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mardi 17 janvier 2017

John Flynn

Né en 1932 à Chicago, John Flynn a suivi sa famille à Manhattan Beach. Engagé dans les gardes côtes à 18 ans, il s’inscrit dans l’école de journalisme de cette unité à Washington, puis à UCLA où il obtient un diplôme de lettres. Un professeur qui écrivait sur le roman et le Film Noir (ce qui n’était pas si évident dans les années cinquante) l’a profondément influencé à cette époque. Suffisamment pour qu’en 1958, Flynn se retrouve à jouer les grouillots sur le tournage de Odds Against Tomorrow / Le Coup de l’escalier. Roman de William P. McGivern, script d’Abraham Polonsky, une distribution comptant Ed Begley, Gloria Grahame et Robert Ryan : le jeune Flynn était déjà dans son jus. Wise prend alors Flynn sous sa coupe : il est « script supervisor » sur West Side Story, dirige les secondes équipes sur Kid Galahad, avec Presley, Two for the Seesaw avec Mitchum. « Bob Wise et J. Lee Thompson : je dois ma carrière à ces deux là » disait Flynn. C’est encore Robert Wise qui lui met le pied à l’étrier à la fin des années soixante, lui permettant de diriger un petit film en Europe : The Sergeant (Le Sergent) – l’histoire d’un militaire de carrière dévasté lorsqu’il découvre ses sentiments envers une jeune recrue jouée par John Phillip Law. C’est aussi à cette époque qu’il rencontre sa femme, Marie Dominique, avec qui il aura deux enfants. Ce qui explique sans doute une partie de ses goûts en matière de cinéphilie, volontiers francophiles. Flynn connaissait parfaitement la Série noire, il était le genre d’homme à avoir vu Le Cercle rouge dix-sept fois dans sa vie. Melville est une influence majeure dans son œuvre, et on la voit déjà dans Échec à l’organisation, mais ironiquement jamais mieux que dans la fin équivoque qu’il avait écrite à l’origine – scène qu’il essaiera (en vain également !) d’appliquer à la fin de Rolling Thunder.(http://www.cinematheque.fr/cycle/john-flynn-12.html)


               

John Flynn reste à ce jour l'un des artisans du cinéma de genre américain des années 1970 et 1980, orientés vers le polar et le Neo-Noir, que le temps à évacués d'un revers de la main dans la conscience collective.Il convient de préciser que, si son œuvre paraît intéressante à bien des égards (une douzaine de films, dont certains titres restent vivement ancrés dans l'esprit de quelques-uns d'entre nous), il ne fut pas non plus un grand réalisateur. Tout au plus un très habile technicien qui, le temps de quelques films, a su distiller une vision plus personnelle du genre Noir. Néanmoins, ces dernières années ont permis de redécouvrir son œuvre et lui ont donné un statut culte naissant, plutôt mérité à dire vrai, si l'on songe aux subtilités dont il affuble régulièrement ses personnages. On pourra aussi trouver dommage que des personnalités autrement plus excessives, intelligentes, roublardes et passionnantes, telle que Michael Winner (cinéaste transgressif et hautement recommandé pour sa période des années 1970), ne soient pas davantage reconnues à leur juste valeur, comme l'est pourtant Flynn de nos jours.Pourquoi avoir ainsi rapproché ces deux personnalités que sont Winner et Flynn en ces lignes ? Pour la bonne et simple raison que l'on pourra de prime abord analyser l'un de leurs films respectifs à la lumière d'une réflexion commune : Death Wish pour le premier, et Rolling Thunder pour le second. En effet, Rolling Thunder doit aujourd'hui beaucoup à sa réputation de vigilante movie - c'est-à-dire de film de "vengeance personnelle" - sur fond de massacres sanglants à l'idéologie discutable. Le tout est en général accompagné de sérieux règlements de comptes à l'arme à feu. Cependant, Rolling Thunder, dont le titre français, Légitime défense, en falsifie la raison d'être, n'a pas vraiment la carrure d'un film de vigilantism. 


   

Là où Death Wish raconte son Amérique intérieure, cauchemardesque et affaiblie par ses démons capitalistes, tout en jetant son personnage dans la rue, croisant ça et là le crime ordinaire qu'il juge d'un solide coup de feu maniaque et névrosé (le basculement du personnage dans la folie ne fait aucun doute), Rolling Thunder raconte à l'inverse le récit d'hommes déjà morts. Intérieurement, à défaut de l'être cliniquement. John Flynn n'a effectué là qu'un solide et vigoureux essai sur le retour de guerre, traitant du traumatisme vietnamien avec une grande acuité, surtout à une époque où le conflit venait à peine de se terminer. Les consciences américaines sont encore très touchées par le désastre humain, psychologique et sociologique que représente cette guerre maudite. Le cinéma américain des années 1970 rapporte souvent à l'écran l'état de crise systémique des USA, avant toute chose au sein du cinéma de genre (le polar et le thriller représentent des terrains fertiles quant à ces réflexions). Or Rolling Thunder ne s'intéresse pas réellement à ces bouleversements, et préfère concentrer ses efforts sur le retour de guerre. Qui n'en finit plus.


                

La première partie du film reste sans aucun doute la meilleure, avec également le dernier quart d'heure. Nous entrevoyons le retour d'un homme taciturne, d'un officier qui ne reconnaît plus sa vie antérieure. Fait prisonnier pendant la guerre, il a connu la torture et la souffrance la plus extrême. Il en ressort une personnalité renfermée, qui ne dit plus un mot, excepté les politesses d'usage. La ville qui accueille son retour voit en lui un héros. Alors qu'il n'est plus qu'un corps en mouvement dont les desseins s'avèrent dorénavant incertains. Que va-t-il devenir ? Quelle vie va-t-il bien pouvoir embrasser dorénavant ? Sa femme elle-même l'a quitté pour un autre homme, l'un des policiers de la municipalité. Un type bien. Quant à son fils, il doit le ré-apprivoiser, car il n'a pu le voir grandir. Flynn tisse d'intéressants rapports humains, desquels personne n'en ressort grandi ou médiocre. Ce qui se passe n'est que le cours normal d'une vie qui a pris de curieux chemins de traverse. L'ex-officier et le policier entretiennent des rapports amicaux peu ordinaires, lardés de silences dont on devine le vide absolu.(http://www.dvdclassik.com/critique/legitime-violence-flynn)


                             
 
Pacte avec un tueur est l’occasion de la rencontre entre l’art du pitch astucieux de Larry Cohen et la nervosité de l’expert du polar qu’est John Flynn. Réalisateur - principalement dans la série B fantastique avec pour le meilleur Le Monstre est vivant (1974), Meurtres sous contrôle (1976) ou encore The Stuff (1985) - et scénariste prolifique vivant souvent de la vente de scripts pouvant longtemps dormir dans les tiroirs des producteurs -, Larry Cohen aura attendu sept ans avant de voir Pacte avec un tueur se concrétiser. S’inspirant du courant voyant des policiers devenir écrivain - Joseph Wambaugh entre autres à cette période parmi les plus fameux -, Cohen imagine une trame où un policier en panne d’inspiration se trouve obligé de faire équipe avec un dangereux tueur à gages. Cohen voyait Burt Lancaster incarner le policier et Kirk Douglas le tueur, mais la longue gestation du film aboutira à un casting moins prestigieux mais néanmoins solide avec Brian Dennehy et James Woods.L’intrigue voit donc une étrange relation se nouer entre le policier expérimenté Dennis Meechum (Brian Dennehy) et le mystérieux tueur à gages Cleve (James Woods). Ce dernier se propose de livrer ses secrets à Meechum dont la carrière parallèle d’écrivain est en berne depuis la mort de sa femme. Meechum, méfiant, se montre néanmoins intrigué puisque le passé de Cleve est sans doute lié à un douloureux épisode passé, un hold-up meurtrier où il fut grièvement blessé et ses collègues tués. L’objectif de Cleve est en surface totalement narcissique et vise à se venger de son ancien employeur David Madlock (Paul Shenar). Pourtant on ressentira au fil du récit une sincère admiration et la recherche de l’amitié de Meechum, James Woods excellant à exprimer cet étrange mélange de dangerosité et de vulnérabilité.


   

Le trouble est renforcé par l’illustration de sa nature de tueur. Les vrais assassinats passés ne sont évoqués que par la parole de Cleve, les écarts de violence plus gratuits escamotés même si inquiétants - le chauffeur de taxi dans la cabine photo - quand pour le reste il s’agira toujours de sauver la mise à Meechum dans diverses situations.Non pas que le script tente d’adoucir le personnage mais en tout cas on ressent la volonté de le rendre plus ambigu. Sa présence passe d’une veine spectrale et omnisciente (le sauvetage d’ouverture et la première rencontre nocturne) à une humanisation progressive qui le rend plus humain au point que l'on soupçonne chez lui - un élément guère exploité malheureusement - une possible mythomanie. Brian Dennehy dans un registre plus bourru laisse aussi son armure de policier dur à cuire se fissurer, fasciné sans se l’admettre par ce compagnon peu recommandable. Le jeu de piste sur les crimes de Cleve se conjugue à une atmosphère de dangereuse paranoïa avec les intimidations de Madlock guère enclin à voir sortir un ouvrage dévoilant ses activités.


                 

Le résultat se révèle franchement efficace mais, une fois n’est pas coutume, le style frontal de John Flynn - Echec à l'organisation, Le Sergent - dessert un peu la richesse du propos. La trame file tellement droit qu’elle en oublie en chemin d’aborder le statut d’écrivain de Meechum, qui ne sert que de McGuffin au récit. Le rapport à ses collègues qu’inclut cette seconde profession, conjuguer l’inspiration avec son métier de policier, la gestion de la célébrité et le processus de création, tout cela est survolé voir absent. Larry Cohen s’identifiant à son héros avait truffé son script de ces éléments et apparemment nombre de scènes allant dans ce sens furent tournées mais éliminées au montage. On perd donc grandement de la dimension ludique qu’incluait le postulat, l'originalité résident plus au niveau du pitch que de son illustration. De plus, captivé par son duo Flynn n’enrichit pas son méchant, homme d’affaires transparent pourtant supposé être le mal absolu, symbole du capitalisme tout-puissant quand Meechum et Cleve reste de "vrais" hommes - le second étant d’une morale toute personnelle mais bien présente. L’ensemble n’en reste pas moins un très bon polar des 80’s rondement mené, mais le résultat n’atteint pas tout à fait les hauteurs espérés. C’est d’autant plus dommage que Flynn sut manier avec brio un matériau complexe sans se défaire de son efficacité avec son excellent Rolling Thunder.(http://www.dvdclassik.com/critique/pacte-avec-un-tueur-flynn)

3 commentaires:

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  2. Merci Corto pour ce bon "pacte avec un tueur" pas revu depuis...un certain temps.

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    1. Je t'en prie , je ne suis pas du tout nostalgique des années 80 mais je reconnais que ce pacte passe tout seul , à plus !!

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