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jeudi 18 mai 2017

Jamaica Inn

Jamaica Inn est le dernier film de la période anglaise de Hitchcock et constitue aussi sa première adaptation de Daphné Du Maurier avant Rebecca l'année suivante et Les Oiseaux bien plus tard. La Taverne de la Jamaïque est bien loin d'égaler ses deux futurs tentatives mais constitue un exemple parfait de la méthode Hitchcock qui (en dépit de grosses infidélités) respecte le cadre, les évènements, la trame et les personnages du roman pour les plier complètement à sa vision. L'art du suspense d'Hitchcock ne fonctionne pas sur les coups de théâtre et les rebondissement fracassants, mais plutôt sur la manière de les dilater en créant une attente entre ce que savent les personnages et le spectateur tout l'anxiété et la tension naissant de ce décalage. On en a un exemple parfait ici où Hitchcock déconstruit complètement la trame linéaire et prévisible de Du Maurier (le roman un peu ennuyeux n'a d'intérêt que pour son atmosphère). L'activité criminelle de naufrageurs des méchants n'était révélé qu'à la moitié du livre, Hitchcock n'en fait pas un secret et ouvre son film sur un spectaculaire naufrage où toute la bestialité des malfrats nous est révélé lorsqu'il achèvent les rares survivants pour s'emparer de leurs biens. De même la duperie du grand méchant tout à la fois confident de l'héroïne et chef de l'organisation, grand mystère dans le livre est connu d'emblée, même si le personnage de papier est totalement modifié avec Charles Laughton en noble libidineux au physique repoussant (sacré maquillage !). Toute la tension s'organise donc autour du danger qu'ignore encore courir Mary (Maureen O'Hara) à l'Auberge de la Jamaïque et des dangereux criminels aux mines menaçantes qu'elle y côtoie. Hitchcock joue remarquablement sur la chronologie des évènements du livre ici entièrement voué à la vitesse et au spectaculaire avec un impact bien plus fort tel la scène où Laughton abat froidement la Tante Patience sur le point de révéler son rôle dans l'affaire.



         
          


S'étant souvent plaint des moyens étriqués dont il disposait en Angleterre, Hitchcock dispose de plus gros moyens sur ce dernier film, que ce soit les costumes où les impressionnantes séquences de naufrage. L'ambiance pesante du livre est remarquablement retranscrite à travers les vues vertigineuses des falaise de Cornouailles ainsi que le décor très réussi de la fameuse auberge dont le réalisateur use très bien de l'espace à des fins de suspense tel la scène du pendu une nouvelle fois plus palpitante que son équivalent papier. Le film manque cependant de rythme, d'allant et avance assez laborieusement par rapport à l'optique voulue par Hitchcock.



                                  

C'est donc les acteurs qui rattrapent un peu l'intérêt vacillant du récit. Charles Laughton est une nouvelle fois fabuleux et offre une spectaculaire entrée en la matière à sa protégée Maureen O'Hara qu'il a découverte et imposée sur le film (avant de l'emmener avec lui aux USA pour tourner le Quasimodo de Dieterle avec la grande carrière que l'on sait). D'une jeunesse, d'un beauté et d'une fougue éblouissante elle crève déjà l'écran et tout les échanges avec Laughton son excellents, le premier où il la déshabille littéralement du regard (la rumeur veut qu'il en ait été amoureux dans la réalité) où encore la fuite finale à la tension sexuelle malsaine (avec un inexplicable dialogue où elle prend sa défense avant sa spectaculaire chute)... Pas un grand film donc, mais une satisfaisante petite leçon de savoir faire du Maître du Suspense.(http://chroniqueducinephilestakhanoviste.blogspot.fr/2011/02/la-taverne-de-la-jamaique-jamaica-inn.html)

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