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mercredi 29 mars 2017

Cinématomic

En 1938, Fritz Lang écrivit un scénario intitulé Hommes sans patrie où il était question d'espions allemands, de savants et d'armes secrètes à la puissance terrifiante. Le ton est y était nerveux, invraisemblable et rythmé, dans l'esprit de ses serials muets. Prévu pour être tourné chez Paramount, le projet capota pour raison(s) inconnue(s). Nulle doute que quand le cinéaste se lança dans Cape et poignard, il garda en tête ce précédent scénario qui en reproduit les grandes lignes. Mais entretemps, il y a eu Pearl Harbor, des millions de morts, les camps de concentration et évidement Hiroshima et Nagasaki. L'approche ne pouvait plus posséder la naïveté et la dimension pulp d'avant-guerre. Elle devait s'ancrer dans une époque qui annonçait les prémices de la guerre froide. C'est cette noirceur qui étonne le plus dans ce film peu connu et pas toujours apprécié dans la carrière du cinéaste. On peut pourtant estimer qu'il s'agit de l'un de ses meilleurs films, bien plus personnel et atypique qu'il n'y paraît.Loin des films de guerre propagandistes de cette période, Cape et poignard ne possède rien d'héroïque, de romanesque, d'exaltant ou de patriotique. Sur un canevas assez proche, on est par exemple dans l'antithèse total du trépidant Sabotage à Berlin de Raoul Walsh et ses rebondissements en pagaille. Ce registre grave est annoncé dès les premières minutes lors de la présentation du personnage interprété par Gary Cooper, un scientifique écœuré par les directions prises par son activité, dont le financement privilégie désormais la destruction et les armes de guerre plutôt que le progrès comme la guérison du cancer et de la tuberculose. Il va pourtant être forcé de s'engager dans le conflit. L'originalité du récit - et de l'approche de Fritz Lang - est de ne pas s'écarter de la nature du personnage, un homme qui ne connaît de la guerre que ses jeux d'enfants de huit ans. On ne devrait donc pas être surpris par son incompétence qui le fait se trahir immédiatement aux yeux des espions nazis, lui font commettre plusieurs bévues et qui ne parvient pas à sauver les personnages auxquels il tient.


   


Il n'est guère plus surprenant de le voir essayer de menacer maladroitement un sbire en imitant George Raft manipulant une lourde pièce de monnaie dans Scarface (autre souvenir de son enfance ?). Quand il se retrouve livré à lui-même, il ne peut d'ailleurs s'empêcher d'écrire des équations mathématiques. Difficile de faire plus anti-héros.La confrontation avec la dure réalité du conflit sera donc cruelle, violente et pleine de désillusions. Et c'est bien là que réside la qualité du scénario qui parvient à régulièrement placer le spectateur sur un terrain a priori connu et balisé pour mieux retourner les stéréotypes, en particulier l'atmosphère paranoïaque de la première partie dans laquelle l’utilisation de miroirs (et du double jeu) se révèle une fausse piste. Le meilleur exemple est tout ce qui tourne autour d'un simple chat quand Cooper doit se cacher dans l’appartement de Lilli Palmer. Ce félin apparaît initialement au début de la séquence comme deux yeux menaçants dans l'obscurité, laissant croire à une espion.Plus tard, il permettra à Cooper de mieux saisir le quotidien des civils en temps de guerre où, contrairement aux Etats-Unis, on ne peut nourrir les animaux de compagnie qui finissent plutôt dans les assiettes des enfants affamés.




Enfin, ce même chat sera à la base d'une péripétie qui donnera une raison à Cooper et à sa partenaire de devoir prendre la fuite puisqu'ils viennent d'être repérés par un voisins. A l'inverse de quantité de films du même genre, le scénario et la réalisation ne laissent pas de place aux hasards accommodants, aux twists arrangeants ou aux péripéties improbables. La rigueur et la logique demeurent implacables, d'où ce fatalisme présent dans les meilleures œuvres du cinéaste. L'échec et sa culpabilité sont souvent les moteurs dramatiques de nombreuses scènes où l'amertume demeure inéluctable. Avec son économie de moyens habituel, Fritz Lang transcende le film d'espionnage (dont le titre renvoie au genre même) avec une fluidité et une sécheresse qui donnent toute la mesure de la difficulté à accomplir cette périlleuse mission. Le point d'orgue demeure un combat d'anthologie entre Cooper et un Allemand dans un hall d'immeuble, couvert par une chanson populaire qui se joue dans la rue. Un affrontement muet, violent, sec, tendu, au découpage d'une modernité époustouflante (et dont le dénouement avec un ballon est une auto-citation ironique à M le maudit).(http://www.dvdclassik.com/critique/cape-et-poignard-lang)




Les Maîtres de l'ombre - Ce qu’il manque à ce film c’est une dimension politique. C’est à dire le moment où à la Maison Blanche sous le président Roosevelt a été prise la décision de faire la course à l’arme nucléaire avec l’Allemagne de Hitler. Puis au long du film l’impatience qui a bien du les tarauder au début de l’année 1944 (pour s’éviter un débarquement), puis en décembre 1944 quand l’armée allemande faisait une redoutable contre offensive dans les Ardennes. Mais ceci dit le film est très intéressant. Il embrasse plusieurs aspects de cette terrible invention. Par exemple la perception de délais très très courts (19 mois) en partant de rien et tout inventer avec les problèmes en avalanche que déclenche chaque avancée. Ou encore les soucis éthiques que suscite en chaque savant la création de cette bombe infernale. Sans parler de la paranoïa militaire qui brime les uns et les autres contraints au silence, et s’ils parlent aux écoutes, et s’ils écrivent à la censure. La bonne surprise du film est la prestation très convaincante de Dwight Schultz, acteur plutôt spécialisé dans les séries télévisées ou des téléfilms et qui aujourd’hui vend sa voix aux jeux vidéo. Il est d’une crédibilité qui m’a surpris. Je ne pensais pas cet acteur à ce niveau. Ce qui fait qu’il tient bien le coup face à Paul Newman avec lequel il a de nombreuses scènes. rueducine.com-les-maitres-de-l-ombre-photo. Paul Newman est un peu maigrichon par rapport au véritable général Groves mais il sert à merveille ce personnage rigide, et qui a tendance à prendre sa mission pour un accomplissement divin. Il est étonnant d’entendre ses paroles à connotation religieuses pour inciter les savants à créer ce qui détruit l’image de Dieu : l’homme. C’est le personnage de John Cusack qui est le moins bien dessiné, il est la caution morale du film mais le film aurait très bien pu s’en passer ainsi que de la bluette avec l’infirmière.


    
La réalisation de Roland Joffé ne manque pas de souffle. La photographie est superbe. Sur la fin du film la scène de la réunion qui avalise le tir de la bombe manque de clarté. Car des personnages prennent la parole sans que l’on sache qui il est et ce qu’il représente. Roland Joffé a de nouveau fait appel, après « Mission » (1985) au maestro Ennio Morricone qui trouvent quelques superbes mélodies. Il n’atteint pas cependant le niveau du film précédemment cité.Je n'avais jamais entendu parler de ce film avant qu'il ne le passe à la télévision il y a quelques semaines et c'est bien dommage car "Les Maîtres de l'ombre" est un très bon film sur la création des bombes atomiques qui ont anéanti Hiroshima et Nagasaki. Un film historique plaisant à la réalisation quelque peu impersonnelle de Roland Joffé mais parfaitement interprété par un gallerie d'acteurs saisissants, Dwight Schultz en tête, ce qui est d'autant plus étonnant qu'il était surtout connu pour interprété Looping dans la série "L'Agence tous risques". Du cinéma intelligent et intéressant, que demander de plus? (http://www.rueducine.com/maitres-lombre-les-1989/)

1 commentaire:

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