle des SA, qui s’achève par le massacre de la Nuit des longs couteaux, est entièrement parlé en allemand. Le génie de Visconti parvient à faire surgir de l’artifice et de la théâtralité une impression de réalisme absolu. 
Une fresque saisissante sur une famille d’industriels de l’acier acoquinés avec les nazis en 1933. Critique marxiste a-t-on dit… Mais on ne peut pas s’empêcher d’y voir aussi, malgré sa noirceur, une œuvre presque fellinienne, fascinée par la beauté du diable.
Subjugué depuis toujours par la décadence humaine, d'origine historique ou amoureuse, Luchino Visconti transforme la luxuriante demeure de cette famille d'aristocrates névrosés en un impitoyable laboratoire d'observation. 



          

Tels des rats puants, les personnages se flairent et s'évitent, affolés par la décharge qu'on vient de leur envoyer : le nazisme. Omniprésent, Hitler s'infiltre autant dans les tentures pesantes qui calfeutrent les fenêtres que dans les gants de crin qui frottent les dos blafards de barons trop sûrs d'eux.
Avec une morbide justesse, Visconti tisse des liens entre érotisme et pouvoir, fondés sur le même et violent désir de possession. Les damnés écoutent les discours politiques dans des chambres tamisées, songent à leur gloire future en succombant aux charmes du sexe opposé. « Il n'est pas difficile de se glisser dans la vie privée des gens », claironne, dans le film, le directeur des archives. Visconti s'y attelle, sans accorder aucun espoir de rémission.
Marine Landrot


                               


Entre Macbeth et les Possédés, cette chronique du pouvoir nous montre comment les membres de cette famille vont agir les uns avec ou contre les autres. Assez théâtral dans de nombreuses scènes le film m'a paru un poil trop baroque notamment dans la scène de l'orgie homo-érotique des officiers dans la nuit qui précède la nuit des long couteaux. La perversion atteint son paroxisme dans l'analyse des relation entre Martin (Un Helmut Berger halluciné dans son numéro de Marlène Diétrich) et sa mère (Ingrid Thulin actrice fétiche Bergman).
Les relations des individus sont à leur tour perverties par la politique. Doit-on être "amis" avec le nouveau chef du gouvernement pour faire prospérer nos affiaires ? Jusqu'à fabriquer l'armement des SA (sturmAbteilung), groupe paramilitaire nazi.
Il y a plein d'autres enjeux psychologiques et sexuels mais je n'en dirais pas plus sous peine de trop en révéler.
(Sens critique)

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