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vendredi 3 février 2017

Star People

Après une semi-retraite, Miles sort en 1982 un album studio avec la crème des musiciens du moment, à savoir : John Scofield - guitare électrique Mike Stern - guitare électrique Bill Evans - saxophones ténor & soprano Tom Barney - basse Mino Cinelu - percussions Al Foster - batterie Marcus Miller - basse Gil Evans - arrangements Avec "Decoy", "Star People" est sans doute l'album du Miles'80 à retenir. Là où "Decoy" va se montrer parfois trop exubérant pour certains ("What It is"), voire énigmatique ("Freaky Deaky"), hormis quelques fautes de goût ("Code MD"), "Star People" ne va pas chercher à s'embarrasser de critères esthétiques qui risqueraient vite de passer pour surfaits. Excepté les deux prises live du disque, "Come and Get It", très proche de ses délires seventies, et "Speak" (où l'on découvre déjà les prémices du thème qui nous donnera "That's What Happened"), le disque tout entier va prendre sa source aux fondements même de l'esprit de l'ange noir Davis : le blues. Derrière des arrangements qui se veulent hi-tech pour l'époque, Miles retrouve la plupart de ses sensations. Le même souffle chaud. La même précision dans son choix des notes. Et puis ce son que Miles retrouve ici enfin pleinement. L'accueil monumental qui lui fut réservé lors de sa dernière tournée, et ce en dépit d'un album du retour, "The Man with the Horn", très mitigé, aura très certainement eu son effet.


   


Requinqué, c'est confiant que Miles se remet le cœur à l'ouvrage et illumine véritablement de son aura le superbe "It Gets Better" et sa tétanisante plage titre, "Star People", longue de dix-huit minutes, où le trompettiste fait à nouveau usage du silence dans un sens du mélodrame qui n'appartient qu'à lui. Autour des six titres qui composent l'album, on peut redécouvrir toutes les facettes de l'artiste qui, invariablement, selon les époques, nous a toujours séduits ; deux titres dans l'air du temps, deux titres délires, et deux autres titres au feeling à fleur de peau. Hier, aujourd'hui et demain. Ici et maintenant. Ils voulaient Miles ? Eh bien, ils l'ont eu !STAR PEOPLE pour moi, le grand moment est la plage titre où Miles revient à la mélodie, ses deux solos, hésitants, incertains, imprévisibles, mais finalement parfaitement en équilibre, comme sur une corde raide, me rappellent certaines interprétations passées : »It never entered my mind »(54), Pfrancy »(63), la fin de « Filles de Kilimanjaro »(68). Là pour le coup, Miles est à nouveau (et pas toujours) le même.Par défaut, sans nul doute l'un des meilleurs albums studio des années 80. Miles retrouve la fibre de l'improvisateur, totalement absente d'albums comme "Amandla" - ce qui ne signifie pas pour autant que la musique soit supérieure. Miles revient au blues sur cet album, il y reviendra plus tard avec John Lee Hooker et Taj Mahal. Aux premières écoutes, la batterie d'Al Foster m'a un peu dérangé. Mais c'est un disque à connaître, ne serait-ce que pour "Come Get It", où le groupe tourne à plein régime.(https://www.gutsofdarkness.com/god/objet.php?objet=4612)


   


Voilà donc un mélange de morceaux rock-funk et bluesy où le guitariste John Scofield est particulièrement mis en valeur. Mais c’est aussi le dernier album où il collabore avec des complices de longue date, Teo Macero et Gil Evans. Je ne saurais dire si, à l’instar de « We Want Miles " il s’agirait de bandes opportunément publiées par sa maison de disques pour célébrer son retour à la scène, dont il était absent depuis une petite dizaine d’années, ou si les sessions datent vraiment du début des années 80, mais cet album sonne tout de même très seventies. On n’y trouve ni la rage chaotique du « Live at the Fillmore », ni l’inventivité et les prises de risques de « Get up with it ».A mon sens, Miles ne retrouvera sa fulgurance que lorsqu’il se ré-inventera dans un style jazz-pop, et le concert avec Quincy Jones donné 3 mois avant son décès, au festival de Montreux en 1991, en est un témoignage indubitable. Festival où il se produira quasiment tous les ans à partir de 1984 et dont on fête cette année le cinquantenaire, à la mémoire du regretté Claude Nobs, le visionnaire helvète flamboyant qui en est à l’origine.(http://bigbonoblog.over-blog.com/2016/05/le-vinyle-du-dimanche-soir-miles-davis-star-people-1982.html)

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