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lundi 1 mai 2017

L’île aux femmes

L’île aux femmes - Céleste Bompard est un « coq en l’air », « un jeune homme exalté, un as de la voltige ». Non content d’effectuer des loopings dans le ciel, de faire se pâmer toutes les femmes, sitôt retrouvé le plancher des vaches, il poursuit ses cabrioles cette fois-ci à l’horizontale en charmante compagnie : « Pour les unes, c’est un homme à femmes, pour les autres, c’est un homme infâme ». Avec la guerre, cette vie de patachon cesse brusquement. L’armée recherche un pilote pour transporter les lettres – désespérément amoureuses et émouvantes – que les poilus adressent à leurs femmes, mission que Céleste ne trouve pas tout à fait digne de ses talents mais qu’il accepte néanmoins… Une nuit, son biplan se brise et c’est l’accident : Céleste atterrit sur une île qui semble déserte, à première vue. Bien que transformé en Robinson, ses nombreuses amies lui manquent de plus en plus au point d’altérer sa raison. En tombant dans un souterrain, il surprend une communauté de femmes se baignant dans une cascade, toutes plus ravissantes les unes que les autres. Malheureusement, ces femmes sont des guerrières qui ont depuis longtemps rejeté toute figure masculine. L’avenir de Céleste est désormais entre leurs (jolies) mains… Cet album plus que réjouissant reprend à son compte le fameux mythe des amazones, libres, indépendantes et fières. Face à cette tribu de femmes farouchement réfractaires aux hommes, Céleste met en place plusieurs stratégies pour sauver sa peau. Mais le fait de côtoyer toutes ces femmes de surcroit peu vêtues altère sa raison…



                   


Zanzim, l’auteur de cette BD pleine de grâce(s), réalise de beaux dessins, sensuels et réalistes à la fois, avec une touche d’ironie. Il dessine à merveille toutes les femmes et les embellit : les minces, les enrobées, les divines et les plus banales (petite réticence pour un personnage, celui de la vieille peau, un peu trop caricatural à mon goût). Face à elles, Céleste en perd son latin, ce qui est plutôt une bonne chose pour le coureur de jupons qu’il représente. Zanzim se paye le luxe d’insérer quatre pleines pages sublimes, qui se lisent comme des tableaux, où il laisse libre cours à son imagination coquine et où se mêlent plusieurs heureuses inspiration : le Douanier Rousseau, les peintres symbolistes…Alliées au dessin, les couleurs signées par Hubert sont magnifiques. Subtiles, elles sont lumineuses lorsqu’elles éclairent les femmes, plus sombres lorsqu’elle se focalisent sur le pauvre Céleste – qui va en voir de toutes les couleurs c’est le cas de le dire ! Le scénario est à la hauteur de l’histoire et embarque le lecteur dans plusieurs labyrinthes. Céleste a t-il toute sa tête ? Cette histoire n’est-elle pas le miroir du délire d’un homme tout simplement perdu ? Les lettres des poilus apportent une autre dimension, enrichissent le récit, tout comme le contexte historique qui sert de toile de fond. Entre rêve et réalité, Zanzim nous balade, au gré d’une riche imagination, aussi sensuelle que poétique, avec des pointes délibérément érotiques. « Nous te laissons une ultime chance de te racheter. Dorénavant, chaque soir, tu nous conteras une histoire… avec tes mots, ceux qui nous font du bien… ceux qui nous font voir des images… Racontes-nous tes récits guerriers et ton fameux amour qui réchauffe les âmes. Céleste, je te proclame « poète de guerre »! ». L’île aux femmes de Zanzim, dans la très belle collection 1000 feuilles de Glénat. Marie-Florence Gaultier

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