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lundi 12 juin 2017

Shocks

Ayant assisté a un meurtre a partir de sa chambre d’hotel, une jeune femme tombée dans un état catatonique se retrouve internée dans un établissement psychiatrique. Ce qu’elle ignore, est que le medecin en charge de son internement et traitement, n’est nul autre que le meurtrier qu’elle a vu. Shock est un film intéressant qui propose un potentiel énorme, mais malheureusement n’arrive a transformer aucun essai ou presque. Plus que des « tentatives manquées », l’on pourrait parler d’un « manque de tentatives ». En résulte un film en forme d’ébauche, un brouillon qui pourrait avoir eu (ou non) un influence sur d’autres réalisateurs ou oeuvres nettement plus abouties. Le film rappelle ainsi Fenetre sur Cour d’Alfred Hitchcock quant au meurtre déclencheur de l’action, tandis qu’il rappelle également Shock Corridor de Samuel Fuller quant a l’idée de faire séjourner une personne saine dans une clinique psychiatrique. Malheureusement, la durée—trop courte—du métrage empeche tout développement, car tout suspense a besoin de temps pour se construire, tout protagoniste a besoin d’éclairer ses motivations—les tenants et aboutissants de ce qui va constituer l’intrigue. C’est ainsi, qu’a voir la manière avec laquelle le meurtre est litéralement expédie, que l’on ne peut que se dire que plutot que la peloche, c’est Sir Alfred et sa conception du suspense que l’on traite par-dessus la jambe. L’étonnante sobrieté d’un encore jeune Vincent Price (sans moustache) ne parviendra pas non plus a sauver l’entreprise face a des acteurs désesperement sans relief, sauf mise en scene efficace dans quelques trop courtes scenes. Les dialogues quant a eux prennent parfois l’apparence d’un marathon dont le but est de maintenir le film en-dessous d’une certain durée. Tournée a une époque ou les états d’inconscience ou de mutisme menaient encore a la psychiatrie, l’on ne peut que rever a ce qu’aurait donne le concept dans les mains d’un Hitchcock ou d’un Fuller et du détail qu’ils y auraient injecte. Le mélange meurtre / psychiatrie de l’entreprise, si repris aurait pu changer a jamais la face de « Fenetre » ou « Shock Corridor » tels que nous les connaissons.



   


L’interprétation somme toute passable (voir oubliable), la réalisation purement fonctionnelle donnent a l’ensemble la patine d’une production de série (sans relief). Seules quelques scenes semblent dépasser le canevas impose par le producteur. Quelque part, Shock est le film qui a eut une double malchance, celle de tomber sur le bureau d’un producteur avec 10 années d’avance, et que ce producteur n’ait de par sa vision limitée du potentiel du métrage coupe court a toutes les ambitions et rebondissements auxquels ’histoire aurait pu prétendre. Avec un assassin docteur veule et faible (castre), une maitresse froide et calculatrice (castratrice), une victime plongée dans un environnement ou la guérir d’un maladie qu’elle n’a pas lui ferait donc perdre sa raison, un mari de la victime ex-prisonnier de guerre affable car affaibli, l’on ne peut donc que rever a ce que le film aurait pu etre si Sir Alfred y aurait inject ses névroses (la peur du gendarme) et ses obsessions (les tours morbides joues a des actrices blondes). A voir peut-etre, pour le potentiel que pour le résultat affiche a l’écran. Autant être franc tout de suite, SHOCK n'a pas sa place dans le 50 Drive-in Movie pack... Sa présence au milieu des Mama Dracula & Snowbeast est tout simplement inadmissible...


                                


Pourtant, il serait dommage de passer à côté de cet excellent Thriller/film noir réalisé en 1946 par Alfred L.Werker et interprété par l'immense Vincent Price "without his moustache". Petit suspense sympathique (tout le monde se doute dès la 8ème minutes que les plans machiavéliques de Price seront déjoués et que la petite blonde d'en sortira mais bon...) pour ce "petit" film d'à peine 69 minutes devrait plaire aux fans du genre (et ils sont plus tres nombreux de nos jours) . Définitivement pas le genre de film qu'on revoit plusieurs fois dans l'année... Tombé dans le domaine publique, Shock est visiblement assez facile à trouver dans de nombreuses éditions DVD à l'interactivité chargée... Un suspense avec un postulat de départ intéressant, qui laisse quand même place rapidement à un certain ennui.. Les dialogues étant tellement inaudibles, j'ai passé le film à entendre des phrases du genre: "I thought you were monking this delirius slop man around." ou bien "This is untreaple to my obligal youth." Résultat, je n'ai même pas compris la fin .. ! En tout cas, en ces temps intenses de répression fumitive, une partie de moi jubilait de voir les médecins et les infirmiers fumer passionément dans l'hopital.. Autre temps, autres moeurs.. Je ne connaissais pas Vincent Price, encore moins sans moustache, et j'ai bien accroché. (http://www.devildead.com/forum/viewtopic.php?t=19168).


                                

Œuvre puissante et profonde n’ayant rien perdu de sa force au fil des décennies, Shock Corridor est un uppercut cinématographique. Mais au-delà de son apparence outrancière (on y croise pêle-mêle des nymphomanes cannibales, des aliénés en tous genres, des séquences d’électrochocs, du strip-tease burlesque à plumes) se cache un pamphlet enflammé sondant les dérives de la société américaine. Comme le dit Fuller lui-même : “Comme le rayon x révèle les tumeurs d’un patient, Shock Corridor mettrait en évidence la maladie dont souffre notre nation. Sans un sérieux diagnostique, comment espérions-nous les régler un jour ?”. Leçon de courage pour tous les réalisateurs indépendants en devenir, ce film analyse un traumatisme global du à plusieurs années de guerre froide et représente, grâce à une forme simple et maîtrisée au service du propos, un des plus grands chefs-d’œuvre de Samuel Fuller donnant ses lettres de noblesse à un cinéma d’exploitation souvent décrié.
Johnny Barrett, un journaliste rongé par l’ambition visant le prix Pulitzer, se fait interner dans un hôpital psychiatrique dans le but d’enquêter sur un crime non résolu. Simulant une déviance sexuelle afin d’entreprendre cette dangereuse plongée dans l’antre de la folie, il met ainsi en péril sa santé mentale et se frotte à différents personnages incarnant les névroses gangrenant les États-Unis. Xénophobie, racisme, paranoïa, ce couloir sans fin l’entraîne dans une spirale incontrôlable qui le mènera aux frontières d’un ailleurs d’où il se pourrait qu’il ne ressorte jamais. 


 
         

En dépit de ce budget rachitique, Fuller est obnubilé par le “production value” et ne compte pas faire d’économie sur le rendu visuel du film. Il s’alloue donc les services du grand Stanley Cortez, immense directeur de la photographie qui œuvra notamment sur de véritables mammouths du septième art comme La nuit du chasseur (The Night of the Hunter) de Charles Laughton ou encore La splendeur des Amberson (The Magnificent Ambersons) d’Orson Welles. Cet extraordinaire artiste est sur ce tournage limité à l’utilisation d’une seule source de lumière imposée par le rythme effréné de la production. Il s’applique donc à utiliser une lumière plate sur les plans moyens et larges afin de gagner du temps et de ne pas trahir l’aspect toc de décors assez sommaires. C’est dans les plans rapprochés et les gros plans que sa lumière se fera plus typée, presque expressionniste dans son noir et blanc extrêmement contrasté. Ici les ombres redessinent les visages, déforment les corps et dramatisent magnifiquement des cadres précisément composés.

Cette simplicité, cette approche sans fioriture de la cinématographie apporte au film un aspect cru et nerveux qui fait tout son charme. Après plusieurs années de galère au service des studios au cours desquelles Fuller voit les budgets de ses films s’amenuiser toujours d’avantage d’un projet à l’autre, il commence à construire une véritable esthétique du film fauché. Compensant son manque de moyens par des compositions extrêmement soignées et des mouvements de caméra toujours plus réfléchis et chorégraphiés, il développe ainsi un véritable style, une empreinte visuelle qu’il maîtrise parfaitement. Shock Corridor en est la preuve flamboyante. Ici cette économie tendue semble renforcer la tension psychologique induite par les images. Décors et lumières sont réduits au stade de symboles au service du langage cinématographique, la mise en scène dépouillée de tout artifice pour servir la narration. Le spectateur est donc d’autant plus réceptif au découpage et au montage des plans, plus conscient du sens communiqué par chaque scène. Pas d’effet de manche tape à l’œil, aucune esbroufe visuelle. Tout est pensé pour nous immerger dans l’histoire sans nous distraire et parasiter notre compréhension, notre assimilation du message.


                               

Ce qui ne sous-entend absolument par que la qualité des décors et la direction artistique du film soient laissés pour compte. Au contraire, pour Fuller le design et la conception du couloir de l’asile sont des éléments essentiels du film. Il engage donc le chef décorateur Eugène Lourié, un créateur expérimenté ayant travaillé avec Jean Renoir sur La Grande illusion, Marcel Carné sur Les enfants du paradis et même avec Charlie Chaplin pour Les Feux de la Rampe (Limelight). Il conçoit pour Shock Corridor un beau décor dépouillé, à la fois confiné pour communiquer le stress des patients de l’hôpital et assez ample afin de permettre à la caméra de se mouvoir librement lors des plans les plus élaborés pensés par Fuller. A l’extrémité du couloir principal du film, cette “rue” où déambules les internés, il peint une fausse perspective sans fin. L’illusion de l’infini dans un espace limité sera enfin consolidée par des acteurs de petite taille faisant les cents pas au fond du plateau pour renforcer l’effet. Encore un exemple de la créativité débridée qu’impose le manque de moyen. Quand un obstacle se présente, on le contourne.

Un jour, l’Amiral, l’immense John Ford, rend visite à son ami Sam Fuller sur le tournage du film. Fuller raconte cette magnifique rencontre dans sa précieuse autobiographie, Un troisième visage.
“Sammy, pourquoi tournes-tu sur un plateau minable ? Demande Ford.
- Aucun studio ne produira le film, John. C’est une histoire tordue sur l’Amérique.
- Tu vas faire voler les choses en éclats, comme avec J’ai vécu l’enfer de Corée.
- Peut-être. Il faut vraiment que je fasse ce film.”
Ford et Fuller marchent le long du couloir blanc en fumant leurs énormes cigares. Soudain, un souvenir semble revenir à l’esprit de Ford.
“Là, il y avait l’église, dit-il en montrant un endroit du doigt. Là, c’était le décor pour la prostituée. Là-bas avait lieu l’interrogatoire de l’IRA.”
Ford a en effet tourné un de ses plus grands films, Le Mouchard (The Informer) sur ce même plateau minable. En 1935 la RKO n’apprécie pas du tout l’idée qu’il réalise un film sur le Parti Républicain irlandais et le studio lui accorde donc un budget minuscule et un plateau au rabais.
“Moi aussi, dit Ford, je devais vraiment faire ce film.”


                             


Car, comme toujours chez Fuller, au-delà de l’emballage d’un simple thriller psychologique, Shock Corridor est bien un film extrêmement profond. Un film qui dérange car il ausculte sans aucune complaisance les névroses de la société américaine. Évidemment, dans la plus pure tradition Fullerienne, le réalisateur ne dépeint pas ici le portrait de son pays par petites touches légères mais plutôt en jetant une grenade dégoupillée sur un pot de peinture. Subtilité et diplomatie ne sont pas ses maîtres mots, loin de là. Lui préfère donner un coup sec là où ça fait mal et si possible avec la plus grande violence possible, histoire de marquer durablement les esprits. Ainsi l’hôpital psychiatrique qu’arpente le journaliste infiltré Johnny Barrett est un microcosme représentant les États-Unis. Le décor principal du film, “la rue”, ce couloir sans fin, symbolise la “Main Street” traditionnelle américaine dans toute son artificialité. Privée de végétation, d’art, de vie, elle est un lieu dénué de tout sens. Un endroit ou l’homme ne peut communiquer, échanger ou s’épanouir. Plombée par une lumière brutale imposant un contraste violent entre noir et blanc, elle ne laisse aucune place à la nuance et impose une vision binaire de la vie sans compromis. Un reflet caricatural du manichéisme inhérent à la société américaine.
Suite et source : http://www.dailymars.net/retro-samuel-fuller-episode-34-shock-corridor/

5 commentaires:

  1. http://www.archive.org/download/shock/Shock.avi
    https://les-soustitres.fr/tt0038937/Shock
    https://1fichier.com/?u56m0xhfxt

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  2. Hello Corto
    La critique est une peu rude sur ce "Shock" de 1946, évidement a ne pas comparer avec le chef-d’œuvre de Fuller, mais pas si mal fichu que ça malgré tout.
    Si besoin, j'ai une vostfr de provenance Francomac...

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    1. Merci du coup de main ...avec plaisir !

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    2. Le voici donc, vo+stfr incrustés.
      http://uptobox.com/45a3wfwh0w6y
      Bonne fin de semaine.

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