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samedi 4 mars 2017

Boucherie prod.

Dix-huitième long métrage du très prolifique Claude Chabrol, Le Boucher a été tourné à Trémolat, un petit village situé en Dordogne dont une partie des habitants ont participé au tournage en tant que figurants ou personnages secondaires ; le célèbre et regretté réalisateur le leur a d’ailleurs dédié ce qui reste aujourd’hui l’une de ses œuvres les plus reconnues. Le Boucher s’ouvre sur une scène de mariage dont la mise en scène témoigne d’une approche pour le moins naturaliste, tant elle donne le sentiment d’assister à une véritable fête de famille dans la campagne française. On éprouve une impression comparable lorsque la caméra nous conduit dans les rues et chez les commerçants du village. La photographie de Jean Rabier, chef opérateur qui a éclairé tous les Chabrol de Les Godelureaux (1961) à Madame Bovary (1991), renforce cette impression de naturel, au même titre qu’un casting composé pour beaucoup, comme souligné ci-dessus, de comédiens d’un jour et que le style de réalisation – épuré et dépourvu d’effets visibles – caractéristique de l’auteur du Beau Serge. Avec le soin qu’on lui connait quand il s’agit de rendre compte de l’environnement social et géographique propre à une histoire, Chabrol nous dépeint donc ici un village français typique, pour progressivement introduire dans ce cadre sinon familier au spectateur du moins très ordinaire, cette touche de noirceur, d’étrangeté et de morbide avec laquelle le cinéaste aimait tant composer ses variations grinçantes sur le genre humain.Une note dissonante s’immisce en effet rapidement dans le climat champêtre qui baigne les premiers instants du film.


   

Les décors jouent un rôle essentiel dans ce processus : tandis que les petites rues tranquilles de Trémolat incarnent une vie paisible et banale, la forêt et surtout les grottes – celles que visite Hélène en compagnie de ses élèves et sur lesquelles s’inscrivent les crédits du générique – évoquent un monde plus inquiétant, plus ancien également (à l’image des peintures rupestres qui recouvrent les murs). Les grottes de Cougnac, où ont été tournées plusieurs séquences du Boucher, ont ainsi un caractère symbolique ; elles représentent l’inconscient, ce qui est caché et, en l’occurrence, effrayant – autant d’éléments qui sont souvent associés à cette typologie de lieu dans l’imaginaire collectif.L’inconnu est plus déstabilisant lorsqu’il se révèle au sein d’un environnement habituel – quand il côtoie des impressions familières. C’est probablement l’une des choses qui intéressait Claude Chabrol, son cinéma n’ayant eu de cesse d’explorer les manières sinueuses dont le mal, la folie, la violence cohabitent avec des apparences lisses et tranquilles. Le mal est un thème récurrent dans ses films (c’est le thème principal de Merci pour le chocolat, par exemple) et il a souvent un visage très humain, d’où une impression de proximité qui génère des émotions confuses – à l’image de celles que l’on lit sur le visage de Stéphane Audran dans l’un des ultimes plans du Boucher.





Cet aspect est renforcé par le regard, toujours distant et dénué de jugement apparent, que Claude Chabrol pose sur les événements et les personnages. Le mal que met en scène Le Boucher est donc à la fois révoltant, pathétique et désarmant. Ses sources, ainsi que le film le suggère par le biais de répliques allusives, sont à chercher du côté des guerres coloniales (en Algérie et en Indochine) et de l’héritage familial – une origine à laquelle Chabrol s’intéressera de nouveau dans La Fleur du mal (2003).Les deux personnages principaux et la relation ambigüe qu’ils développent constituent la matière principale du Boucher. A la base, chacun d’eux devait faire l’objet d’un long métrage distinct et c’est lorsque Stéphane Audran confia à Chabrol (avec qui elle était mariée à l’époque) son envie de tourner avec Jean Yanne (Nous ne vieillirons pas ensemble) que le metteur en scène – qui avait déjà dirigé l’acteur dans La Ligne de démarcation et Que la bête meure – eut l’idée de les réunir dans une même histoire. La rencontre entre cette institutrice moderne, citadine (elle est originaire de la région parisienne) et de ce boucher campagnard et tourmenté, c’est celle d’individus très différents mais tous deux profondément seuls et finalement l’un comme l’autre assez étrangers aux normes sociales que véhicule, par exemple, la séquence du mariage – qu’ils quittent d’ailleurs ensemble.(http://www.citizenpoulpe.com/le-boucher-claude-chabrol/)



                                   


Derrière chaque plan de Delicatessen transparait l’intelligence et l’inventivité de ses deux auteurs, spécialisés jusqu’alors dans les courts-métrages à mi-chemin entre le fantastique et la comédie, notamment le savoureux Foutaises et le post-apocalyptique Bunker de la Dernière Rafale. On ne s’étonne donc guère de retrouver ces deux composantes dans leur premier long-métrage, un véritable OVNI qui pose les jalons de toute l’œuvre à venir du metteur en scène Jean-Pierre Jeunet et du directeur artistique Marc Caro, alors complices inséparables signant conjointement tous leurs films. Delicatessen se situe en un lieu et une époque indéterminés. Nous sommes visiblement au lendemain d’une guerre, dans un univers temporel parallèle évoquant à la fois les années 40 et un futur hypothétique. Là, au beau milieu d’un terrain vague trône un vieil immeuble sinistre, dont les étranges occupants, affamés en ces temps de vaches maigres, semblent partager un lourd secret. Tous sont clients d’un charcutier bourru incarné par Jean-Claude Dreyfus, dont la boucherie est installée au rez-de-chaussée du bâtiment, et dont l’enseigne « delicatessen » arbore un cochon dodu. Une publicité quelque peu mensongère, car le bétail se fait rare, et la viande est directement prélevée sur les nouveaux arrivants de l’immeuble. Le dernier en date ayant été mué en steak après une course-poursuite décrite en quelques minutes au cours du prologue du film, un ex-clown du nom de Louison (Dominique Pinon) se propose pour occuper l’appartement désormais vacant. Pas bien grassouillet, il attire pourtant les estomacs de tous les voisins cannibales…


   

Jusqu’à son coup de foudre avec Julie (Marie-Laure Dougnac), la fille du boucher, une douce rêveuse mélomane et myope comme une taupe. Cette fable cruelle, fantastique et humoristique se distingue d’emblée par ses qualités formelles et artistiques. La magnifique photographie de Darius Khondji baigne constamment dans le sepia et les prises de vues acrobatiques rappellent les délires visuels de Sam Raimi ou des frères Coen. « Chez moi, le choix des cadrages a toujours été primordial, d’où l’usage du storyboard », explique Jean-Pierre Jeunet. « Ensuite viens le travail sur la couleur. J’aime naturellement les couleurs chaudes parce qu’elles induisent une espèce de chaleur chez les personnages ». Thématiquement, on peut aussi percevoir des réminiscences de Brazil, en particulier à travers l’intervention des Troglodistes, des rebelles qui vivent dans les égouts et refusent de manger de la viande.



  


Mais la subtilité du scénario et l’originalité de sa mise en image évacuent rapidement tout élément de comparaison, Delicatessen s’avérant un spectacle inédit, comme l’annonce d’emblée son générique de début, diablement inventif. Et puis il y a ces nombreuses séquences inoubliables, osant le grand écart entre la poésie surréaliste (Louison et Julie qui jouent du violoncelle et de la scie musicale sur le toit de l’immeuble), le noir cynisme (les tentatives de suicide répétées d’une des locataires, reposant sur des réactions en chaîne improbables) et le délire à la limite du cartoon (l’incroyable séquence où tous les voisins s’activent sur un tempo identique, du couple qui fait l’amour jusqu’aux artisans qui fabriquent des boîtes à faire « meuh », en passant par Louison qui peint un plafond et une ménagère qui nettoie son tapis). Bref, un très bel exercice de style, et la promesse de maintes perles cinématographiques à venir.(http://www.cinemafantastique.net/Delicatessen.html)



  


" L’Amérique est née dans la rue. ", nous annonce l’affiche du film (dès lors, rien d’étonnant à ce que le thème musical du film emprunte ses premières notes à La Strada…). " Les mains qui ont construit l’Amérique ", pour reprendre le titre de la chanson de U2 qui accompagne le générique de fin, sont surtout des mains qui se sont battues. Pire, enchérit Scorsese: des mains qui ne faisaient pas grand cas de la naissance de la Nation américaine, plus occupées qu’elles étaient à s’étriper entre elles! Les personnages de Gangs of New York sont en effet indifférents à la page d’histoire qui s’écrit autour d’eux, alors que la conscription pour la guerre de Sécession suscite de sanglantes émeutes dans la Grande Pomme. L’Amérique, pour eux, c’est avant tout une terre d’asile, ou un sol pour lequel on s’est battu. Et si Jenny (Cameron Diaz) rêve de rejoindre San Francisco (en passant par le Cap Horn: " c’est le chemin le plus court "…), Bill le Boucher (Daniel Day-Lewis) ne parle que de New York; la seule fois où les personnages quittent le territoire de la cité, c’est pour pouvoir organiser des combats en toute légalité… Car les protagonistes de ce Cavalleria rusticana anglo-saxon ne pensent qu’à une chose: s’affronter, se battre, se venger, sauver leur prétendu honneur (la dépouille de viande qui occupe le premier plan lors du duel entre Amsterdam (Leonardo DiCaprio) et McGloin (Gary Lewis), est bien là pour nous rappeler que le sens de l’honneur, qui rend Bill si touchant lorsqu’il évoque son admiration pour l’adversaire qu’il a supprimé, n’est qu’un instinct animal). Et pourtant ce sont bien ces groupes cosmopolites et violents qui contiennent les germes de ce qu’est devenue l’Amérique, qui l’ont construite malgré eux – et malgré elle… Ce n’est certes pas un hasard si, lors des défis, les Natifs arborent des rubans bleu étincelant, tandis que les Irlandais sont vêtus de rayures rouges sur fond blanc…


   

Gangs of New York se pose ainsi comme un anti-" western fondateur " – et pas seulement parce que c’est un eastern. Son Amérique tient plus de la ratatouille en ébullition que de la nation construite en bonne et due forme suivant ses idéaux démocratiques! Le personnage du politicien démocrate (Jim Broadbent, aussi folklorique que dans Moulin Rouge!), intrigant crapuleux n’ayant de cesse de collecter des voix pour son parti - " En politique, ce ne sont pas les bulletins qui comptent, c’est le décompte. " déclare-t-il en sus -, est là pour le prouver. Et si la fin, long panoramique défiant les lois temporelles par la magie du fondu enchaîné pour se terminer sur les Twin Towers, peut passer pour un hommage à la gloire de l’Amérique bâtie sur les fondations peu reluisantes qu’évoque le film, on ne peut s’empêcher de voir poindre une âpre mélancolie derrière ce plan trop énorme pour être honnête – et qu’on a probablement commandé à Scorsese après le 11 septembre.





(On lui saura gré d’avoir eu le bon goût de ne pas effacer les deux tours à la fin de son plan, ce qui aurait à peu près équivalu à infliger à cet événement choquant et à haute portée symbolique ce que, pourtant armé de bonnes intentions, son ami Spielberg avait infligé à la Shoah…)A fortiori depuis son Voyage à travers le cinéma américain, on connaît l’attachement de Scorsese pour le cinéma hollywoodien. Ici, ça crève l’écran. Avec la dose indispensable de mégalomanie pour rendre le résultat aussi impressionnant que possible, il s’est lancé dans la réalisation d’un grand film de genre: le film historique à grand spectacle, avec figurants, costumes, décors et compagnie, dans la tradition des grosses productions d’antan. En y apportant sa touche personnelle, cela va de soi. Mais en restant dans une certaine mesure dans le cadre de la convention.(http://www.cinelycee.com/etude.php?id_etude=37)

1 commentaire:

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