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dimanche 12 février 2017

Holly Ann

Louisiane. Fin du XIXe siècle. La Nouvelle-Orléans est en ébullition. Le jeune Gerbeaud, fils d’un riche propriétaire, a disparu mystérieusement depuis quatre jours. Madame Fontaine, elle, s’inquiète pour son grand garçon. Ce dernier est porté absent, comme le petit Georges. Apparemment, tout le monde s’en fiche. Il faut dire que Martin Fontaine est noir, handicapé mental qui plus est. Alors, la seule solution pour cette mère éplorée est de faire appel à Holly Ann. Cette belle jeune femme, intelligente et émancipée, est enquêtrice à ses heures perdues. Dans une Louisiane où la ségrégation raciale perdure, il est plus facile de voir en un noir un coupable qu’une victime. Rien ne sera simple pour la détective. Surtout lorsque le vaudou s’en mêle, que les défunts se réveillent en cognant sur leurs tombes et que la police ne voit pas d’un bon œil qu’une privée interfère dans leur affaire. Quel plaisir de retrouver le dessin de Servain ! Après les remarqués Traque mémoire et L'esprit de Warren. ses autres séries ont peiné à trouver leur public. Ceux qui le suivent depuis des années déplorent l’abandon ou plutôt le report à une date indéterminée, de L’histoire de Siloë. Le dessinateur revient très en forme. Plus de temps passe et plus son style se rapproche de celui de Rossi : l'ambiance n'est pas sans rappeler certains passages de Jim Cutlass ou de W.E.S.T et immerge pleinement le lecteur dans la beauté, mais aussi la moiteur de la Nouvelle-Orléans. Son trait réaliste et expressif,surtout au niveau des visages, est magnifié par une mise en couleurs qu’il assure lui-même. La couverture en est le parfait exemple : elle illustre de manière splendide le titre de l'album et lance le lecteur sur une fausse piste. En effet, pas trace de chèvre dans cette histoire car La chèvre sans corne renvoie à un rituel vaudou qui implique en fait un enfant blanc sacrifié pour le culte.



              

Le scénario concocté par Kid Toussaint n’est pas en reste. Il ne faut pas s'attendre à un concentré d'action, mais à un album d'ambiance qui ne lésine pas sur le texte. Tout se résout par des dialogues plutôt que par des coups de feu ou de poings. Pour comparer avec un autre média populaire, on lorgne vers une série à la HBO. Plus que l’enquête policière, qui s'avère relativement classique même si elle est très bien menée, l’intérêt se porte sur une caractérisation des personnages très réussie. C'est un polar avec une héroïne forte et mystérieuse, une mentaliste de son temps, possédant des capacités de déduction et des connaissances extraordinaires. Un festival de superlatifs est de rigueur pour la présenter : Holly Ann est belle, mystérieuse, charismatique, intelligente, indépendante et douée. . 
Bonus

Les personnages secondaires ne sont pas oubliés et la faune cosmopolite de la Nouvelle-Orléans renforce le cachet de l'ensemble. Il est perceptible que cet album a été clairement pensé comme un tome d'une série et non comme un one-shot. Chaque volume proposera une histoire complète, mais seule la série sur le long terme permettra de découvrir qui est réellement Holly Ann, avec la levée des mystères l'entourant comme probable fil conducteur entre les livres à venir. S'il fallait se contenter de ce one-shot un peu court, sans qu'aucune suite ne soit donnée, on pourrait regretter que le format de 48 pages provoque un dénouement trop rapide et vite expédié de l’intrigue. Cependant, le nombre de mystères qui restent en suspens concernant Holly Ann (l'avant-dernière planche pose notamment bien des questions) devrait éviter d'en rester là.(http://www.bdgest.com/chronique-6535-BD-Holly-Ann-La-Chevre-sans-cornes.html?_ga=1.268096268.387947929.1486887342)




Deuxième tome et deuxième enquête pour Holly Ann qui, au gré des nécessités et des rencontres, offre ses services à ceux qui en ont besoin. Cette fois, ses pas la conduiront sur les traces des Indiens Natchez, dont le dernier représentant semble s’être compromis dans une bien sale histoire. Comme dans le premier tome, plus qu’une intrigue que l’on pourra juger trop facilement résolue, c’est le personnage d’Holly Ann qui porte presque à elle seule tout le récit. Il faut dire qu’elle ne manque pas de charme et que son intuition et son intelligence sont à la hauteur de sa bonté et de son dévouement pour les plus démunis. Parfois, elle semble aussi jongler avec la magie, elle qui a une façon si particulière de s’approprier des connaissances. Ses motivations profondes restent floues également, entre véritable altruisme et ménagement de son propre intérêt. Au final, cette aura de mystère dont elle s’entoure participe à sa force d’attraction, tout comme les décors de la Nouvelle-Orléans plongent le lecteur dans une ambiance oscillant entre un calme trompeur et une violence qui, par instants, se déchaîne brutalement. Les couleurs, très belles, participent à l’enchantement. Elles viennent se marier à un dessin au trait fin, parfois esquissé, qui suggère beaucoup plus qu’il ne révèle réellement. Ici, la pluie qui ne cesse de s’abattre baigne l’ensemble d’une certaine torpeur, ajoutant au côté dramatique d’un scénario qui prend son temps, bercé par une trompeuse lenteur.(http://www.bdgest.com/chronique-7101-BD-Holly-Ann-Qui-arretera-la-pluie.html?_ga=1.237215618.387947929.1486887342)

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