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dimanche 5 mars 2017

Easy Tempo

Une thématique, un portrait ou un hommage selon l’actualité avec des invités, des archives sonores, des raretés, suivi d’une heure de musique libre et sans frontières : tango, musiques de film, jazz, soul, pop, électro… pour un apéritif plein de saveurs !Thierry Jousse : Son “Cinéma Song”, sur France Musique, ne sera pas reconduit à la rentrée, mais il revient avec “Easy Tempo” cet été. Ce cinéphile et mélomane impénitent nous raconte sa passion pour la radio. Cinéphile – il fut rédacteur en chef des Cahiers du cinéma entre 1991 et 1996 – et mélomane de longue date, Thierry Jousse a conjugué ses deux passions quatre ans durant dans Cinéma Song. Chaque semaine, il transportait les auditeurs de France Musique dans l'univers musical d'un film ou d'un cinéaste. Mais voilà que suite à la refonte de la station, son émission ne sera pas reconduite à la rentrée. Pour autant, le producteur n'a pas dit son dernier mot. Cet été, il occupe la case “apéritif crooner” avec Easy Tempo – un programme consacré aux standards de la musique populaire qu'il anime avec Laurent Valero depuis 2008. Pourquoi la radio ? Jeune, je l'ai beaucoup écoutée de manière “semi clandestine” (c'est-à-dire tard le soir). Les voix, les sons, et les musiques me semblaient plus forts que tout. Ce doit être là que sont nés mes rêves de radio. De quelle station êtes-vous l'enfant ? Plutôt France Inter, en tout cas en tant qu'adolescent. Quand j'étais enfant, mes parents écoutaient RTL, mais je dirais Inter parce que c'est la radio qui m'a le plus formé. Cette station incarnait le mélange d'une culture, si ce n'est savante, du moins sophistiquée, et d'une culture populaire. C'est avec elle que j'ai développé mon goût pour la musique et le langage.

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Si vous étiez une émission mythique ? Pas de panique (et Marche ou rêve par la suite) a beaucoup compté pour moi, et m'a donné envie de faire de la radio. Claude Villers avait une façon différente de parler du monde qui l'entourait. Il le faisait de manière très directe et mélangeait les registres tout en étant véritablement ouvert sur l'époque. Il y a aussi, bien sûr, Le masque et la plume, émission à laquelle j'ai participé pendant dix ans et que j'écoutais aussi lorsque j'étais jeune. Ça a trait à l'adolescence et c'est important car c'est à ce moment que les choses se cristallisent. De quel animateur ou journaliste radio auriez-vous rêvé d'avoir la voix ? Ça c'est difficile... Il y en a quelques uns. Je vais encore dire Claude Villers. Sa voix m'a beaucoup accompagné. Ou peut-être celle de Pierre Bouteiller, avec un ton un peu plus léché, proche d'une sorte de dandysme. Votre première expérience en radio ? Dans une radio libre à Nantes, pour une émission unique avec des amis, sur du Franck Zappa. C'était vraiment du bricolage absolu et je me souviens que ça avait quand même duré deux heures. Je ne sais pas si cette première expérience a été fondatrice, parce qu'elle était quand même sacrément décousue... Quels rapports entretenez-vous avec le micro ? J'ai tendance à le manger, à me rapprocher beaucoup de lui, comme s'il allait m'échapper sans doute. Notre relation est curieuse, à la fois concrète et abstraite. Le micro est en quelque sorte le substitut de l'auditeur, une personne absente. Et pourtant il se passe quelque chose de physique avec cet objet, indéniablement.





Avec-vous le trac du direct ? Un peu. Si je n'avais pas le trac, j'aurais tendance à penser que quelque chose cloche. C'est comme pour les acteurs de théâtre – toute proportion gardée. Mais c'est un trac positif, qui permet de faire les choses, pas un handicap majeur. Que faites-vous en écoutant la radio ? C'est une bonne question parce que je n'écoute pas la radio de la même manière qu'il y a trente ans. J'aime beaucoup les émissions en podcast. Lorsque je prends mon petit déjeuner, par exemple. Je mange pas mal en écoutant la radio. Ça me permet de flotter et de faire des choses dont je n'ai pas envie, comme la vaisselle. En revanche, je ne l'allume pas dans le métro ou ce genre d'endroit. Ça m'angoisse, ça me stresse. J'ai le sentiment d'être complètement isolé du monde, qu'un truc va se passer et que je vais le rater. J'ai essayé, mais ça me fait rentrer dans une sorte de schizophrénie que j'ai du mal à tolérer. Quelle radio ou émission n'écouteriez-vous pas, même sous la torture ? J'allais dire Les Grosses Têtes, mais ce n'est pas vrai. Je peux avoir un certain plaisir pervers à écouter cette émission. Il s'agit plutôt d'émissions de libre parole comme celle animée par Difool sur Skyrock... Il m'est arrivé de tomber dessus dans un taxi et je trouvais ça très très difficile à supporter, voire atroce. 


Quel type d'émission est le mieux adapté à l'insomnie ? Ça dépend des insomnies. Certaines peuvent être positives, on est surexcité, et là j'aurais tendance à écouter des émissions plutôt musicales genre Jazzafip ou celle de Valli sur France Inter (Coming up ! ). Si c'est une insomnie anxieuse et angoissée, alors j'ai besoin d'écouter parler pour être détourné de mon mal. Je préfère donc Le masque et la plume sur Inter, ou Mauvais Genre sur Culture. Vous arrive-t-il de rêver de la radio ? Je ne crois pas. La radio n'est pas un lieu d'angoisse pour moi, c'est presque sécurisant. Que ce soit à l'antenne ou lorsque je l'écoute. Ça doit être pour ça que je ne cauchemarde pas. Un moment de radio que vous aimeriez ré-entendre ? Une émission de Serge Daney sur Culture, Microfilms. Celle avec Marguerite Duras ou avec Jean-Luc Godard, ou encore avec Jacques Demy. J'aimais bien la voix de Daney, qui n'était pas chaleureuse à proprement parler mais créait une grande proximité, à la manière d'une voix de cinéma. Ce qui me plaisait, c'était de l'entendre penser en direct. De ce fait, la conversation avait un côté libre, à mille lieues des interviews classiques qui sont parfois formatées et attendues.(http://www.telerama.fr/radio/thierry-jousse-france-musique-le-micro-j-ai-tendance-a-le-manger,127278.php)

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