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mercredi 1 février 2017

Ted Kotcheff

Ted Kotcheff, né le 7 avril 1931 à Toronto (Canada), est un réalisateur, producteur, acteur et scénariste canadien d'origine bulgare.Ted Kotcheff est surtout connu pour avoir réalisé le premier volet de Rambo. Mais Wake in Fright, tourné dix ans plus tôt, est selon lui son meilleur film. Longtemps oubliée, cette plongée kafkaïenne et violente dans le bush australien a inspiré les plus grands cinéastes. En 1971, Ted Kotcheff avait 40 ans, portait la chevelure jusqu'aux épaules, une moustache, et il vivait à Londres après une brillante carrière à la télévision canadienne. « J'étais un hippie », affirme-t-il. Ce que son allure actuelle d'homme d'affaires à la retraite ne laisse guère deviner. C'est les cheveux longs que le réalisateur, surtout connu pour le premier volet de Rambo (1982) avec Sylvester Stallone – « mon laissez-passer et mon assurance-vie », assure-t-il – a tourné Wake in Fright, qui ressort au cinéma mercredi 3 décembre. « Mon meilleur film », reconnaît-il. ( http://www.lemonde.fr/m-actu/article/2014/11/28/ted-kotcheff-ou-l-autre-enfer-de-m-rambo_4530165_4497186.html#hckIaEEW3VMLX5g3.99)



                                

Festival de Cannes, 16 mai 1971, Ted Kotcheff arrive avec un léger retard à la projection de son film, Wake in Fright (Outback – Le réveil dans la terreur), en compétition officielle. Il s’installe dans le rang réservé à l’équipe du film et attend, impatient et fébrile, que les lumières s’éteignent. Quelques minutes après le générique de début, il entend une voix dans son dos : “Un mec s’est assis juste derrière moi et s’est mis à commenter le film, se rappelle le cinéaste, aujourd’hui octogénaire. Il n’arrêtait pas de répéter : ‘Wow, c’est génial, wow, c’est fou.’ On aurait dit un gosse. Au moment de la scène du viol, j’ai cru qu’il allait faire une syncope. Il disait : ‘Non, il ne va pas oser quand même ! Ah génial, il a osé !’ ” A la sortie de la projection, Ted Kotcheff veut absolument connaître l’identité de son fan anonyme. “J’ai demandé à mon agent qui était ce gars qui avait parlé pendant la séance. Il m’a répondu : ‘Lui ? C’est un jeune cinéaste qui a sorti un premier film. Un bide. T’emballe pas, c’est personne.’” C’était Martin Scorsese. Quarante ans plus tard, ce jeune réalisateur sans importance est devenu l’un des plus grands auteurs américains et sa première intuition s’est depuis largement vérifiée : Wake in Fright était bien le film “fou” et “génial” qu’il avait su reconnaître. Un petit film australien à la frontière du documentaire ethnographique et de la fiction la plus hallucinée, sublime vestige underground des années 70 qui a failli disparaître à jamais. “Jusqu’à ce qu’on retrouve les négatifs et qu’ils soient restaurés, Wake in Fright était devenu une rumeur : un film secret, un peu dangereux, dont les gens entretenaient la légende sans même l’avoir vu”, nous raconte avec emphase l’acteur Jack Thompson, qui fit partie de l’aventure.


   

Plus connu pour les anecdotes délirantes qui entourent son tournage que pour sa postérité, Wake in Fright est pourtant l’un des actes fondateurs du cinéma moderne australien, l’initiateur d’une nouvelle génération de cinéastes aventuriers qui compta dans ses rangs Peter Weir ou George Miller.A l’origine de ce film explosif, il y a un livre publié par le journaliste australien Kenneth Cook en 1961. D’inspiration autobiographique, il raconte l’histoire d’un enseignant snob originaire de Sydney qui se retrouve propulsé en enfer : piégé en plein cœur de l’outback, sans argent ni échappatoire, il passe quelques jours dans une petite ville isolée de la civilisation, au milieu de paysans arriérés qui ne vivent que pour la chasse, l’alcool et la baston. “C’était un roman noir, très nihiliste, qui évoquait un monde de masculinité excessive, où des hommes agissaient comme des animaux, nous décrit le scénariste du film, le poète jamaïcain Evan Jones, qui a convaincu les studios d’embaucher Ted Kotcheff.


                           

Nous avions déjà travaillé ensemble et Ted me semblait être la personne idéale pour adapter Wake in Fright. Même s’il vivait au Canada et ne connaissait rien de l’Australie, je savais qu’il s’identifierait au roman.”Poussé par le studio à réaliser un banal film de genre, Ted Kotcheff s’écarte peu à peu de la commande : lui veut tourner Wake in Fright comme un documentaire, saisir au plus près la vie de cet outback secret et brutal. Il veut faire ressentir la chaleur, la poussière, l’exiguïté et l’ivresse qui constituent l’ordinaire de Broken Hill. Sans rien simuler. “Le premier jour du tournage, l’acteur Chips Rafferty, qui incarne le shérif, avait une scène dans un bar, explique Ted Kotcheff. Il a bu une pinte et l’a recrachée en me disant : ‘Ted, ce n’est pas de la bière, c’est du fake !’ Je lui ai dit que c’était nécessaire, étant donné que presque toutes les scènes du film impliquaient des acteurs en train de boire. Il m’a répondu : ‘Hors de question qu’on fasse semblant. Voilà ce qu’on va faire : tu t’occupes de ta caméra, moi de l’alcool.”(http://www.lesinrocks.com/2014/12/03/cinema/wake-in-the-fright-au-bout-du-bout-du-bush-11539001/)



                                

Rares sont ceux qui peuvent dire qu’ils ont vu « Un Colt pour une corde », l’un des westerns les moins connus de Gregory Peck. Mais quand on l’a vu, on ne peut l’oublier. Réalisé par Ted Kotcheff, un Canadien qui serait resté inconnu s’il n’avait été le metteur en scène de « First Blood » (« Rambo ») et « Retour vers l’enfer », « Un Colt pour une corde » déroule une petite musique singulière dans l’univers éculé et essoufflé du western, au début des années 70. Le film s’ouvre sur une petite bourgade qui s’éveille lascivement, quelque part en Arizona (en fait en Israël, où le film a été tourné) ; un air de guitare triste, presque pas âme qui vive. Peck, barbu et cheveux longs, sort du lit, tandis qu’un cavalier fatigué met pied à terre dans la grand-rue. C’est Jack Warden (une figure bien connue du cinéma américain, le plus souvent dans des rôles de complément) qui montre au shérif trois portraits d’hommes recherchés. Parmi eux, Gregory Peck alias Archibald Deans. À la séquence suivante, un pistolet entre dans le champ de la caméra. Warden, qui a fait irruption dans un hôtel miteux, braque un jeune métis indien, Billy, avant de canarder Peck et de plomber promptement un autre de leurs acolytes. Peck parvient à s’enfuir sous une pluie de balles. Warden (Gifford) est shérif, il ne lâchera pas sa proie de sitôt. On le retrouve dans une espèce de relais de poste, qui fait aussi office d’épicerie, de saloon et de bazar, bref un commerce comme on en trouvait tant dans l’Ouest américain dans la deuxième moitié du XIXe siècle. Celui-là est un peu moribond. Une tête de bison trône sur un mur de même qu’un vieux fusil Sharps dédié à la chasse aux buffles. Reconverti en boutiquier, le patron est nostalgique : comme il le dit, les bisons ont été décimés (« jadis, tu pouvais regarder un troupeau passer toute une journée. Comme si la prairie se déplaçait »), les Indiens aussi, et les survivants sont parqués dans des réserves. « Il ne se passe plus grand-chose. Ils ont vieilli, comme nous », déclare-t-il au shérif. Billy joué par Desi Arnaz Jr (le fils de Desi Arnaz et de Lucille Ball - star d'Hollywood puis du petit écran - avant que le couple ne fonde leur propre société de production sur la base de leurs prénoms : la Desilu qui lança notamment Les Incorruptibles) est là, attaché, comme un trophée.



   

Gifford n’imagine pas une seconde que Deans revienne chercher son jeune acolyte. Et pourtant il le fait. Au matin, il arrive au relais, à terrain découvert car la bâtisse est perdue au milieu d’une plaine pelée. Sans éperons, il s’approche, revêtu d’un grand manteau cache-poussière, référence aux westerns spaghetti qui l’ont précédé dans les années 60. Sans sommation, Deans tire sur Gifford, touché d’une balle dans l’épaule. L’intention est claire : Deans n’avait pas l’intention de tuer (il n’aurait pas loupé sa cible à cette distance), mais juste d’immobiliser le shérif pour avoir la certitude de ne pas être poursuivi dans sa fuite. Le shérif sera aussitôt soigné par le boutiquier, sous l’œil attentif de Deans, toujours placide, maître de lui-même. On sent qu’une longue vie de cavale lui a appris à penser à chaque geste et intention. Peck, acteur intelligent et sûr de ses moyens, excelle à rendre ainsi le poids de l’expérience. Il libère Billy. Si Gifford est à leurs trousses, c’est qu’ils ont braqué une banque. Et dans le feu de l’action, un homme a malencontreusement été tué par Deans qui s’explique : « Je ne voulais pas le tuer. Juste le plomber, comme toi. » « Un Colt pour une corde» est un western où l’on a une vraie proximité avec son adversaire, sans se pister à des lunes non plus qu'en se toisant à la jumelle ou à la dérobée. On se parle, on se côtoie, et l’on se secoure au besoin. Premier paradoxe dans l’univers du western : il n’est pas si simple de tuer. Quand Billy s’essaye à dire à Deans : « Et si je tuais le shérif, ce serait la fin de nos ennuis » ?, Peck, en vieux briscard qui a pris un accent écossais, lui répond sans hésitation : « On ne tue pas un shérif, voyons ». Contrairement à l’idée reçue, on ne tire pas à tort et à travers dans le Far-West. Mais pourquoi Deans est-il revenu ? Pour Gifford, il agit contre toute logique.


                             


Il avait l’argent, pourquoi donc est-il donc revenu ? Deans ne le dira que plus tard, à Billy. Un passage de l’Écclésiaste lui tiendra lieu de justification : « Deux valent mieux qu’un. Car s’ils tombent, l’un relève son compagnon ». Avant que Gifford ne se relance à la poursuite des renégats, Ted Kotcheff concocte une petite scène d’anthologie westernienne. Voyant s’éloigner lentement les bandits, dans la plaine désertique, le boutiquier saisit le vieux fusil Sharps, il ajuste lentement, très lentement. Et quand il tire, alors que les deux compères sont déjà bien loin, la détonation, énorme, déchire le ciel. Ralenti. Le cheval de Deans est foudroyé. Et, sous le poids de sa monture, Deans se casse une jambe. Remis promptement en selle sur l’unique cheval restant, celui-ci de Billy, Deans fuit vers les montagnes avec son jeune compagnon. Sur leur chemin, ils feront plusieurs rencontres. Des Indiens peu recommandables d’abord. Quatre Apaches rigolards aux dents pourries, le visage grêlé de petite vérole. Détail insolite, l’un d’eux porte une robe de femme et a une ombrelle (des trophées pris sur une ancienne victime ?). Patibulaires, les Indiens en quête de whisky choisissent de ne pas se frotter à Deans. Ils savent qu’au moins deux d’entre eux y laisseraient leur peau. Le jeu n’en vaut pas la chandelle. Christophe LECLERC

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