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jeudi 9 mars 2017

Dans la nuit

La nuit est éminemment cinématographique car elle bouleverse la perception, transforme la réalité et métamorphose les paysages. Elle ouvre au mystère, au fantastique et nous rapproche aussi des espaces intersidéraux en nous les rendant visibles. L'obscurité des salles rejoint alors celle des galaxies, et la lumière du projecteur prolonge celle des astres.(http://www.musee-orsay.fr/fr/evenements/cinema/presentation-generale/article/la-nuit-au-cinema-46091.html?cHash=9ffc6b0172&tx_ttnews%5BbackPid%5D=641)



                 


Quelque part dans la nuit (1946) de Joseph L. Mankiewicz George Taylor se réveille sur un lit d'hôpital militaire, gravement blessé. Il ne se rappelle de rien mais préfère cacher son amnésie. Revenu à Los Angeles, il tombe sur la lettre d'un ami et se met à sa recherche. Rapidement, il découvre qu'il a été mêlé à une affaire très louche... Quelque part dans la nuit est le deuxième film de Joseph Mankiewicz, un film noir adapté d'une histoire de Marvin Borowsky. Il ne comporte pas d'acteurs de premier plan mais jouit d'un excellent scénario dont Mankiewicz tire bien parti. Il crée une atmosphère assez déroutante, nous mettant ainsi dans la peau du personnage principal qui est totalement perdu et sans repères. Il appuie ce côté étrange en employant quelques acteurs européens comme l'allemand Fritz Kortner . L'actrice principale est la jeune Nancy Guild (21 ans) que le producteur Darryl Zanuck désirait lancer avec ce film. Elle cherche à jouer sur un registre énigmatique, paraissant sûre d'elle-même, un jeu qui n'est pas sans rappeler Lauren Bacall . Les scènes nocturnes sont réussies et, point remarquable, Mankiewicz utilise brièvement la caméra subjective au début de son film, ce qui accélère notre identification avec le héro. S'il n'est pas aussi parfait que certains des films ultérieurs de Mankiewicz, Quelque part dans la nuit est un film sans défaut et prenant. Un excellent film noir. Après avoir été correspondant de presse à Berlin, le jeune Mankiewicz traduit les sous-titres des films allemands de l'UFA. C'est son frère Herman qui le fait venir à Hollywood. D'abord scénariste pour Paramount et Fox, il remplace Lubitsch sur Dragonwyck en 1946.



   

Ce sera son premier film, un chef-d'oeuvre de fantaisie et d'onirisme dédié à la beauté de Gene Tierney. Mankiewicz la retrouve en 1947 pour un film encore plus beau, l'Aventure de madame Muir, qui célèbre les amours impossibles d'une jeune femme et d'un fantôme. Il y invente un style unique où les acteurs chantent presque leurs dialogues avec un lyrisme inédit au cinéma.Sorte de Sacha Guitry hollywoodien, Mankiewicz est un féroce spectateur des passions humaines qu'il décrit avec vivacité et ironie dans Chaînes conjugales en 1949. Il traite avec élégance et cynisme du monde du spectacle dans deux films virtuoses, Eve et la Comtesse aux pieds nus devenus célèbres pour les performances de Bette Davis et d'Ava Gardner. Mankiewicz est un grand cinéaste qui aime ses personnages (People Will Talk) et sait en rire dans la dérision (Five Fingers).


                 


Il adapte Shakespeare pour Marlon Brando (Jules César) et lui offre ensuite une curieuse comédie musicale, Guys and Dolls. Après deux films magnifiques et fiévreux (Un américain bien tranquille et Soudain l'été dernier) il sera brisé par l'échec public de Cléopâtre et ne retrouvera plus jamais son panache dans les films qui suivront.Quelque part dans la nuit est, en 1946, le deuxième film de Mankiewicz. Moins accompli que Dragonwyck, ce curieux thriller raconte l'histoire d'un amnésique. Blessé pendant la guerre, George Taylor (John Hodiak) part à la recherche de son passé. Un nom, celui d'un certain Larry Cravat, l'entraîne dans une succession compliquée de coups de théâtre. Il tombe amoureux sans le vouloir, se heurte à des truands, recherche deux millions de dollars planqués par les nazis, erre sur les quais dans une lumière glauque et devra prouver qu'il n'est pas un assassin. louis SKORECKI


               



L’un des excès les plus communs de l’analyse cinématographique « historique » est la lecture rétrospective d’un film à la lumière d’événements ayant suivi sa production ; l’exercice est souvent tentant, et s’il permet parfois de donner de la densité émotionnelle ou thématique à l’œuvre ainsi considérée, il arrive également qu’il se fasse au défaut de la pertinence ou au profit de l’exagération (combien de film sont ainsi devenus « annonciateurs » ou « avant-gardistes », presque à leur dépens ?). Menaces dans la nuit est un cas particulier : non seulement il nous paraît totalement impossible de faire abstraction des événements survenus dans les mois consécutifs à sa sortie américaine en juin 1951 (s’inscrivant pour la plupart dans la continuité d’un contexte de production extrêmement délicat) mais, toute superstition mise à part, on ne peut s’empêcher de créer un lien évident entre la dimension tragique des faits réels et la persistante odeur de fatalité du film, placé tout entier sous le sceau de l’inéluctable. Interrogé par l’historien Patrick McGilligan pour son livre Tender comrades (édité en 1997), John Berry déclarait avec une certaine candeur qu’au moment du tournage, « nous ne savions pas (NDR : ce qui allait nous arriver) (…) nous avions le sentiment qu’on s’en sortirait » avant d’ajouter un peu plus loin : « He Ran All the Way est un film sur le malheur. Ce n’est pas un hasard. Je voulais tourner l’histoire ainsi. » Ce témoignage ne se contente pas d’éclairer le film d’une lumière sombre et singulière, il nous évoque le souvenir de la métaphore de la « clé de verre », définie par Dashiell Hammett dans son roman homonyme et que nous tenons pour l’une des meilleures définitions de l’essence même du film noir : lorsque la clé de verre se brise en entrant dans la serrure, le personnage ignore encore ce qu’il va lui arriver ; mais il sait que tout retour en arrière est alors impossible, qu’il est devenu le jouet du destin, que ses débattements seront vains et que l’espoir n’est désormais, au mieux, qu’une illusion…


  


La société de production de Bob Roberts et de John Garfield avait acquis les droits du roman original de Sam Ross en mai 1950, avec pour objectif de le tourner durant l’été, puis d’enchaîner sur une adaptation de L’Homme au bras d’or de Nelson Algren, avec Garfield dans le rôle-titre. C’est manifestement le comédien qui a pris la décision d’acheter les droits de He Ran All the Way (publié en France en 1948 sous le titre J’ai tué un flic), attiré à la fois par son sujet policier, son réalisme social et la personnalité de son auteur, immigrant juif ukrainien sympathisant de gauche. C’est également Garfield qui engage John Berry, lequel l’a convaincu grâce à sa première incursion dans le film noir, Tension, sorti quelques mois plus tôt. Au même moment, le cinéaste vient de réaliser un court documentaire d’une quinzaine de minutes, The Hollywood Ten, dans lequel les Dix d’Hollywood tentent de se défendre comme ils n’ont pu le faire face à la Commission des Activités Anti-américaines.C’est d’ailleurs l’un des Dix, Dalton Trumbo, qui s’attelle à l’écriture du film ; mais puisque l’auteur, sur le point de rejoindre la prison fédérale d’Ashland, est désormais « blacklisté », deux amis écrivains, Guy Endore et Hugo Butler prêtent leurs noms au crédit du scénario.


                 


Après les habituelles remarques du Production Code, qui impose ses exigences aux scènes les plus ambigües de ce premier jet, il semble que ce soit principalement Butler qui ait apporté la touche définitive au script, en tâchant d’y respecter le plus possible le travail de Trumbo. Mais l’adjonction de personnalités aussi suspectes aux yeux de la Commission a eu pour effet d’attirer l’attention de celle-ci sur la préparation de He Ran All the Way, et en particulier sur John Garfield. Les Insurgés de John Huston, dont il tenait le rôle principal, avait été en 1949 qualifié de « pamphlet communiste » par The Hollywood Reporter ; son nom était apparu dans une liste de « sympathisants communistes » publiée en Californie ; et il avait signé une pétition de soutien aux Dix d’Hollywood transmise à la Cour Suprême - malgré des efforts de « patriotisme affiché », Garfield est désormais connu comme le loup rouge, et son nom est en juin 1950 listé par l’opuscule Red Channels, spécialisé dans la traque anti-communiste. Garfield sait que cela signifie qu’il sera à partir de ce jour persona non grata à Hollywood, et cela décuple son investissement dans ce qu’il devine déjà probablement être son dernier film.(http://www.dvdclassik.com/critique/menace-dans-la-nuit-berry)

3 commentaires:

  1. https://archive.org/download/SomewhereInTheNightNtsc/Somewhere_in%20the_Night_ntsc.mpg
    http://www.vostfr.club/films/1946-somewhere-in-the-night.html
    https://1fichier.com/?z53ixr36fg

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