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jeudi 12 janvier 2017

Commando Colonial

En avril 1942, après avoir essuyé quelques salves ennemies en Afrique du Nord, Maurice Rivière, 1er Maître des Forces Françaises Libres, s’embarque pour Madagascar. Sur le navire de guerre qui l’y conduit, il fait la connaissance de son supérieur pour une nouvelle mission : le major Antoine Robillard. Accostant incognito, nos deux hommes sont pris en charge par Martin Michepin, riche colon de Diego-Suárez. Ce dernier doit les mettre en contact avec l’éventuelle cellule gaulliste de l’île. Car c’est effectivement là l’objet de leur mission : rallier Madagascar à la France Libre. Rencontre avec les charmantes Chloé et Victoire, fille et nièce de leur contact, et de l’antipathique vichyste zélé Lakanal, organisation d’une garden-party masquée (alibi d’une réunion entre résistants) et mystérieuse visite nocturne, rythment la 1ère journée du duo. Le séjour se révèle malheureusement peu fructueux puisque la réunion tant attendue se solde par un échec. Les frileux colons préfèrent avant tout préserver leurs intérêts financiers. Mais surprise, alors qu’ils s’apprêtent à rebrousser chemin, Rivière et Robillard sont contactés par le mystérieux Spartacus. Il leur propose une rencontre et la promesse de participer à la défaite vichyste…

                                                       Brüno - Écrivains d'aujourd'hui


Quand on tient une pépite au creux de sa main, on hésite entre l’accrocher ostensiblement autour de son cou ou l’enfermer à double tour au fond d’un coffre. Lorsque le joyau se révèle être de la belle ouvrage, on montre, on crie, on veut partager… Pour le lancement de leur nouvelle série, Appollo et Brüno ont bien réalisé un travail d’orfèvres tant la critique est compliquée. Certes, il doit bien y exister quelques aspérités, mais qui possède une loupe en permanence ? Appollo, le joaillier, dont les travaux s’enchainent avec maestria, confectionne un récit guerrier différent et original en plongeant l’action au cœur des colonies. Il équilibre parfaitement son histoire et enfante un nouveau duo qui fonctionne immédiatement à merveille. Malin, il se laisse même une marge de manœuvre très intéressante pour la suite, en livrant avec parcimonie des informations sur ses héros. Enfin, il réussit à adjoindre à l’action une réflexion sur le colonialisme et son absurdité, le tout avec humour et finesse. Dessin simple et efficace. Emploi d’une palette de couleur réduite. Savoureux mélange de l’école « gros nez » de notre enfance et de la nouvelle vague. Génie du mouvement tant sur terre que dans les scènes aériennes (si simple et si fluide… mais comment fait-il ?). Les recettes utilisées sur Biotope et Junk (notamment) rendent à nouveau la composition du ciseleur, Brüno, digne du clap de nos mains. La mise en page se fait même plus dense. On sent l’application. Bref, on se réjouit d’un tel début qui donne le sentiment que les 2 compères n’en resteront pas là… Le second volet devrait d’ailleurs nous conduire aux îles Kerguelen. Mais c’est une autre histoire…




En juin 1942, au lendemain de leur mission sur Madagascar, le major Antoine Robillard et le premier maître Maurice Rivière, tous deux militaires au sein du BCRA (Bureau Central de Renseignement et d’Action, dépendant directement de de Gaulle, à Londres), traversent en avion le canal du Mozambique. Ils emportant avec eux des documents top-secrets sur le débarquement allié en Afrique du Nord. Soudain leur appareil tombe en panne ! Le pilote polonais, Zborowski, parvient à se poser en catastrophe sur le littoral d’une petite île, sans trop endommager l’avion. Ils en sortent indemne et font connaissance avec un petit bonhomme bedonnant, Joao dos Santos qui dit être propriétaire de l’îlot d’Europa, exploitant indépendant de coprah. Affable de prime abord, l’homme est assez excentrique : torse nu, paréo autour de la taille, canotier sur le crane, il veut leur faire payer leur séjour et déplore vaguement cette guerre qui nuit à son business. Après un cocktail maison, les soldats remettent leur avion sur ses roues et entreprennent la réparation… qui s’annonce compliquée. Ils n’imaginent pas à quel point : Europa s’avère être un relais de la Kriegsmarine ! Ils s’en aperçoivent trop tard : Zboro est tué, Robillard et Rivière sont capturés et embarqués à bord d’un sous-marin allemand, pour un long périple qui les mènera jusqu’aux îles Kerguelen…

                                                               Des dédicaces en vidéo !


Après un premier volume enthousiasmant, Appollo et Brüno livrent une seconde aventure dans le contexte de la seconde guerre mondiale, radicalement différent de tout ce qu’on peut lire d’ordinaire dans le registre. D’emblée, la latitude exotique plante un décor à contrepied des standards en la matière. Débuté sur l’île d’Europa, située entre le Mozambique et Madagascar, le périple de nos héros les amènera tout de même jusqu’aux îles glaciale Kerguelen, après une séquence en huis-clos dans un sous-marin allemand (le fameux « Loup gris de la désolation »). Durant cette séquence, la relation ambiguë qui se noue entre le major Robillard et le capitaine allemand, fait tout le sel de l’album. Ennemis théoriques, ils se découvrent « confrères » de par le prestige de leurs grades, et leurs familiarités minent inversement les rapports entre Robillard et son adjoint Rivière, doté lui d’un tempérament plus entier. De même, les apparences mises en scène par le détestable Joao dos Santos donnent une autre lecture de la guerre et de ses corollaires. Une nouvelle fois, le scénariste Appollo, qui semble s’être fait une spécialité des histoires se déroulant dans les îles de l’Océan Indien, tisse donc un scénario subtil et palpitant, mettant en exergue l’absurdité de la guerre « différemment ». Car en marge de ces contingences relationnelles, les tensions de guerre sont bel et bien présentes et particulièrement prégnantes : minage, bombardements, sous-marin en péril, combats, exécutions… Notons que de nombreux dialogues sont en allemand, et étonnamment, les auteurs ont choisi de ne pas les traduire. Le lecteur doit donc recourir à ses vieilles notions germanophones, ou se reporter à la traduction visuelle des évènements, suffisamment explicite. Car le dessin de Brüno est toujours d’une limpidité à toute épreuve, mélange de ligne claire et d’un style synthétique issu de la nouvelle vague. Cible atteinte pour ce nouveau Commando colonial…





1942, le major Antoine Robillard et le premier maître Maurice Rivière, tous deux militaires au sein du BCRA (Bureau Central de Renseignement et d’Action, dépendant directement de De Gaulle, à Londres), traversent le désert de l’Afrique du Nord. Bloqués par une tempête de sable, ils sont contraints de s’arrêter. Le lendemain, ils se retrouvent dans le fort de Thélème, « principauté libre et bienheureuse du Sahara ». Ils ont été recueillis par une caravane de Touaregs alors que leur véhicule était à moitié enseveli par le sable. Dans ce fort habitent Colette et Maxime Loiseau. Ce dernier est à la fois vaguemestre de Thélème et marseillais passionné de pastaga. Zoé, Aïcha et Léopoldine sont quant à elles les « danseuses » officielles du fort… Il est aussi question d’un mystérieux Jean-Baptiste, sans doute l’homme recherché par les deux agents du BCRA. Dans ce décor paradisiaque, pourtant, la peur de lendemains qui déchantent est latente. Non loin, dans les dunes ensablées du Sahara, rôdent les Alliés et les soldats de l’Afrika Korps… Quelle est la mission de ces deux agents ? Que sont-ils venus chercher dans ce paradis perdu?

                                                                       Sources


Après deux volumes séduisants, Appollo et Brüno reviennent avec un troisième album toujours aussi original, en complet décalage avec tous les récits de guerre traditionnels. Pourtant, les atrocités du conflit ne nous sont jamais épargnées : explosions, bombardements, minages et égorgements nous révèlent la monstruosité de la guerre. L’horreur est d’autant plus exacerbée que l’ambiance proposée est légère et les dialogues anecdotiques, en apparence du moins. Les auteurs font en effet toujours référence à ce « paradis » isolé au milieu du Sahara qu’est le Fort Thélème. Le Fort Thélème, c’est la colonie fantasmée avec son Marseillais et ses « danseuses », la promesse du bonheur éternel, le sanctuaire rassurant, le refuge inviolable... C’est le territoire idéalisé par excellence. Pourtant, c’est aussi le paradis artificiel à l’équilibre fragile, vite rattrapé par l’enfer de la guerre. Les décors oniriques conjugués à l’atmosphère exotique confèrent au récit une douce pesanteur mêlée d'angoisse latente, donnant au lecteur l’impression d’un rêve éveillé mais menacé. Ajoutez-y une touche d’humour ainsi qu’un trait simple mêlant ligne claire et « nouvelle vague », et vous obtenez un procédé malin, d’une redoutable efficacité. Oscillant en permanence entre chronique coloniale légère et récit de guerre tragique, les auteurs distillent une tension palpable qui fait tout le charme de la série. Ambiguïté des relations et jeu de masques ajoutent quant à eux de la complexité au scénario, même si le tome 2 jouait mieux sur l’ambivalence des rapports entre personnages. Au final, à l’image de la série, l’album séduit autant par la simplicité de la forme que par le traitement décalé d’un sujet grave.

1 commentaire:

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