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mercredi 15 mars 2017

Un homme traqué ..

The Parallax View, qui se traduit par la "vision décalée" renvoyant aussi bien au phénomène optique que doit prendre parfois en compte le tireur d’élite qu’au sens abstrait de "prendre une chose pour une autre" ou "ne pas voir les choses telles qu’elles sont", brille d’un sombre éclat qu’il doit au premier chef à la photographie très inspirée de Gordon Willis. Celui-ci use de plans d’ensemble qui écrasent l’individu sous une lumière glacée et dans un décor naturel hostile, qu’il soit artificiel (le barrage, l’aéroport, la mer) ou naturel (l’architecture urbaine, la salle de test, le gigantesque hall du meeting en préparation). Et lorsqu’il filme une scène de bar ou d’appartement, les gros plans en clair-obscur - aussi travaillés que ceux du Parrain et du Parrain II de Francis Ford Coppola ou que ceux de son propre Windows (Fenêtres sur New York, 1980) - produisent cette même impression de fragilité des apparences que le chaos peut rompre à tout moment.Il le doit aussi à un scénario paranoïaque inspiré d’un roman de Loren Singer, très influencé par le dossier Kennedy - au point qu’il est régulièrement cité depuis 30 ans bientôt dans la filmographie de cette affaire en compagnie de Executive Action (1973) de David Miller et de JFK (1991) d’Oliver Stone s’y référant explicitement. Il ne contient pourtant aucune allusion directe aux évènements de Dallas : la présence de deux photographies de Kennedy et de Ruby, au beau milieu d’un montage visuel utilisé pour un savoureux "test de recrutement" un peu spécial, est d’ailleurs tout ce qu’on peut relever comme allusion proprement dite. Elles ne sont nullement mises en avant mais noyées dans la masse. Bien sûr, on les repère d’autant mieux qu’on les attend. The Parallax View appartient au genre qu’on a baptisé "politique-fiction" duquel relèvent des films comme The Manchurian Candidate (Un crime dans la tête, 1962) et Seven Days in May (Sept jours en mai, 1964) de John Frankenheimer.


   

Mais il atteint, au moyen d’une intrigue mi-policière mi-d’espionnage, le fantastique pur en raison de son traitement résolument angoissant. Bien davantage que l’intéressant mais inégal Dream Lover (1986) que réalisera Pakula en 1986, donné à l’époque pour un "thriller fantastique". Il est clair que tout le sujet a été écrit pour que l’affaire Kennedy soit posée comme référence non-dite, mais il va au-delà de ce fait historique particulier.Les cinéastes des années 70 et leurs directeurs de la photographie aiment souvent prendre leur temps, poser un par un méticuleusement les facettes et les fragments de l’action qu’ils dépeignent. The Parallax View en est un parfait exemple. Beatty n’y est pas excellent - n’importe quel acteur correct pourrait faire ce qu’il fait ici - mais il a un grand mérite : une extrême sobriété qui permet aux seconds rôles de briller d’un éclat particulier - une constellation d’hommes et de femmes dont les masques ne tombent pas toujours, ou qui meurent au moment où ils allaient révéler leurs vrais visage ou bien dans l’ignorance des moutons promis à l’abattoir. La mise en scène sait être ample ou intimiste, mais ne conserve jamais assez longtemps la même tonalité narrative pour que le spectateur puisse trouver ses marques et se rassurer.


               

Celui-ci finit par être, à l’image de son héros, totalement englué puis broyé par ce périple au cœur de la toile d’araignée technocratique et fasciste que pourraient être devenues les U.S.A. Le dernier bon film de Francesco Rosi, Cadaveri Eccelenti (Cadavres exquis, 1975) réalisé un an après celui de Pakula, aura un sujet proche quoique "décalé" géographiquement et scénaristiquement : on y tue des juges en utilisant un déséquilibré afin de déséquilibrer la Démocratie chrétienne menacée par le communisme et permettre au fascisme de prendre sa place. La différence essentielle est que Pakula préserve davantage que Rosi le non-dit de ses "bourreaux". Ce non-dit, ce poids infernal du secret et du refus de tout discours, constitue la force terrifiante de The Parallax View dont le titre français d’exploitation soulignait la nature presque mécanique : les auteurs du premier assassinat sont contraints, "à cause" des effets induits par le premier, d’en commettre plusieurs autres sans que l'on sache à quel point ils pourront stopper le mécanisme qu’ils ont mis en branle. Et dans tous les cas, les juges rendront un jugement passant "à côté" de la vérité.(http://www.dvdclassik.com/critique/a-cause-d-un-assassinat-pakula)


                

Le Silencieux est un film d’espionnage classique mais efficace, un peu méconnu, mais qui mérite tout à fait la redécouverte. Le casting se résume quand même assez globalement à Lino Ventura. Les seconds rôles n’ont ici qu’une toute petite importance, et Lino Ventura monopolise quasiment toutes les scènes du film. Il s’empare d’un rôle solide, et il se montre tout à fait convaincant, loin des rôles de gros bras ou de truands qui ont fait sa réputation. Peu bavard et plein de conviction, il se retrouve dans une situation inextricable et parvient fort bien à rendre cette dimension. Le scénario se veut simple et percutant. Loin des intrigues parfois embrouillées du cinéma d’espionnage, Le Silencieux prend le parti de suivre un homme qui se retrouve malgré lui pris en pleine guerre froide. Doté d’un rythme efficace malgré le peu d’action, c’est toujours précis, soigné, crédible, et la fluidité de la narration rend l’ensemble des plus digestes, ce qui est loin d’être le cas général du genre. On notera aussi des dialogues peu nombreux mais appliqués. Visuellement Pinoteau, loin des films qui feront sa réputation propose un travail peut-être un peu plat. Il se débrouille très honorablement, mais c’est vrai que les films français de l’époque avaient une tendance à être un peu roide en termes de mise en scène, et cela se ressent ici malgré de bonnes idées de réalisation. La photographie un peu grise colle assez bien au sérieux du film et au marasme dans lequel se retrouve Ventura, tandis que les décors diversifiés sont bien choisis. Le tout est baigné par une bande son qui aurait pu être plus dans le ton et plus notoire. Au final Le Silencieux n’est pas un film d’action mais c’est une bonne preuve qu’on peut aborder le genre de l’espionnage sans recourir à de multiples cascades, et sans recourir à des scénarios inextricables. Simple et réussi, c’est un solide métrage qui m’a agréablement surpris. Et puis un film de près de 2 heures avec peu d’action qui accroche, ce n’est pas si courant dans le cinéma français.


   

Avant La boom, le duo Dabadie-Pinoteau (yeah) débutait bizarrement par ce très bon polar, brut, paranoïaque et multiculturel. Presque un Hitchcock à la française, puisqu’il évoque un peu Les 39 marches et son fugitif pris dans les rets d’une trop vaste affaire de grand espionnage. Ici le fond est en plus scientifique, et la forme internationale. L’occasion d’accueillir une pléiade d’excellents seconds rôles, qui ont le goût de modérer un brin Lino Ventura, jamais si bon que tant qu’il se tait. C’est-à-dire souvent, donc : rassurez-vous. La mise en scène est plutôt nerveuse, en tout cas très appliquée, et elle profite même d’un sens esthétique certain. D’accord l’aspect fait son âge, et son pays de naissance, mais on est bien tenu en haleine par la prestance et le rythme qui imprègnent l’ensemble. Bien construit, bien monté, bien filmé, Le silencieux surprend, c’est un fait, et on a peine à croire à ce que donnera la suite pour le metteur en scène. Mais que voulez-vous, il faut bien manger. N’empêche, si c’était à refaire, on pourrait peut-être se cotiser, pour la bonne cause cinéphilique, vous en dites quoi ?


               

J'ai dû voir Le silencieux une bonne dizaine de fois. D'abord, je voue une véritable adoration pour Lino Ventura. Sa personnalité doit me rassurer quelque part bref, je l'adore dans le comique dialogué par Audiard ou dans des rôles sombres comme tous ses films d'espionnage et celui-là remporte la palme. Quel acteur! Dans ce film où il y a peu de dialogue (d'où le titre ) tout réside dans les expressions de visage à travers lesquelles il parvient à faire passer le moindre petit sentiment jusqu'à la plus intense émotion. Le scénario est bêton, passionnant, prenant, haletant jusqu'à la fin, le meilleur de Pinnoteau. Je n'étais pas née dans ces années là et pourtant j'éprouve comme une nostalgie du cinéma français de cette époque. Dans l'ensemble, à part bien sur quelques exceptions, le cinéma français n'a pas fait mieux depuis.(http://www.allocine.fr/film/fichefilm-12455/critiques/spectateurs/?page=2)


                 

En 1974 paraît un roman, écrit par James Grady, qui va rapidement devenir un best-seller : Six Days of the Condor. Grady est un journaliste free-lance, un spécialiste de l’investigation, qui travaille occasionnellement pour le Washington Post ou le New Republic (il enquêtera plus tard sur l’affaire du Watergate pour rédiger l’un de ses romans les plus célèbres : La ville des ombres en 2002). Il collabore aussi au Sénat américain et écrit des romans humoristiques et des thrillers politiques tout en poursuivant sa carrière de journaliste, avant de choisir définitivement la voie de l’écriture. Sa profession de foi est éloquente : "Les gens de ma génération se sont battus pour des idéaux auxquels ils croyaient dur comme fer. Quand John Kennedy a été élu, nous étions sûrs que le monde allait changer. Et nous nous sommes retrouvés à devoir digérer nos désillusions." Le succès du livre de Grady ne tarde pas à intéresser les producteurs. Dino De Laurentiis envoie à Robert Redford une adaptation du roman écrite par Lorenzo Semple Jr. L’acteur contacte alors son fidèle ami et cinéaste Sydney Pollack pour lui demander de réaliser ce qu’ils pensent être tous les deux un pur film de divertissement à partir d’un script prometteur. Voilà donc comment l’un des réalisateurs les plus en vue du cinéma américain de cette période se trouve chargé de mettre en scène ce qui deviendra une œuvre phare dans son domaine : le thriller politique des années 70.En 1969 et 1972, avec respectivement On achève bien les chevaux et Jeremiah Jonhson, Sydney Pollack apparaît comme un réalisateur témoignant de véritables préoccupations humanistes. Dans le premier film, il met en exergue le courage de ces gens qui s’abandonnent corps et âme à un cruel concours de danse pour fuir la dépression, et trouve ainsi un écho avec l’Amérique de la fin des années 60 dans laquelle les citoyens adoptent des comportements déviants et marginaux pour s’opposer à la société.


   

L’une de ces réactions à l’aliénation est justement la fuite vers la nature, vécue comme un retour aux origines. Et c’est le sujet du deuxième film, Jeremiah Johnson, qualifié un peu abusivement de "western écologique", alors que Pollack réalise tout sauf un film naïf et simpliste. Cette œuvre bouleversante est pétrie de contradictions. Elle peut se donner à voir selon un point de vue optimiste ou pessimiste, voire même les deux, car Jeremiah est un animal social porteur des valeurs de la civilisation qui ne peut s’accomplir qu’en étant pleinement conscient de son identité et en apprenant finalement à être maître de son destin. Sydney Pollack, d’abord homme de théâtre et acteur, puis réalisateur à la télévision et au cinéma, se révèle ainsi un cinéaste classique mais également témoin de son temps dans la pure tradition romanesque et sociale de Hollywood. Pollack a investi tous les genres, du film policier au western, du thriller au drame social, de la romance au film historique et de la comédie au film de guerre, en leur insufflant une nouvelle vitalité.


                              

Grâce à sa petite musique intérieure, où mélancolie et remise en cause des valeurs établies font bon ménage, ainsi qu’à la priorité toujours accordée aux personnages et à leurs difficultés à vivre en couple, il est un de ces doux lyriques en constante quête d’innocence au sein d’une Amérique ravagée par ses paradoxes.Sydney Pollack vient de connaître plusieurs succès au box-office avec Jeremiah Johnson (1972) et surtout Nos plus belles années (1973), mais reste sur un échec public cinglant avec Yakuza (1975), un film policier atypique tourné au Japon avec Robert Mitchum, qui sera réévalué bien des années plus tard. L’offre de travailler sur l’adaptation du roman de James Grady tombe à pic pour un réalisateur qui a besoin de souffler un peu en exécutant un simple mais distrayant travail de commande. Mais Pollack, avec l’aide de son ami scénariste David Rayfiel et l’implication personnelle de Robert Redford, va complètement investir le sujet et en redessiner les contours, pour transformer la première copie rédigée par Lorenzo Semple Jr. en un thriller politique de premier plan qui suit froidement sa ligne directrice du début à la fin sans défaillir.  (http://www.dvdclassik.com/critique/les-trois-jours-du-condor-pollack)

1 commentaire:

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