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mercredi 28 juin 2017

Ed Begley

Ed Begley est un acteur américain, né le 25 mars 1901 à Hartford, dans le Connecticut, et mort d'un infarctus du myocarde le 28 avril 1970 à Hollywood, en Californie (États-Unis). Il est enterré à Los Angeles (au cimetière San Fernando Mission).Il commence sa carrière en 1931 par des émissions radios à Hartford et ensuite à New York. En 1943, il débute à Broadway et connaît le succès, notamment avec All My Sons et Inherit the Wind. À partir de 1947, il entame une carrière cinématographique et, à partir de 1950, une importante carrière en dramatiques et feuilletons télévisés. C'est un acteur de composition spécialisé, voire cantonné, dans des rôles d'individus corrompus, intolérants, durs, malhonnêtes.Oscar du meilleur acteur dans un second rôle en 1962 pour Doux oiseau de jeunesse.(Wiki)




                  


Deadline USA : Ancien journaliste dans les années 1940 et réputé pour son engagement à gauche, le réalisateur Richard Brooks ne pouvait pas passer à côté d’un sujet sur la liberté de la presse et l’intégrité du journaliste. Avec Bas les masques, la démonstration est irréprochable, bien que l’on puisse regretter une certaine naïveté dans un procédé où la forme se contente parfois d’illustrer le discours.
le réalisateur s’attaque à un sujet aussi vaste que la liberté d’expression. Pour cela, il pose son intrigue dans le milieu du grand journalisme américain où se confrontent continuellement (comme dans d’autres pays d’ailleurs) éthique et populisme. Personnage principal de Bas les masques, Ed Hutcheson (Humphrey Bogart) est un rédacteur en chef très consciencieux qui doit faire face à la revente du journal pour lequel il travaille depuis longtemps pour de vulgaires motifs financiers. Cette revente compromet l’intégrité et l’indépendance journalistique de toute l’équipe dans la mesure où un groupe financier très important deviendrait le propriétaire du média. Quand Ed décide alors de mener l’enquête contre l’un des caïds de la pègre les plus puissants de la ville, il pose le journal au centre même d’un conflit d’intérêts qui met à jour toutes les contradictions d’un système politique prétendument basé sur la totale liberté d’expression.
Comme toujours chez Richard Brooks, le désir de faire adhérer le spectateur à un discours progressiste prend souvent le pas sur la forme.


 
   
         
 Réputé pour son acuité à traiter de sujets politiques et sociaux durant les années 1950 et 1960, le réalisateur peine parfois à dépasser l’exercice de démonstration sclérosé et un peu naïf, donnant presque systématiquement à ses films un goût de semi-réussite. La démonstration la plus flagrante est certainement ses adaptations ampoulées de La Chatte sur un toit brûlant (1958) et de Doux oiseau de jeunesse (1962) quand, au même moment, des réalisateurs comme Elia Kazan ou Joseph L. Mankiewicz parvenaient à transcender l’œuvre de Tennessee Williams pour livrer des films particulièrement forts sur le plan formel. Mais contrairement à de nombreux réalisateurs dont l’inspiration s’essouffle en fin de carrière, Richard Brooks semble libérer ses films d’une intention didactique trop lourde à partir de 1967, lorsque l’évolution des mœurs ne le pose plus comme un précurseur du progressisme mais plutôt comme un accompagnateur.


                                  


C’est probablement pour cette raison que son style atteint une certaine forme d’apothéose avec De sang-froid (1967), My Happy Ending (1969) et À la recherche de M. Goodbar (1977).
Bas les masques peut donc souffrir de cette volonté un brin trop schématique de sensibiliser l’opinion aux dérives orchestrées par le gouvernement sur les libertés fondamentales. Néanmoins, il est tout aussi essentiel de remettre le film dans un contexte politique trouble (les premières années de la guerre froide) pour saisir tous les enjeux auxquels le réalisateur s’est courageusement confronté. L’efficacité de la mise en scène et le jeu au couteau d’un Humphrey Bogart politiquement engagé depuis sa rencontre avec Lauren Bacall ne font qu’ajouter à l’intérêt que l’on peut nourrir pour ce film, certes mineur, mais définitivement salutaire.(www.critikat.com/actualite-cine/critique/bas-les-masques.html)


                                  

Hang 'em High: Jed Cooper est un ancien homme de loi reconverti en éleveur. Alors qu'il fait tranquillement traverser une rivière à son troupeau, il est violemment pris à partie par un groupe d'hommes déchaînés qui l'accusent de meurtre et du vol de son bétail. Adeptes de la justice personnelle et expéditive, les cow-boys décident de lyncher Cooper. Heureusement pour ce dernier, Dave Bliss, un US Marshall en vadrouille, le sauve in extremis de cette pendaison arbitraire. Jed Cooper, après avoir réussi à prouver son innocence devant un juge, décide de partir à la recherche du groupe de lyncheurs afin de se venger. Le juge Fenton le dissuade d'agir contre la loi et le convainc de reprendre du service. Ainsi Jed Cooper est nommé Marshall. S'il compte remplir son devoir sans hésitation, il espère bien profiter de sa nouvelle position pour pourchasser les hommes qui ont failli l'exécuter. D'autant que l'un de ces derniers, qui s'est rendu à la justice après avoir découvert son erreur, a mis Cooper sur la piste de ses complices. En 1968, Clint Eastwood est devenu depuis peu d'années une star mondiale grâce au succès planétaire de la trilogie des Dollars (1964-1966), réalisée en Europe par l'immense Sergio Leone qui a complètement redessiné les contours du western. Mais aux Etats-Unis, il est encore pour les spectateurs américains le beau et gentil cow-boy Rowdy Yates, le héros de la série "Rawhide" qui connut ses heures de gloire sur le petit écran de 1959 à 1965. Même si les westerns spaghettis de Leone ont également dynamité le box-office américain, Clint Eastwood entend bien développer sa carrière dans son pays et confirmer dans son cinéma national l'aura qu'il a acquise à l'étranger. "Pendez-les haut et court", dont le scénario s'inspire d'événements réels, est le premier film que tourne le comédien après "Le Bon, la Brute et le Truand", il représente la première étape de cette conquête.


                             
           

Un personnage d'étranger solitaire et obsessionnel que Clint Eastwood lui-même développera et enrichira dans ses propres réalisations à partir de 1973. Car, il ne faut pas s'y tromper, "Pendez-les haut et court", pour sympathique et malin qu'il soit, se révèle plutôt sage dans sa conception et n'aspire pas à être une œuvre puissante. Le réalisateur, Ted Post, qui travaille surtout pour la télévision (et qui signera un excellent "Magnum Force" pour Eastwood), accomplit sa tâche avec un vrai savoir-faire mais qui ne confinera jamais au génie. Mais pour toutes ses qualités et sa position de pierre angulaire dans la carrière de Clint Eastwood, ce western divertissant accomplit sa mission avec efficacité. Et on aura le plaisir d'y retrouver quelques gueules de cinéma bien familières, telles que Ben Johnson (familier de l'œuvre de John Ford), Pat Hingle, Ed Begley, Bruce Dern, Dennis Hopper, Charles McGraw ou encore L. Q. Jones.Ronny Chester

Sam Levene

Sam Levene est un acteur américain d'origine russe, de son vrai nom Samuel Levine, né en Russie (lieu indéterminé) le 28 août 1905, décédé d'une crise cardiaque à New York (État de New York, États-Unis) le 28 décembre 1980.En 1907, deux ans après sa naissance en Russie, sa famille émigre aux États-Unis et s'installe à New York. Sam Levene débute au théâtre à Broadway en 1927, jouant sur les planches new-yorkaises jusqu'en 1980, quelques mois avant sa mort. Parmi les nombreuses pièces auxquelles il participe (il sera même metteur en scène de l'une d'elles en 1956, expérience non-renouvelée), mentionnons Three Men on a Horse (en) en 1935, où il interprète le rôle de Patsy, qu'il reprendra dans l'adaptation au cinéma (en) de 1936 (son premier film), puis lors d'une reprise à Broadway en 1969-1970. Chanteur occasionnel, il collabore également à trois comédies musicales, dont Blanches colombes et vilains messieurs, de 1950 (création) à 1953 ; il y personnifie Nathan Detroit, rôle repris par Frank Sinatra dans l'adaptation au cinéma de 1955. Et en 1961, il joue encore Patsy dans Let It Ride, comédie musicale adaptée de la pièce Three Men on a Horse, déjà évoquée. Notons également que cette même année 1961, pour son rôle dans la pièce The Devil's Advocate, il reçoit une nomination au Tony Awards du meilleur acteur (15e cérémonie (en)). Au cinéma, Sam Levene contribue à quarante-deux films américains1, de 1936 à 1979, l'un de ses plus connus étant le film noir Les Tueurs en 1946, aux côtés d'Ava Gardner et Burt Lancaster — avec lequel il avait joué à Broadway l'année précédente (1945), dans la pièce A Sound of Hunting, et qu'il retrouvera l'année suivante (1947), dans le film Les Démons de la liberté —. À la télévision, il participe à treize séries et à trois téléfilms, entre 1954 et 1977.(Wiki)


                                


Le Grand chantage est une peinture acide et sans complaisance du journalisme mondain et du show business, une plongée nocturne et impitoyable en plein cœur de Broadway ou des personnages errent et se débattent comme dans un cauchemar. Martin Scorsese dit, à propos de ce film : « Sweet Smell of Success est un film clé, le premier qui ait atteint la brutalité émotionnelle du monde du show business. Le type d’acidité qu’on devine dans les relations de Lancaster et Curtis existe toujours, même si, aujourd’hui, les choses sont un peu plus policées. ».Le personnage principal du film, J.J Hunsecker, est un échotier dépourvu de moralité, arrogant et sarcastique, qui se sert de tout le monde, aussi bien les attachés de presse que les artistes ou les hommes politiques. C’est un personnage qui a besoin de détruire pour affirmer sa puissance. L’amour qu’il porte à sa jeune sœur est entaché d’une passion malsaine et quasi incestueuse qui tourne à l’obsession. Il fera tout pour briser le jeune musicien dont elle est amoureuse. Face à lui, Sidney Falco est un petit publiciste sans scrupules, hypocrite et cynique, obnubilé par la réussite sociale.Le Grand chantage est un authentique film noir, notamment à travers le personnage de Falco, chez qui l'on retrouve des similitudes avec le personnage de Harry Fabian (Richard Widmark) dans Les Forbans de la nuit de Jules Dassin. C’est leur ambition démesurée qui en fait des personnages noirs : ce sont des êtres manipulés mais qui ne s’en rendent pas compte, aveuglés par l’importance qu’ils se donnent. A trop vouloir s’élever au niveau de Hunsecker, Falco, comme Fabian, finira par être passé à tabac par un policier corrompu, sorte de brute épaisse. Quant à Hunsecker, s’il ne perd pas son statut à la fin du film, il sera puni d’une autre façon par sa sœur qui se libérera du joug fraternel. Dans le rôle de Falco, Tony Curtis livre sans doute la plus belle composition de sa carrière, avec celle de L’Etrangleur de Boston de Richard Fleischer, loin de ses rôles de séducteurs.


           

Face à lui, Burt Lancaster casse aussi une image qui lui colle à la peau, celle d’un acteur physique spécialisé dans les films d’aventures et les westerns. Il donne beaucoup de prestance à son personnage. Il confirmera, trois ans plus tard, son indéniable talent d’acteur en recevant l’Oscar pour Elmer Gantry, le charlatan de Richard Brooks.Par ailleurs, il est impossible de parler du Grand chantage sans évoquer la superbe photographie de James Wong Howe, l'un des plus grands chefs opérateurs de Hollywood, qui crée un univers claustrophobe et nocturne, renforçant le côté noir du film (les scènes de jour sont assez rares). On a l’impression de se retrouver dans un immense piège à rats dans lequel les protagonistes se débattent tant bien que mal pour exister. L’essentiel du film se passe dans des lieux clos mais vivants : boîtes de nuits, clubs... On trouve très peu de scènes d’extérieurs, celles-ci étant d’ailleurs tournées en décors réels. Le scénario d’Ernest Lehmann et de Clifford Odets est admirable. Ce dernier signe des dialogues impitoyables, amers et ironiques sur le monde du spectacle qui sont un régal pour les oreilles, notamment les affrontements verbaux entre Hunsecker et Falco : « I’d hate to take a bit out of you. You’re a cookie full of arsenic. »




D’ailleurs, ils sont pour beaucoup dans la réussite du film. La musique jazzy, quant à elle, est omniprésente et contribue à conférer une atmosphère particulière au film.Alexander Mackendrick signe là son chef-d’œuvre. Sa carrière a été finalement assez courte : une douzaine de films pas plus, parmi lesquels l’admirable Cyclone à la Jamaïque et quelques classiques de la comédie "british" comme Tueurs de dames, Whisky à gogo et L’Homme au complet blanc. Le Grand chantage est reconnu aujourd’hui comme l'une des meilleures productions de la "triplette" Lancaster / Hill / Hecht mais fut en son temps un bide commercial. D’après Burt Lancaster, ce film était même le plus grand fiasco que sa société de production ait jamais produit. Néanmoins le comédien l’appréciait beaucoup. Le trio de producteurs décida par la suite de se tourner vers des oeuvres plus rentables financièrement, et le film suivant sera un grand succès au box-office : L’Odyssée du sous-marin Nerka réalisé par Robert Wise.(http://www.dvdclassik.com/critique/le-grand-chantage-mackendrick)





Meurtres en cascade (1979) - Ce film porte la signature de Demme. Au bout de dix minutes il devient facile de reconnaître sa mise en scène très personnelle qui confère à ses films l’essentiel de leurs qualités. Autant dans les extérieurs que dans le comportement de ses acteurs il imprime sa marque. Son plus gros défaut étant d’être parfois un peu trop insistant comme ici dans quelques séquences et notamment le final. C’est constamment beau en particulier les scènes d’érotisme, absolument remarquables. Demme semble jouir d’une totale liberté de ton. Il choisit particulièrement bien les couleurs et les distances entre sa caméra et ce qu’il désire filmer. Rien n’est jamais à peu près, tout est maitrisé. Janet Margolin tient ici très bien un fort beau rôle, il est même dommage de ne pas la voir davantage. Évidemment l’influence Hitchcock saute aux yeux mais la mise en scène est beaucoup moins académique.Tous les grands metteurs en scène doivent faire leur gamme et Jonathan Demme n’y a pas échappé. Son parcours est relativement besogneux jusqu’en 1991 année de l’avènement planétaire du « Silence des agneaux » qui fit entrer le thriller dans une dimension nouvelle en donnant le rôle phare à l’assassin serial killer sus nommé Hannibal Lecter pour ceux qui l’ignoreraient encore. Comme De Palma, Demme est un grand admirateur d’Alfred Hitchcok et il entend le faire savoir dans son premier thriller. Les allusions aux scènes cultes du maître parsèment le film comme le climax final aux chutes du Niagara directement inspiré de celui de « La mort aux trousses » ou encore la poursuite au milieu du film qui rappelle la fameuse scène de « Vertigo » dans les escaliers de la Coit Tower de San Fransisco.


                  

Ces emprunts un peu trop visibles ne font pas oublier un scénario devenu brinquebalant à cause d’une fusion mal maîtrisée entre les deux intrigues qui charpentent le scénario. Cette relative faiblesse de l’écriture oblige parfois Roy Scheider pourtant rarement pris en défaut, à sur jouer pour tenter d’apporter un peu de crédibilité à la caméra parfois hésitante de Demme. Toutefois le résultat n’est pas infamant et c’est avec plaisir que l’on retrouve la jolie Janet Margolin trop tôt disparue et Christopher Walken encore débutant, tout juste sorti du tournage de « Voyage au bout de l’enfer ». Enfin il est toujours émouvant de croiser Joe Spinell dans une de ses nombreuses figurations avant qu’il n’aborde le rôle de sa vie avec Frank Zito le tueur psychopathe romantique de « Maniac » (William Lustig en 1980). A voir pour ceux qui veulent découvrir les premiers pas de celui qui est devenu en un seul et unique film une des maîtres du thriller.La vérité sur Hannan. Comme Brian De Palma, Jonathan Demme rend hommage au maître du suspense par l'entremise de ce film mineur.





Le réalisateur a mûri depuis, avec des oeuvres totalement maîtrisées comme "Dangereuse sous tous rapports" ou l'impérial "Silence des agneaux". Harry Hannan assiste, devant ses yeux, à la mort de sa femme. Remis de son traumatisme, cet agent des services secrets américains réintègre son appartement, loué à une étudiante en anthropologie. Comme par hasard, celle-ci semble partager une histoire commune avec Hannan. Dans le même temps, il reçoit une menace de mort cryptée sous forme d'un message araméen. Hannan serait une des personnes, sur la liste d'un vengeur juif, à exécuter. Quand le passé resurgit, c'est souvent mauvais signe... Ce film, assez plaisant sur le moment, se distille vite dans le temps. Trop souvent, on a l'impression de visionner un téléfilm qui plagie de grands classiques du cinéma, tels que "Sueurs froides", "Marathon man", ou encore "Niagara" pour les plus évidents. Heureusement, Roy Scheider sauve les meubles de ce fiasco qui aurait pu sombrer dans les profondeurs (des chutes du Niagara) de l'oubli.(Allociné)

lundi 26 juin 2017

William Wellman

Ayant servi comme ambulancier, puis pilote dans l'escadrille La Fayette, William Wellman s'attache à montrer dans ses films de guerre la réalité du front plus qu'à idéaliser l'héroïsme des soldats. Même souci de vérité dans ses westerns, son genre de prédilection, où l'action est souvent délaissée au profit de scènes où se font jour les tensions d'un groupe ou la dimension psychologique des personnages. Nulle violence gratuite enfin : Wellman « omet » souvent de filmer une bagarre dans son intégralité, préférant en souligner les à-côtés, avec une grande sobriété de moyens. Sa volonté de montrer la réalité le conduit à préférer les décors naturels ou à s'affranchir des conditions de tournage imposées par ses producteurs : pour Les Ailes (Wings), il exige d'attendre l'arrivée de nuages dans un ciel parfaitement bleu pour rendre les combats aériens plus saisissants.
Cinéaste « sensible, ouvert aux injustices sociales » (selon Jean Tulard), plus que cinéaste engagé, il réalise L'Étrange Incident (The Ox-Bow Incident) (1943) western qui dénonce en 1885 le lynchage ; et ce dans une période où la ségrégation raciale vis-à-vis des Noirs se double de la mise au ban des Japonais soupçonnés de collaboration, ainsi que Wild Boys of the Road, film douloureux sur la violence engendrée par la Grande Dépression.
L'ennemi public (1931)
On est frappé par le désir d'éluder les péripéties, de privilégier les ellipses. Un dépouillement qui fait ressortir les moments de brutalité pure. On dirait une enquête journalistique, sérieuse, précise et documentée, sur un petit jeune défavorisé des banlieues de l'époque qui, en compagnie d'un « petit frère » et d'un modeste « caïd », fait fortune dans le trafic de bière, avant d'être liquidé par un gang plus puissant. Aucun romantisme. Héroïsme zéro. Juste un constat sur la violence de la société, qui engendre forcément celle de l'individu.
Ce qui passionne William Wellman, visiblement, c'est James Cagney, boule de nerfs qui écrase un pamplemousse sur le visage d'une copine et tue, de rage, le cheval qui a désarçonné son chef. « Tu es si rude, lui dit Jean Harlow, visiblement sous le charme de ce mâle qui fait mal, tu ne donnes pas, tu prends. Je pourrais t'aimer à en mourir. » Tout est dit...


          

Plusieurs des westerns de Wellman témoignent de sa volonté de montrer la contribution essentielle de la femme dans l'histoire des États-Unis. Dans La Ville abandonnée, Anne Baxter tient tête à une bande de hors-la-loi ; dans Convoi de femmes, cent cinquante femmes déclassées (dont une fille mère, et deux prostituées, voire plus de deux, comme le suggèrent certaines répliques) traversent les États-Unis et affrontent avec courage et dignité de multiples épreuves pour épouser des colons à demi sauvages qui représentent leur dernière chance de réhabilitation.
Plus encore, en 1944, dans Buffalo Bill avant tout le monde dans le western parlant, il réhabilite l'Indien, affamé par les chasses au bison. Il montre le célèbre héros en porte-à-faux avec les deux civilisations de l'ouest cracher sur une médaille présidentielle reçue pour ses combats victorieux contre ses amis Cheyennes. 


                               

Durant l’année 1945, la dernière du deuxième conflit mondial, Hollywood produisit notamment quatre films de guerre parmi les plus intelligents, matures et passionnants de leur époque. Ils peuvent encore aujourd’hui s’enorgueillir de leurs nombreuses qualités qui en font des œuvres très denses et surtout très différentes de la flopée de films de guerre moyens sortis durant le conflit afin de soutenir l’effort de guerre (excepté certaines perles comme L’Ange des ténèbres de Lewis Milestone ou Saboteur sans gloire de Raoul Walsh). Ainsi, John Ford réalise Les Sacrifiés, ode au courage quotidien de la Navy, et où l’esprit de famille domine, une œuvre en totale apesanteur, sortie de nulle part, d’une très belle sobriété, filmée dans un noir et blanc sublime, et où la sensibilité du cinéaste s’affirme plus que jamais. De son côté, Raoul Walsh parvient à offrir Aventures en Birmanie, une expérience immersive intense étudiant avec beaucoup d’intelligence le comportement des hommes à la guerre, grâce à un suspense ininterrompu, un rendu visuel de la jungle unique en son genre ainsi que des éléments diégétiques et artistiques sans précédent. Puis, Lewis Milestone met en scène Le commando de la mort et sa lente marche au soleil, ponctuée de morts et de silences, et où une franche humanité anime chaque homme du groupe. Enfin, et c’est l’œuvre qui nous intéresse ici, William A. Wellman signe The Story of G.I. Joe, décrivant le quotidien de l’infanterie durant les campagnes d’Afrique du Nord et d’Italie. Trois immenses cinéastes, trois visions de la guerre, trois instantanés du conflit, trois chefs-d’œuvre absolus qui ne souffrent en l’occurrence aucunement du poids des ans. Trois films inoubliables ayant chacun leur atmosphère, leurs idées, leurs errances, tout au service du courage et des valeurs morales d’hommes simples confrontés à la barbarie et à l’expérience de l’extrême.



                

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Wellman poursuit la réhabilitation en 1951 dans Au-delà du Missouri, mais sans le même ton polémique et en situant l'histoire au temps des trappeurs. De l'union d'un blanc et d'une indienne naîtra un enfant métis. Par ailleurs dans la ville abandonnée l’héroïne et son grand-père vivent au côté des Apaches qui ne leur font aucun mal.
Si sa carrière fut couronnée de nombreux succès (Les Ailes et Une étoile est née, entre autres), il termine sur un échec, avec C'est la guerre (Lafayette Escadrille) (1958), film semi-autobiographique où il prête sa voix à celle du narrateur. Et en 1948 en plein maccarthysme, il tourna un film anticommuniste, Le Rideau de fer, dont il ne voulut plus entendre parler.
Quelques jours avant sa mort, il confiait à son fils avoir vécu « la vie de cent hommes ».
Surnommé « Wild Bill » à Hollywood autant en raison de son engagement durant la Grande Guerre que pour son comportement et ses exigences sur un tournage, Wellman était un cinéaste avant tout soucieux de réalisme.(Wiki)

dimanche 25 juin 2017

Renaissance

Renaissance est un film d'animation relevant du polar de science-fiction, co-produit par la France, le Royaume-Uni et le Luxembourg, réalisé par Christian Volckman et sorti en 2006. Le film est presque entièrement en noir et blanc, et utilise la technique de la capture de mouvement (capture des mouvements, gestes et expressions du visage de véritables acteurs) pour présenter des personnages modélisés en 3D dans des graphismes à rendu 2D en noir et blanc sans nuances de gris.




2054. Dans un Paris labyrinthique où chaque fait et geste est contrôlé et filmé, Ilona Tasuiev, une jeune scientifique jalousée par tous pour sa beauté et son intelligence, est kidnappée. Avalon, l'entreprise qui emploie Ilona, fait pression sur Karas, un policier controversé, spécialisé dans les affaires d'enlèvement, pour retrouver au plus vite la disparue.



   

Karas sent rapidement une présence dans son sillage. Il n'est pas seul sur les traces d'Ilona et ses poursuivants semblent prêts à tout pour le devancer.
Retrouver Ilona devient vital : la jeune femme est l'enjeu d'une guerre occulte qui la dépasse. Elle est la clef d'un protocole mettant en cause le futur du genre humain. Le protocole Renaissance...

Le film est remarqué par la critique pour son originalité et son univers visuel réussi, mais suscite des réserves quant à son scénario. Il remporte deux prix dans des festivals d'animation, principalement le Cristal du long métrage au festival d'Annecy. Renaissance a été présélectionné aux Oscar 2007. Le film a été vendu dans plus de 40 pays.




L'idée originale du film est conçue par Marc Miance en 1998 lors du festival Imagina 98, où Olivier Renouard lui montre une image fixe en images de synthèse en noir et blanc : Miance a alors l'idée d'un long métrage qui combinerait une animation réaliste en images de synthèse et un graphisme très épuré en noir et blanc sans nuances de gris.
Miance convainc le producteur Aton Soumache et le réalisateur Christian Volckman, qui venaient de collaborer sur le court métrage Maaz, de travailler avec lui au projet ; Soumache convainc deux scénaristes, Matthieu Delaporte et Alexandre de la Patellière. Volckman commence à travailler à l'univers visuel du film, puis les deux scénaristes se fondent sur ces propositions pour réaliser une première version du scénario sans contrainte narrative particulière, qui dure 2h30 ; ils la retravaillent ensuite progressivement pour la condenser en un format plus court.


                                  


Parmi les critiques les plus favorables, celle de Studio Magazine voit dans le film « une merveille d'animation et de cinéma » et une preuve d'un savoir-faire français original en matière d'animation ; il apprécie l'« étonnante complexité » du scénario, l'alliance réussie entre réalisme et dimension graphique dans l'animation, et « l'atmosphère troublante » créée par l'univers, que le critique rapproche de celui du Metropolis de Fritz Lang. Dans L'Écran fantastique, Emmanuel Denis estime que « Renaissance doit être considéré avant tout comme une réussite (...) parce qu'il bénéficie d'une identité formelle originale, ensuite parce qu'il offre un divertissement de science-fiction de qualité. »





samedi 24 juin 2017

Barbe-Rouge

Barbe-Rouge est une série de bande dessinée de Jean-Michel Charlier (scénario) et Victor Hubinon (dessin), qui relate les aventures du pirate Barbe-Rouge au temps des flibustiers.Publiée par Pilote dès son premier numéro en 1959, cette série paraît ensuite directement sous forme d'albums et passe dans le magazine Super As à partir de 1979. À la mort de Hubinon en 1979, et jusqu'en 1982, le dessin est repris par Jijé (du tome 18 : Raid sur la Corne d'Or au 21 : Les disparus du Faucon Noir) et son fils Laurent Gillain – qui signe Lorg. Lorsque Jijé meurt, il est remplacé par deux dessinateurs qui, cas alors inédit dans l'histoire de la BD franco-belge, travaillent chacun sur leur album : Christian Gaty, dont le trait reste fidèle à celui de Jijé, et Patrice Pellerin, plus proche de Jean Giraud. Les albums sont édités par Dargaud depuis 1994. Barbe-Rouge, à l'instar de Buck Danny ou de Blueberry, ne disparaît pas avec son scénariste Jean-Michel Charlier le 10 juillet 1989, le scénario de la série étant repris par Jean Ollivier. Didier Convard et André Juillard rendent hommage en 1998 à Barbe-Rouge1, avec un petit livre intitulé La marée de St Jean. En 1999, la série est confiée à deux jeunes auteurs, le scénariste Christian Perrissin (déjà créateur de La jeunesse de Barbe-Rouge avec Daniel Redondo) et le dessinateur Marc Bourgne. Quatre albums paraissent, colorisés par Jean-Jacques Chagnaud. En 2004, Dargaud suggère à Perrissin et Bourgne l'arrêt de la série . Par la suite, le scénariste Fabien Nury (Il était une fois en France, W.E.S.T....) écrit un synopsis racontant la "mort" de Barbe-Rouge.






Dargaud cherche alors un dessinateur: Olivier Taduc (Chinaman) décline la proposition, Frédéric Toublanc (Vasco) fait des essais avant de se voir plutôt confier Tanguy et Laverdure. Finalement, Philippe Aymond (Lady S) se déclare intéressé. Entretemps, Nury est passé à autre chose: il autorise Aymond à développer lui-même son synopsis. Mais pour d'obscures raisons, Aymond est laissé dans le flou et le projet n'aboutit pas...Cette bande dessinée d'aventure invite à embarquer à bord du Faucon Noir, le vaisseau du pirate Barbe-Rouge, qui, sous le surnom de « Démon des Caraïbes », sème la terreur sur les sept mers au temps de la flibuste. Au cours d'un combat sanglant dont aucun membre de l'équipage n'est épargné, Barbe-Rouge épargne un bébé qu'il adopte et baptise Éric, celui-ci étant le seul à ne pas trembler devant lui. N'ayant ni femme, ni enfant, Barbe-Rouge compte bien en faire un pirate, mais le garçon est plus que réticent. Pour ne pas perdre l'affection de ce fils adoptif, le Barbe-Rouge se met de temps en temps au service du roi de France pour combattre ses ennemis espagnols et anglais. Toujours accompagnés de Baba, géant noir, et de Triple-Patte, savant unijambiste, les deux héros passent d'un océan à un autre afin de se battre pour la bonne cause, mais aussi pour découvrir des trésors ou secourir de belles captives. La vedette de nombreux épisodes est tenue par Éric, qui tient le rôle de héros « positif » de la série, Barbe-Rouge étant parfois ramené au rang de second rôle. Éric prendra comme nom de famille Lerouge pour se dissocier du passé de pirate de son père adoptif.L'auteur, Jean-Michel Charlier, place l'histoire dans un environnement historique assez fantaisiste, même s'il cite de nombreuses sources en bas de pages et intègre ses personnages dans des événements historiques réels. La plupart des objets, appellations, descriptifs et moments historiques sont réalistes, mais il n'en demeure pas moins que ce contexte historique marqué induit sur certains albums quelques imbroglios de date.






Ainsi, l'histoire commence en 1715 (date citée dans le tome 1), avec l'adoption par Barbe-Rouge d'un Eric alors bébé. Si on considère que le fils de Barbe-Rouge est âgé de 25 ans lors de ses aventures, on peut donc situer l'action de la série autour de 1740. Pourtant, il est fait mention de Louis XIV quand Eric est condamné aux galères puis gracié et restauré dans ses honneurs et titres à la suite de ses exploits, alors que le roi-soleil est mort en 1715. Plus tard dans la série, ce sera plus logiquement de Louis XV (roi de France de 1723 à 1774) dont il sera fait mention lorsqu'il s'agira pour Eric d'aller avec son vaisseau « l'Épervier » au secours de Fort-Royal (futur Fort-de-France) à la Martinique. Dans les épisodes relatant la recherche du trésor de Morgan de Pirate, Eric aborde avec le « Faucon noir » sur une île dominée par une potence (il cherche une "île de l'homme mort"). Là, Eric et ses hommes creusent, tombent sur un squelette et un coffre. Dans le coffre un message, et sur le message une date : 1848 !Les deux premières histoires sont parues dans le journal Pilote et faisaient plus de 60 planches. Mais quand il a fallu les faire paraître en album, les (alors toutes jeunes) éditions Dargaud n'avaient pas les moyens de publier des albums de plus de 47 pages. Les deux histoires ont donc été redécoupées en trois albums de la façon suivante : 1) Le démon des Caraïbes (62 planches) est devenu en album Le démon des Caraïbes pour les 47 premières planches et les 15 restantes ont été intégrées au début de l'album Le Roi des sept mers. 2) Le Roi des sept mers (62 planches) est devenu en album Le Roi des sept mers pour les 32 premières planches et Le jeune capitaine pour les 30 dernières.


                                



Celui-ci s'est vu rajouter deux histoires courtes (L’or du San Cristobal et Le cobra) pour compléter le tome. Là où cela se complique encore, c'est que Le jeune capitaine (donc en fait la fin du Roi des sept mers) n'a, pour des raisons inexplicables, été publié en album qu'en 1981 alors qu'il date évidemment de 1962. Et enfin pour faire encore plus simple : une grande partie des tomes ont changé de titre pour la publication en album, expliquant notamment que l'on voie à la fin d'un album « à suivre dans XXX » alors que XXX n'existe pas. Ces titres alternatifs sont indiqués entre parenthèses dans la bibliographie ci-après. L'édition récente de l'intégrale (la seule disponible actuellement dans le commerce) Barbe Rouge est, elle, chronologique (à l'exception des deux histoires courtes qui se sont retrouvées dans le tome 9 pour des questions de publication). Notons enfin que la planche 16 du Démon Des Caraïbes n'a jamais été publiée en album.Une parodie de Barbe-Rouge et de son équipage est apparue dans le quatrième album de la série Astérix, Astérix gladiateur : le bateau du flibustier se faisait rapidement couler par Astérix et Obélix. Née d’une plaisanterie de René Goscinny à l’égard de Jean-Michel Charlier, l’apparition de l’équipage pirate a fini par devenir un gag récurrent dans les albums d’Astérix, leur bateau étant régulièrement coulé par les Gaulois. Ce qui a entraîné un cas presque unique de personnage de bande dessinée transformé, sous une forme parodique, en personnage régulier d’une autre série.


                              

La référence à la série originelle a été partiellement estompée, Albert Uderzo modifiant au fil des épisodes l’allure du capitaine pirate, qui n’est d’ailleurs jamais nommé dans les albums (il est néanmoins nommé « Barbe-Rouge » dans le film Astérix & Obélix : Mission Cléopâtre) : la silhouette devient plus épaisse et sa barbe devient plus blonde que rousse. Les personnages de Barbe-Rouge utilisés dans les albums d’Astérix sont Barbe-Rouge, Baba et Triple-patte. Éric n’apparaît que dans Le Tour de Gaule d'Astérix, sous le nom d’Érix. Dans l'album suivant, Astérix et Cléopâtre, Barbe-Rouge dit l’avoir laissé en garantie contre un nouveau bateau (qui sera coulé peu après). Ces personnages apparaissent dans le film Astérix & Obélix : Mission Cléopâtre où ils sont interprétés respectivement par Bernard Farcy (Barbe-Rouge), Mouss Diouf (Baba) et Michel Crémadès (Triple-patte). On les retrouvera dans le film Astérix et Obélix : Au service de sa Majesté sous les traits de Gérard Jugnot (Barbe-Rouge), Christophe Denis (Baba) et Jacques Herlin (Triple-patte).(Wiki)

vendredi 23 juin 2017

Safaris

Quand on parle d’aventure et de cinéma, il est difficile de faire l’impasse sur la carrière de John Huston : non seulement Huston a signé quelques unes des plus belles pages du genre (Le Trésor de la Sierra MadreMoby DickL’Homme qui voulut être roi) mais il est devenu, au fil du temps, l’archétype de l’artiste aventurier. Passionné de chasse, de littérature, de boxe, de jeu ou de sculpture, Huston était un peu au cinéma ce que Hemingway était à la littérature. Les plateaux sur lesquels il tournait étaient souvent le théâtre de péripéties en tous genres. Et c’est certainement avec African Queen que ce caractère picaresque a pris le plus d’ampleur. Imaginez : un projet qui voit Huston faire ses premiers pas en Afrique, un scénario en constante réécriture, un tournage au cœur de la jungle sauvage et un duo de comédiens (Katharine Hepburn et Humphrey Bogart) au tempérament bien trempé ! Bref, le projet African Queen fut une aventure extraordinaire dont les nombreux rebondissements ont été racontés avec talent par Katharine Hepburn (African Queen ou Comment je suis allée en Afrique avec Bogart, Bacall et Huston et faillis perdre la raison). Lauren Bacall a également témoigné de ce tournage mouvementé dans ses mémoires et l’on en trouve de savoureux détails dans la biographie de Humphrey Bogart (Sperber/Lax). L’histoire est ensuite devenue légende sous la plume de Peter Viertel : coscénariste d’African Queen, Viertel écrit Chasseur blanc, cœur noir quelques mois après avoir quitté le plateau. Un roman fortement inspiré par John Huston et sa découverte du continent noir (un roman qui sera adapté avec brio par Clint Eastwood au cinéma en 1990). Tout a donc été dit, exagéré ou fantasmé sur l’aventure African Queen. Toutefois, il est nécessaire de revenir sur ses grandes lignes afin de tenter une analyse de ce chef-d’œuvre en apparence très classique. Mais nous le savons tous, les apparences sont souvent trompeuses...


  
                    


 A l’origine African Queen est un roman anglais de C.S. Forester publié en 1935 : beau succès de librairie, il ne manque pas d’intéresser les studios hollywoodiens. La RKO achète les droits mais peine à l’adapter pour le grand écran. Mis aux oubliettes, le projet est repris par la Warner qui verrait bien Bette Davis incarner le rôle de Rose. Encore une fois, le projet capote et se retrouve rapidement abandonné dans les cartons du studio. A la fin des années 40, John Huston et le producteur allemand Sam Spiegel en acquièrent à leur tour les droits. Les deux hommes adorent l’histoire de Forester et ont deux idées précises : la première est de tourner African Queen en Afrique et la seconde est de convaincre Katherine Hepburn de participer au projet. A cette époque, Hepburn travaille en marge des grands studios. Elle cultive son indépendance et cherche de nouvelles expériences. Après avoir reçu le roman, la comédienne tombe immédiatement sous le charme du personnage de Rose et s’empresse d’accepter la proposition de Huston. Reste à lui trouver un compagnon pour interpréter le personnage de Charlie Allnut. 


 Paradoxalement, c’est Spiegel qui soumet le nom de Bogart à Huston. Le comédien a déjà tourné à trois reprises avec le réalisateur (Le Faucon MaltaisKey Largo et Le Trésor de la Sierra Madre) et traverse alors une période relativement calme. Il s’apprête à enregistrer un feuilleton radiophonique avec sa compagne (Lauren Bacall) et ne se soucie guère de ses prochains rôles. John Huston retrouve alors Bogart à Los Angeles. L’échange, tel qu’il a été rapporté, est typique de la relation entretenue par les deux hommes :
J. Huston : Tu veux faire quelque chose ?
H. Bogart : Ouais.
J. Huston : Le héros est une épave humaine. Tu es la pire épave humaine de la ville et donc le meilleur interprète possible.
La confiance que Bogart accorde à John Huston est sans faille et il ne lui en fallait pas beaucoup plus pour accepter le rôle. De plus, Bogey admire Hepburn et rêvait depuis longtemps de jouer à ses côtés...


Parallèlement, Huston tente de faire avancer l’écriture du scénario. Forester a écrit deux versions du roman (pour les USA et le Royaume-Uni). Dans chacune de ces versions, les fins diffèrent et Huston doit choisir sur quelle voie s’engager. Par ailleurs, le scénario doit parvenir à capter l’esprit du livre tout en s’adaptant aux exigences de la dramaturgie cinématographique et au style de John Huston. Le cinéaste tente alors un pari en proposant ce travail à James Agee. Futur Prix Pulitzer (1958), Agee est un jeune écrivain engagé auprès des victimes de la crise de 1929. En 1942, il est critique de cinéma et encense l’œuvre de Huston. Lorsque le réalisateur lui propose de s’atteler au roman de Forester, c’est sa première expérience de scénariste (il signera ensuite deux scripts avant de disparaître prématurément à l’âge de 45 ans : La Nuit du chasseur et Face to Face). Huston attend beaucoup de lui mais malheureusement sa version, avec un final tragique (et donc fidèle aux thématiques du cinéaste) ne le satisfait pas. Il embauche alors Peter Viertel avec lequel il poursuivra le travail d’Agee.


   
                              


Les deux comédiens réunis, le scénario lancé et le financement difficilement bouclé, il ne reste plus qu’à embarquer pour l’Afrique. Tandis que les comédiens et le reste de l’équipe patientent à Londres, Huston part repérer les lieux. Il se rend sur le Lac Victoria (Ouganda) où est prévu le tournage. Ce site ne lui  convient pas du tout : Huston le trouve trop plat et non adapté à un récit d’aventure. En quête d’une région plus sauvage, il s’enfonce dans l’épaisse jungle du Congo Belge (aujourd’hui République Démocratique du Congo) et découvre la rivière Ruiki. Sous le charme de ce paysage virginal, il décide d’y installer son camp de base. Une équipe d’environ trente personnes le rejoint, accompagnée d’un matériel plutôt encombrant (le Technicolor notamment nécessite l’utilisation d’une énorme caméra !). Les premiers tours de manivelle sont donnés et rapidement les ennuis s’accumulent : accident de bateau, invasion de fourmis, difficultés à trouver des figurants...


 Le tournage africain se poursuit ensuite plus en aval de la rivière (les scènes dans les rapides y sont tournées) pour se terminer sur le Lac Victoria. Les comédiens et le reste de l’équipe pensent alors se remettre de leurs déboires lorsqu’une épidémie de dysenterie survient sur le bateau où ils résident. Tous en souffrent excepté Huston et Bogart (certainement protégés par le faible d’intérêt qu’ils portent à un breuvage aussi peu corsé que l’eau !!). Dans ces conditions, on imagine que le tournage est un calvaire pour toute l’équipe. Ce n’est pourtant pas le cas. D’une part parce que Huston adore l’Afrique et d’autre part parce que Bogart et Hepburn développent une relation d’amitié sincère. Une relation qui, comme nous allons le voir, finira par influencer John Huston et donner au film son style si particulier...

                                    



Le scénario sur lequel se base John Huston est assez fidèle au récit de Forester : ancré dans le contexte de la guerre et riche en rebondissements, il baigne dans une ambiance dramatique sérieuse. Mais après avoir observé la bonne humeur, les blagues et les rires partagés par Bogart et Hepburn, le cinéaste décide de transformer son film en une « comédie d’aventure ». Plus tard, il déclarera : « Katie et lui [Bogart] étaient tout simplement drôles ensemble et la réunion de leurs deux personnages apportait de l’humour à des situations dramatiques qui, au départ, n’en avaient pas. C’est la surprenante combinaison de Hepburn et de Bogart qui a permis à la comédie d’apparaître. » Pour ce faire, John Huston adapte sa mise en scène et transforme le scénario écrit par James Agee puis Peter Viertel.
Au niveau de la réalisation, il insuffle un ton léger au film : il laisse ses comédiens improviser, se contente souvent d’une prise de vue et préserve ainsi toute la spontanéité de leur relation. Huston ne cherche pas à s’imposer mais veut être le témoin de la « surprenante combinaison » évoquée précédemment. Il concentre donc son attention sur les dialogues, cadre ses comédiens dans des plans serrés et ne laisse au final que peu de place aux paysages africains.


Contrairement à ce que l’on pourrait croire, African Queen n’est pas une déclaration d’amour à l’Afrique. Avec son directeur photo, le génial Jack Cardiff, Huston signe bien quelques plans d’une toute beauté (la rivière et ses méandres notamment), mais ce n’est manifestement pas sa motivation principale. En s’affranchissant d’une mise en scène trop lourde, le cinéaste adopte une approche à la fois réaliste et moderne du cinéma. Un réalisme qui ne vise donc pas à montrer l’Afrique mais plutôt à témoigner de la relation Bogart/Hepburn. Une relation joyeuse et construite dans un huis clos. Tout un paradoxe quand on songe à la nature sauvage qui entoure nos deux protagonistes ! Et qui aurait pu croire que Bogart, celui qui n’avait jusque là interprété que des durs à cuire, retomberait en enfance devant la caméra de John Huston ? Le voir imiter les animaux du fleuve tandis que Katharine Hepburn est prise d’un merveilleux fou rire reste tout simplement un très grand morceau de cinéma.
Suite et source : http://www.dvdclassik.com/critique/african-queen-huston


                             


Adapté du roman de Peter Viertel, Chasseur blanc, cœur noir aura mis trente ans avant de trouver un réalisateur et sa place sur grand écran. Clint Eastwood s’est emparé du projet et livre un film en demi-teinte. La critique est à la fois séduite et sceptique, malgré l’avertissement émis par Libération : « les amateurs de tourisme africain risquent d’être déçus et les rats de la cinéphilie, chiens de garde de l’authentique, vont s’y casser les dents ».
D’abord, la presse cherche à comprendre le pourquoi du film. 7 à Paris donne un embryon de réponse : « on comprend facilement ce qui a pu attirer dans un tel projet le réalisateur dont la passion pour les personnages obsédés est connue ». Confirmation par Clint Eastwood himself dans une interview accordée à L’Express : « ce qui m’a intéressé, c’est vraiment le fait qu’il s’agisse d’une obsession ».
Plusieurs aspects du film suscitent des réactions tièdes. Eastwood insiste trop sur le personnage « au risque parfois d’oublier les nécessités d’un scénario » déplore Les Echos. Conséquence, « le film cabote entre trop de directions pour trouver tout à fait le chemin » poursuit le journal, rejoint par Le Parisien pour qui « le récit s’éparpille ». Pour Le Canard Enchaîné, non seulement « les thèmes traités se révèlent par trop simplistes », mais Eastwood commet l’erreur de filmer « une Afrique de syndicat d’initiative », de sorte que le tout « manque de souffle et de puissance ». Autre blâme pour France Soir : pas assez  « de suspense, de tension et d’affrontements ». 


             


Claude-Jean Philippe dans 7 à Paris va encore plus loin, déplorant une certaine forme de gaspillage : « il y avait là un matériau dramatique, humoristique, romanesque, exceptionnellement riche, que Clint Eastwood s’est empressé d’appauvrir et finalement de mépriser ».
Pourtant, le titre « African King » revient à plusieurs reprises, joli clin d’œil à l’origine du film et au travail de mise en scène de Clint Eastwood. « C’est filmé de main de maître » apprécie L’Humanité. Qu’il s’agisse des dialogues « caustiques et bien construits » (id.), du casting, mention particulière à Marisa Berenson, l’expérience parle. Chasseur blanc, cœur noir est « solaire, magnifiquement éclairé » pour Le Monde, et Eastwood fait preuve d’une « véhémence intuitive qui ressemble à l’amour » s’émeut Claude Baignères dans Le Figaro. Acteur, Clint Eastwood est, compte tenu du défi imposé, plus qu’à la hauteur. Incarner Wilson/Huston n’était a priori pas chose aisée. 


                 



Pourtant il s’acquitte du rôle avec presque de la jubilation, avec « une puissance énergétique et magnétique » qui a enchanté Le Figaro, ne craignant pas de « montrer une vulnérabilité jamais apitoyée » admire L’Evénement du Jeudi. Même si Les Echos émet une petite réserve et avance que John Huston « était sans doute beaucoup plus truculent (...) que le très eastwoodien Eastwood ». Dans la forme, le réalisateur adopte un style sobre qui remporte l’adhésion. « Il y a de l’humour et de l’insolence » se réjouit Les Echos
Imprégné même de « poésie » pour L’Express, le film « possède le charme de toute entreprise de nostalgie intelligemment comprise » constate L’Humanité. Plus enthousiaste encore, Le Monde applaudit devant ce « spectacle splendide et jamais gratuit, d’une intelligence constante et d’une insolente drôlerie ».


                                 



Par moments, Chasseur blanc, cœur noir touche à l’émotion. Car son véritable sujet n’est pas seulement « le savoureux portrait d’un cinéaste anticonformiste par un autre qui ne l’est pas moins », il tend vers une « satire drolatique du monde du cinéma » explique La CroixLe Figaroscope a vu de son côté une « méditation sur la faiblesse et la dérision du conquérant, une réflexion métaphysique sur le destin de l’homme ». Homme sur lequel Libération appose le nom de Clint Eastwood, car il propose ici « une manière de savoir vivre sa propre destruction ». L’expérience est d’autant plus forte, estime Gérard Lefort, que c’est « la première fois qu’il ramasse et épure l’essentiel de ses obsessions, la première fois qu’il sort du bois de ses contradictions compliquées pour les exposer, les tripes à l’air ».
Ce faisant, il fait passer en douceur le spectateur d’African Queen à... African Clint, prouvant une fois de plus que son personnage « de film en film, ne cesse de se bonifier » conclut Le FigaroscopeSource : http://www.cinematheque.fr/fr/dans-salles/hommages-retrospectives/revues-presse/accueil-critique-films-eastwood/chasseur.html