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samedi 6 mai 2017

Faire barrage

Le réalisateur Yves Allégret, qui rêvait peut-être d'un néo-réalisme à la française, propose en 1955 à Gérard Philipe "La meilleure part" où, à travers les revendications ouvrières, la lutte des hommes pour l'amélioration de leurs conditions de vie, l'antiracisme, il pouvait illustrer quelques une des idées qui leur étaient chères à tous les deux! Plus convaincu que convaincant, l'intérêt étant aujourd'hui purement documentaire, "La meilleure part" obtint le prix de la mise en scène à Karlovy-Vary! On notera dans les seconds rôles un certain Gérard Oury! Distrayant malgré tout où l'on voit la construction de ce barrage en Savoie sous la direction de ce jeune ingénieur qui tombe malade (dédidément)...Alors qu’il vient de tourner un pur chef d’œuvre avec Gérard Philipe (Les Orgueilleux), le cinéaste Yves Allégret confirme son lien avec l’acteur, tout en s’intéressant une fois de plus aux déclassés dont on ne parle jamais dans ces années 50 entièrement tournées vers la reconstruction et le miracle économique des Trente Glorieuses. Allégret rappelle ici que ce miracle a un prix et qu’il est réalisé grâce à des gens qui vouent leur vie à un travail complexe et harassant. Il souligne le rôle important des immigrés, non seulement italiens, mais aussi maghrébins et leur rend ici un hommage salutaire. Malheureusement, il choisit pour cela un style documentaire proche du néoréalisme italien qui ne parvient jamais à se débarrasser de ce lourd héritage pour nous plonger dans une fiction passionnante. Du coup, on reste capté par l’aspect documentaire indéniable, mais l’intrigue ne passionne guère et l’on s'en fiche un peu, d’autant que la réalisation est raide et guindée. Considéré comme une déception à l’époque, le film a tout de même attiré près de deux millions de spectateurs, preuve de l’énorme popularité de Gérard Philipe. Depuis, le film a sombré dans l’oubli. Il n’est pourtant pas déshonorant, juste un peu plat.



                  

Yves Allégret était un cinéaste clairement engagé à gauche et ce film qui se veut la chronique de la vie sur un chantier de travaux publics dans les années 50 en est la parfaite traduction. Le film d'Allégret va au-delà du néoréalisme italien en donnant une place prépondérante au versant documentaire de son propos. Cette tonalité documentaire que certains ont pu trouver rébarbative dénonce peut-être de manière encore plus évidente l'exploitation faite de la main d'œuvre étrangère, essentiellement composée d'italiens et d'algériens, en cette période d'expansion que l'on nomme aujourd'hui les trente glorieuses. Là où un Rossellini ou un De Sica auraient poussé à son paroxysme un drame humain pour renforcer leur démonstration militante, Allégret préfère inscrire celui-ci dans la routine d'un chantier d'envergure où les pertes humaines sont comptabilisées en pourcentage. Les acteurs doivent donc placer leur jeu dans ce contexte particulier, ce qu'ils arrivent fort à faire sous la houlette d'un Gérard Philippe parfait en ingénieur déconfit par le sort réservé aux ouvriers et que sa maladie de cœur viendra à point nommé sortir du conflit intérieur qui le ronge entre sa passion pour son métier et son humanité. Un beau film qui demande à être réévalué dans l'œuvre du cinéaste. A noter la figuration de Charles Denner et les très courts rôles de Marcel Bozzuffi et de Jean Lefèvre.(Allociné)


                          


Jean Giono reprend en 1958 le beau titre qu'il avait en 1930 donné à un court texte publié par La Nouvelle revue française où il célébrait le rémouleur, le potier, le flotteur de bois, le fontainier (un peu comme l'a fait Alain Cavalier avec ses "24 portraits"), mais de la façon très lyrique de sa première manière. En 1958, donc, sur une commande reçue d'EDF qui est en train de construire le barrage de Serre-Ponçon destiné à canaliser la folle Durance et à assurer l'approvisionnement en eau de ces terres rudes et sèches (je le sais : j'en suis et ma tombe de famille est à Château-Arnoux !), Giono écrit et dialogue un film qui sera réalisé par François Villiers. Ce qui est amusant, c'est que l'écrivain prend ici à peu près le contre-pied de ce qu'il avait écrit avant guerre, où il appelait, contre le progrès technique, à l'insurrection générale du monde paysan ("Le poids du ciel", "Lettre aux paysans sur la pauvreté et la paix", "Recherche de la pureté"). Dans "L'eau vive" les personnages sont bien un peu embêtés de devoir quitter leurs maisons ancestrales et leurs habitudes, mais ils voient aussi dans la construction du barrage bien des avantages et l'occasion de palper les confortables indemnités versées par le constructeur. Renversement de point de vue qui ira d'ailleurs encore plus loin, puisqu'un roman ébauché de Giono, intitulé "Dragoon" (le nom d'une marque fictive de bulldozers) prévoyait de "montrer ces machines et ces installations non plus seulement comme destructrices de l'ordre naturel, mais bien comme incarnant désormais la féerie" (notice du roman dans l'édition de La Pléiade).


   


 Comme dans "Crésus", deux ans plus tard, la découverte farfelue d'un conteneur plein d'argent déclenchera passions et égoïsmes d'une petite communauté montagnarde jusqu'alors assez paisible, dans L'eau vive la recherche d'un joli magot mis de côté par un riche propriétaire exhibera, après sa mort, les jalousies, haines rentrées et avidités brutales d'une famille rapace, autour de la jeune et jolie héritière Hortense (Pascale Audret). L'invraisemblable succès de la jolie ritournelle composée par Guy Béart a, d'une certaine façon, nuit au film, qui présente pourtant quelques belles qualités, en premier lieu la beauté de ses décors naturels. Villiers a un réel talent pour filmer les grands espaces, le lit majeur de la Durance avant son assagissement ou les plaines de la Crau (qui fournissent le meilleur foin du monde, soit dit en passant, qui bénéficie d'une "appellation contrôlée"). Aussi la distribution, très réussie, notamment celle des méchants : on a toujours raison d'employer le visage anguleux de Germaine Kerjean pour jouer les avides austères et la fausse bonhomie de Milly Mathis pour jouer les avides jouisseuses .


                                  

Hubert de Lapparent en évangéliste engoncé a la bonne touche d'étrangeté qui convient ; mais la révélation, à mes yeux, c'est Andrée Debar, alors spécialiste de rôles sulfureux ("La Garçonne", "Le secret du chevalier d'Éon"), qui semble n'avoir aucun mal à interpréter la malfaisante cousine, qui est bien prête d'être meurtrière et qui, comme lui dit in fine Hortense trouvera bien toujours un trottoir à Marseille pour l'accueillir. C'est bien, mais ce n'est pas très bien tout de même. Je ne suis pas sûr, d'abord, que Giono, extraordinaire dialoguiste littéraire mais peu familier de ce métier particulier du cinéma n'aurait pas mieux fait de laisser le dialogue à un professionnel. Puis – et cela est plus embêtant – sans doute poussé par les exigences de la production et du happy end obligé, il ne met pas dans son scénario toute la misanthropie qui aurait pu y être. Et de ce fait, cette âpre histoire d'héritière spoliée se termine en conte de fée. On en est content pour l'excellent Oncle Simon (Charles Blavette) qui va pouvoir demeurer avec ses brebis et sa jolie nièce, mais on n'est pas au niveau des grandes chroniques, "Un roi sans divertissement" ou "Les âmes fortes" et de leur fondamental pessimisme…(Impétueux sur Senscritique)

1 commentaire:

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    (Francomac)

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