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mercredi 3 mai 2017

Les amants

L'Amant de Bornéo est un film français réalisé par Jean-Pierre Feydeau et René Le Hénaff, sorti en 1942. Un délicieux vaudeville animé par un Jean Tissier au sommet de sa truculence et une Arletty plus aguichante que jamais. Certes, tout cela est un peu théatral, mais quel plaisir de regarder ce petit bijou de bonne humeur. A découvir d'urgence. Une petite comédie sans prétention mais qu'est-ce qu'on se régale, avec une Arletty fidèle à elle-même superbement habillée dans la première partie d'une robe ultra moulante et un Jean Tissier, extraordinaire (n'ayons pas peur des mots, pourquoi ce type n'est-il jamais devenu un acteur de premier plan avec le talent qu'il avait ?) Ce n'est pas seulement un film d'acteurs et certains détails sont proprement surréalistes : La décoration du pavillon, l'ours, le singe, le repas (au cours duquel on s'aperçoit au passage qu' Arletty ne savait pas manger avec des baguettes), Arletty jouant de l'ukulélé…Posons clairement les choses : L’amant de Bornéo est la seule réalisation au cinéma de Jean-Pierre Feydeau, fils de Georges et le film, adapté d’une pièce, sent clairement le théâtre : tics de langage, scènes à faire, personnages cocasses, hasards miraculeux, retournements de situations, tout sent clairement le boulevard. Mais, dans le genre du théâtre filmé, j’ai vu clairement pire et le metteur en scène parvient même quelquefois à faire oublier qu’il qu’il évolue entre cour et jardin. S’il n’y avait que le scénario, L’amant de Bornéo ne mériterait pas qu’on s’y arrête un peu longuement : ce n’est pas qu’il soit plus idiot qu’un autre, loin de là : il joue sur la fascination pour l’exotisme et l’aventure que ressentaient jadis et ressentent peut-être encore dames et jeunes filles, l’usurpation par un quidam insignifiant du profil d’un explorateur permettait immanquablement audit quidam de recueillir dans ses bras une donzelle qui, sans cela, ne l’aurait pas même remarqué.


                   


Il y a au moins deux films des années 50 qui sont de cette veine : Émile l’Africain de Robert Vernay avec Fernandel et Mon frangin du Sénégal de Guy Lacourt avec Raymond Bussières. Un peu antérieur (1942), L’amant de Bornéo présente un libraire paisible et prospère de Châteauroux (Indre) qui parvient à séduire une vedette de music-hall en se faisant passer pour un globe-trotter intrépide. L’homme, qui a beaucoup lu de récits de voyages dans sa librairie berrichonne dispose évidemment d’une quantité infinie d’anecdotes ethnologiques pittoresques : rien de tel pour éblouir la faubourienne. On devine tous les quiproquos et rebondissements qui peuvent surgir de la situation. Pauline Carton en habilleuse et soubrette, André Alerme en monsieur sérieux de la vedette, Pierre Larquey en méthodique et obsessionnel comptable du libraire, c’est bien mais ça ne suffit évidemment pas. Seulement voici que jaillit – ô merveille ! – la vedette, qui s’appelle Stella Losange et qui est Arletty ; et que, surprenant et excellent, le libraire amoureux Lucien Mazerand, c’est Jean Tissier ! Une histoire d’amour entre Arletty, la fleur des faubourgs et Tissier, le nonchalant qui passe et finalement de belle amour, je ne sais pas qui en a eu l’idée, mais il a eu drôlement raison celui qui a choisi. Et ça fonctionne très bien, très drôlement, malgré les limites, dites plus avant, du théâtre filmé, quelques petites longueurs, quelques facilités prévisibles, quelques morceaux de farce indigestes (les animaux exotiques de la villa qui abrite les amours du couple et qui s’évadent). On ne va pas se le dissimuler : au regard des critères cinéphiliques habituels, L’amant de Bornéo ne vaut pas grand chose et sans doute même un peu moins. Mais on n’a pas besoin de se dire ça pour apprécier un film… Ni pour réclamer qu’Arletty entre au Panthéon ! (Il est vrai qu’elle s’y ennuierait…).(Senscritique)


                  



Les Amants du pont Saint-Jean est un film français réalisé par Henri Decoin en 1947.Pilou, d'un milieu modeste aux parents étranges, s'éprend d'Augusta, la fille du maire. Contre toutes attentes, le maire, très pieux, ne s'oppose pas à cette union à condition que les parents de Pilou régularisent leur situation par le mariage. Mais la mère de Pilou, alcoolique, fait une chute mortelle sur la berge du Rhône. Cet accident fatal, le sera aussi pour le père de Pilou qui se jette dans le fleuve par désespoir.
"Les amants du pont Saint-Jean" (France, 1947) d'Henri Decoin est un film néo-réaliste avant la naissance du mouvement. Decoin est décidement toujours en avance sur son temps. Effectivement, le film est majoritairement tourné en décors naturels et traite des problèmes sociaux. Cependant, il ne suffit pas d'être avant-gardiste, d'avoir Michel Simon et Gaby Morlay pour faire un bon film. Henri Decoin en fait la preuve. Le film se veut une adaptation libre de "Roméo et Juliette", séparés cette fois-ci par un rivière meurtrière. La comparaison s'arrête là, pas de grâce shakespirienne, plutôt une lourdeur jarryenne ou Michel Simon devient Ubu. Bref, le film est souvent lourdingue même s'il possède quelques instants de félicités ( l'étincelle Decoin ). La scène où Gaby Moraly ( laide dans ce film ) danse seul dans le bar est extrêmement bien mis en scène, on en a des frissons tellement cet instant est beau. Malheureusement ce genres d'instants sont trop rares et le film s'achève sur une mort abracadabrantesque. En conclusion, "Les amants du pont Saint-Jean" (France, 1947), doté de la réalisation d'Henri Decoin de bonne qualité, narre une histoire tellement idiote qu'il se classe comme l'un des moins bons films d'Henri Decoin.Film brillant servi par des acteurs formidables : Michel Simon ressort Boudu des placards en lui adjoignant une once d'émotivité, tandis que Gaby Morlay surprend en incarnant ce personnage complexe, drôle et touchant à la fois, et si fragile derrière cette verve incomparable. Aurenche et Wheeler signent un scénario intelligent et des dialogues qui font souvent mouche : comique et tragique ne se bousculent pas mais se complètent judicieusement.(Allociné)


          



Philippe de Broca avait développé un univers personnel et ludique à travers ses deux premiers films, Les Jeux de l’amour (1960) et Le Farceur (1960), porté par son double cinématographique d’alors, Jean-Pierre Cassel. L’acteur par son personnage séducteur, sautillant et immature y incarnait merveilleusement les thématiques chères à de Broca sur la fuite du réel vers un monde de rêve et de fantaisie. L’Amant de cinq jours est sans doute la plus belle réussite de la collaboration entre Jean-Pierre Cassel et de Broca, mais c’est pourtant un film que le réalisateur n’aimait pas. Ce refuge dans le rêve constituera toujours une issue positive dans toute la filmographie de de Broca, quitte à saborder son intrigue par une pirouette narrative comme dans Un Monsieur de compagnie (1964) ou de transformer un dénouement supposé tragique en triomphe avec le chef-d’œuvre Le Roi de cœur (1966). L’Amant de cinq jours semble être une des rares fois où de Broca confronte cette légèreté à une vraie noirceur, ce qui peut expliquer son désamour pour le film.Quand souvent l’insouciance du fantasme est synonyme de refuge pour de Broca, c’est ici la résultante d’une peur profonde pour chacun des personnages. Madeleine (Micheline Presle), directrice d'une maison de haute couture, voit dans son amant juvénile et entretenu Antoine (Jean-Pierre Cassel) l’illusion de sa beauté et de sa jeunesse pourtant déclinantes. Claire (Jean Seberg), jeune mariée mère de deux enfants, projette également sur Antoine qu’elle croit riche la flamboyance absente de son quotidien ordinaire. On pourrait même y ajouter son époux Georges (François Périer), si perdu dans ses ouvrages et son goût pour l’Histoire qu’il n’en remarque pas l’infidélité d’une épouse trop souvent absente du foyer. Paradoxalement, Jean-Pierre Cassel, tout en réitérant une performance bondissante et enjouée, incarne finalement le personnage le plus lucide et en quête de réel.


   


Les après-midi avec Claire sont des esquisses de passion trop brèves qui s’arrêtent quand il est l’heure de rejoindre mari et enfants ou lorsqu’arrive la fin de semaine. Les weekends avec Madeleine offrent un vague semblant de vie de couple alors qu’en semaine elle est bien trop occupée pour être en sa compagnie. Antoine comble les vides de ses deux amantes tout en étant lui-même dans une frustration affective perpétuelle. Et c’est précisément en essayant d’y remédier qu’il risquera de tout perdre.Avant d’en montrer les limites, de Broca apporte ainsi toute la flamboyance romantique dont il est capable lors des scènes de couple. Dans l’alcôve de l’appartement, la fantaisie côtoie le rapprochement charnel le plus tendre quand, après avoir improvisé une danse écossaise, Antoine effeuille avec une infinie délicatesse une Claire conquise et le dévorant des yeux. On touche le sublime lors de leur première nuit ensemble, là encore amusement et passion amoureuse s’entremêlant merveilleusement. Un passage tumultueux sur les champs de course précède ainsi une somptueuse traversée nocturne de Paris en péniche, la danse du couple alternant avec des vues des immeubles endormis brièvement éclairés par la photo féérique de Jean Penzer. La magnifique musique de George Delerue parvient à traduire la candeur de ces instants tout en exprimant une profonde mélancolie traduisant leur nature éphémère. Cela annonce les lendemains qui déchantent où chaque personnage verra son fantasme cruellement se retourner contre lui. Madeleine voit ainsi Antoine l’abandonner pour une Claire plus jeune.


                 

Celle-ci voit la réalité la rattraper avec un amant souhaitant vivre réellement avec elle et par ses propres moyens, synonyme de redite du quotidien terne qu'elle cherche tant à fuir.Jean Seberg compose un personnage indigne sur le papier mais touchant dans sa quête d’absolu, fut-il factice. Claire délaisse mari et enfants sans remord tant qu’est maintenue l’illusion, poursuivant sa liaison avec Antoine même quand elle connaîtra la vérité sur la source de ses revenus. Les sentiments de la jeune femme sont indéfectibles tant que subsiste le contour du rêve, quand à l’inverse l’intensité de ceux d’Antoine (Claire se vantant d’une pseudo-vie de grande bourgeoise) emmène leur romance vers le réel. Antoine cherche leur épanouissement dans la vérité (et balaie d’un revers de la main la mythomanie de Claire), Claire ne s’accomplit que dans le mensonge. En restant fidèle à ses préceptes, de Broca dessine donc un drame cruel dans lequel cette fuite dans le rêve perd tous ses atours facétieux pour constituer une prison qui s’ignore. François Périer (touchant de tendresse aveugle et/ou résignée) en époux aimant et capable de pardonner maintient l’illusion d’un foyer uni, et Madeleine (magnifique Micheline Presle qui campera une beauté fanée avec plus de grâce encore dans Le Roi de cœur) se trouvera sans doute un autre amant juvénile pour se rassurer. C’est pourtant bien le sort du couple phare qui bouleverse. Antoine dans la solitude de sa garçonnière et surtout Claire qu’on devine prête à céder à une autre promesse d’ailleurs clinquant et l’éloignant de tout choix douloureux. Plutôt que de nous faire échapper à une réalité douloureuse, les rêves laissent glisser un bonheur à portée de main. Un paradoxe qui explique le reniement de Philippe de Broca mais qui constitue toute la beauté du film.(http://www.dvdclassik.com/critique/l-amant-de-cinq-jours-de-broca)

1 commentaire:

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    (Merci Francomac et "Monde")

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