.

.

mercredi 8 février 2017

Nathalie Baye

Nathalie Baye est une fille de peintres bohèmes. Dyslexique, elle abandonne ses études à l'âge de 14 ans pour intégrer une école de danse à Monaco. Ce sont alors ses premiers pas d'artiste. Trois ans plus tard, elle part pour les États-Unis afin de parachever sa formation artistique. À son retour en France, elle poursuit les cours de danse, mais, parallèlement, s'inscrit au cours Simon. Elle est ensuite admise au Conservatoire dont elle sort avec un second prix en Comédie, Comédie Dramatique et Théâtre Étranger en 1972. C'est aussi à cette époque qu'elle effectue ses premières apparitions sur grand écran, dans Brève rencontre à Paris (Two People) de Robert Wise puis dans un rôle de scripte dans La Nuit américaine de François Truffaut. Jusqu'à la fin des années 1970, elle cumule les rôles secondaires de bonne copine ou de gentille provinciale sans sourciller, travaillant aussi parfois pour la télévision. Mais Truffaut qui la réengage pour La Chambre verte en 1978 métamorphose soudainement son image dans un vrai premier rôle, laissant apparaître une part d'elle plus opaque et mélancolique. Son interprétation lui ouvre les portes du cinéma d'auteur. Elle vit alors une dizaine d'années avec Philippe Léotard.(Wiki)



      


Pialat filme ce qu’il est convenu d’esquiver ou de sublimer mais de ne pas montrer : la mort noyée dans la trivialité des choses de la vie. La mort est rarement filmée comme une chronique de la vie ordinaire. De la séance de scanner à la mise en bière, La Gueule ouverte montre la lente agonie d’une femme atteinte d’un cancer, assistée de son fils et de son mari. Il est moins question de la mort ou de la maladie que de la vie qui continue autour, la vie “malgré tout”. Les longs plans-séquences suffocants de non-dits alternent avec les scènes de la vie ordinaire, des scènes-surprises par un jeu de montage très cut. Rien d’anecdotique ou d’illustratif, des blocs de vie surprise. Le fils qui boit des coups et baise. Le vieux mari qui drague tout ce qui bouge. C’est la vie. La vie continue, dans les chambres adjacentes, dans l’attente du “c’est fini”. Pialat filme cette “vie de peu”. Les chuchotements autour du lit, les voisins et leur “faudra être courageux” dérisoire, le paquet de coton pour la toilette mortuaire, les gestes gauches, le repas après l’enterrement et la parenthèse émerveillée sur les pétunias, “j’en ai eu des rouges et des violets cette année”. C’est ça, la vie, une expérience inconcevable que la résignation aux rituels et aux habitudes rend souvent dérisoire. Pialat place sa caméra juste à la bonne distance pour traduire ce mal-être absolu sans jamais l’exhiber. Comme cette manière saisissante de filmer l’enterrement : un long travelling sur l’attente du cercueil. Pas de prière. Pas de “je t’aime”. Juste la crasse des non-dits familiaux, cette indifférence qui rend la vie parfois abjecte. Un film qui résume tout l’art qu’avait Pialat de filmer le “réel” : “Ils veulent trouver la solution là où tout n’est qu’énigme” (Pascal).


   

La Gueule ouverte est proche par le sujet de Cris et chuchotements de Bergman, mais il ne fera pas la même carrière et n'excitera pas beaucoup la plume des chroniqueurs pour cette raison simple : la beauté a disparu. Pialat refuse le secours de cette ultime barrière. Contrairement à Bergman, Maurice Pialat n'attend rien d'autre que la vie elle-même. Il rejette l'illusion de l'art et la contemplation de son propre exercice. Bergman transfigurait le décor, les objets, les couleurs et les sons. Pialat les montre tels qu'ils sont, mais la puissance expressive du constat est telle qu'il le dépasse malgré lui, malgré tout. Imposant une vision précise, naturaliste, il fait naître à sa manière une terreur n'on pas mentale (Bergman) mais physique. Le formidable impact du film de Pialat, il faut l'attribuer à son refus de l'art. Sa force tient dans la banalisation. Il joue la carte de la platitude et c'est le relief qu'il atteint. Ainsi ces longs plans-séquence admirables de densité à tant vouloir rester prosaïques, comme cette cuisine avec son désordre de bouteilles vides, de casseroles, de papiers sales, d'épluchures.


                               

Pialat reste constamment au niveau des choses, à la hauteur exacte du regard qui détermine le choix simple du cadre ou de l'angle. S'il ne « fait pas beau », il n'en rajoute pas pour autant dans la laideur et le misérabilisme. Chaque plan, chaque séquence, chaque mouvement acquièrent ainsi une évidence extraordinaire, une présence qui n'a jamais l'air d'être le résultat d'une recherche ou d'une longue alchimie. Le génie de Pialat est le moins artiste qui soit. C'est peut-être dira-t-on le comble de l'art... Sûrement. Cette méthode, ou disons cette approche des choses était déjà remarquable dans Nous ne vieillirons pas ensemble et dans ce magnifique feuilleton pour la télévision : La Maison de bois. Ici, dans La Gueule ouverte (voyez déjà le choix du titre), la mort ne sera jamais magnifiée ou sublimée. Elle se présente comme une perturbation banale, accidentelle mais horrible dans son déroulement clinique inéluctable, dans cette détérioration physique qu'elle fait subir au corps autant que dans l'attitude de retrait qu'elle imprime dans le comportement de ceux qui la contemple au travail.(http://www.maurice-pialat.net/guiguet1.htm)


   

Ce film est, dans l'œuvre de Truffaut, celui qui va le plus loin dans le sens de l'économie. A court d'argent, Davenne ira faire une série de conférences en Scandinavie ; seul un plan flash des roues d'une locomotive représente ce voyage. A l'exception de quatre scènes isolées, toute l'action se déroule dans cinq lieux : la maison de Davenne ; les bureaux du globe, le journal où il travaille ; la salle des ventes où il rencontre Cécilia ; le cimetière ; la chapelle. L'ensemble du film a d'ailleurs été tourné dans le même cadre, comme l'explique Nestor Almendros : "La chambre verte a été pratiquement filmé dans une seule maison louée à Honfleur. Des artifices de décoration nous permirent d'utiliser le même lieu pour des décors différents." Un seul escalier a ainsi servi pour celui de Davenne, de Cécilia et du globe ; le bureau du journal est situé dans les combles de la maison et le cimetière dans son jardin. Econome d'actions et de lieux, la chambre verte l'est aussi de lumière. Sur 47 scènes, seules 14 sont explicitement tournées de jour, 17 se passent la nuit et les 16 autres sont situés en intérieur avec des lampes éclairées qui suggèrent le soir. Plus encore que Adèle H., La chambre verte se dérobe à la logique diurne pour faire triompher les lois impérieuses d'un monde intérieur. Pourtant, à la différence d'Adèle, qui se révèle sans cesse au spectateur à travers les folles déclarations de son journal, Davenne ne se confie pas. Le récit le saisit du dehors et ce sont ses actions qui reflètent son obsession. Plusieurs scènes se terminent sur le regard stupéfait que jettent sur lui les personnages du film ; Cécilia à la salle des ventes ; Imbert, son patron, au Globe ; un employé de journal qui l'observe à la dérobée tandis qu'il compose la notice nécrologique de Massigny. Ces regards galvanisés par la surprise sont ceux que Truffaut veut provoquer chez le public. Le récit interdit la complicité avec le héros. Davenne est un homme narrativement seul.


   

Les premières images dévoilent de façon indirecte et silencieuse le paysage intérieur qu'il habite. Le générique de La chambre verte est parmi les plus beaux de Truffaut. Les cartons défilent sur des plans aux tons monochromes bleutés de la Première Guerre mondiale montrant des soldats lancés à l'assaut, courant vers l'ennemi ou fauchés par les balles. Par trois fois le visage en gros plan de Davenne, mal rasé et coiffé d'un casque vient se surimposer à la vision de cette hécatombe. Son regard fixe annonce sa déclaration future : "je suis devenu simplement le sectateur de la vie". Davenne s'est coupé d'un monde qui a suivi son cours avec "l'après-guerre" ; il demeure hanté par les images d'un carnage insoutenable qui a marqué la fin d'une époque et où sont mort, comme il le dira, tous ses amis. En substituant une teinte bleue au noir et blanc des plans documentaires, Truffaut leur retire tout caractère réaliste pour leur conférer une valeur subjective. Davenne vit dans un paysage intérieur d'outre-tombe.La chambre verte suit la confrontation de deux temps, celui de Davenne qui vit dans un état de demi-folie qui le coupe de la réalité. Ses souvenirs sont déformés par le combat perdu d'avance qu'il mène contre la durée : en refusant le travail nécessaire du deuil, il se livre à celui de la mort.


                           

Cécilia, à l'inverse du parti pris violent de Davenne, accepte le passage du temps : "Je crois fermement que l'oubli est nécessaire", lui dira-t-elle. Tout le fil est structuré par ce contraste qui reflète le conflit entre le héros et la jeune femme. Cette confrontation prend la forme d'un contraste stylistique. Le récit ouvre sur la veillée funèbre de la femme de Mazet où Davenne chasse tous les assistants et surtout le prêtre. La scène suivante le montre à la recherche d'une bague ayant appartenu à sa femme, dans la salle des ventes où il rencontre Cécilia. La première scène comporte 36 plans ; la seconde un plan séquence unique. Dans ce film où les plans sont rares - 458 pour l'ensemble du récit- des passages très découpés où dominent les plans fixes alternent avec des plans séquences filmés en travelling. Parmi ceux-ci, le plus beau sera le long plan de l'enterrement de Massigny, où la caméra parcourant le cimetière ira lentement trouver Cécilia qui sanglote dissimulée sous un voile, dans un coin isolé. Les plans séquences sont ainsi toujours associés à la jeune femme. Ils sont la seule manifestation de continuité dans un film qui est composé de scènes disjointes, séparées par des fondus aux noir qui les isolent. Rien ne lie, par exemple les deux premières scènes, et on ne sait jamais combien de temps s'écoule entre des fragments d'actions qu'unissent rarement des liens de causalité narrative. Les scènes se succèdent comme des instants immobiles dont l'ordre pourrait être modifié.(http://www.cineclubdecaen.com/realisat/truffaut/chambreverte.htm)

1 commentaire: