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samedi 28 janvier 2017

Blue ahead

Cela faisait presque dix ans qu’un film sur Miles Davis trottait dans la tête de l’acteur Don Cheadle. Flashback. En 2006, à l’issue de la cérémonie qui avait inscrit Miles Davis au Rock And Roll Hall Of Fame, Vince Wilburn, neveu du trompettiste, avait annoncé sans consulter Cheadle qu’un projet de film était en cours et que l’acteur y aurait le rôle titre. Propulsé dans l’aventure à son insu, Cheadle finira par la transformer en une entreprise personnelle. Travaillant avec la famille de Miles, s’acoquinant avec Herbie Hancock, son conseiller, l’acteur fera de Miles Ahead son premier film en tant que réalisateur et optera pour une production indépendante fondée sur le financement participatif. Résultat d’une aventure originale, Miles Ahead est un film intelligent, parfois foutraque, mais profondément audacieux. Audacieux parce qu’il n’a rien d’un biopic traditionnel. Au lieu d’opter pour un récit chronologique ou d’insister sur un épisode de la vie de l’artiste, le film se construit autour de deux fils narratifs. Une première trame, parfois un peu caricaturale, faite de flashbacks, montre Miles version 1950-1960. On le voit jouer avec Gil Evans, son second quintette, et surtout vivre une histoire mouvementée avec son épouse d’alors, Frances Taylor. Cheadle y interprète Miles avec révérence, en fan sobre et admiratif.Un deuxième fil narratif nous propulse en 1978. Miles vit reclus dans sa maison de New York, où il est harcelé par un journaliste, joué par Ewan McGregor  . Le film balance entre réalité et fiction, dessinant un Miles Davis héros d’un polar blaxploitation, dans lequel, courses poursuites à l’appui, il part à la recherche d’une bande volée par des producteurs véreux. Dans cette deuxième trame, le jeu de Cheadle change. Il n’est plus seulement Miles : il joue Miles Davis qui fait l’acteur dans un film. Ce dispositif, qui depuis la projection déroute une partie de la critique américaine, permet à Miles Ahead de ne pas sombrer dans le principal défaut des biopics : mal montrer ce qu’un documentaire aurait pu parfaitement faire.


   
   

Avec Miles Ahead, on est au coeur d’un projet cinématographique qui, via des allers-retours entre fiction et réalité, essaie de s’approcher au plus près des marques de fabrique de la figure qu’il traite : sa liberté, son sens de la remise en question permanente et son humour. Le tour de force de Miles Ahead réside aussi dans son traitement de la musique. Là aussi, le film ne croule pas sous les restitutions de concerts, de séances d’enregistrement, où l’interprétation de Cheadle ne sera jamais aussi passionnante que la vision documentaire du vrai Miles Davis au travail. Si la musique est présente dans Miles Ahead, c’est surtout par le son. Le film est nappé par la musique de Miles Davis, dans toutes ses époques et toutes ses tendances. La band-son, en nous plaçant dans la tête du héros, nous confronte à ce que Cheadle imagine être son regard sur le monde, un regard profondément déterminé par ses productions musicales passées et à venir. Pour ce travail, Don Cheadle, luimême saxophoniste, a demandé à Robert Glasper de composer des musiques supplémentaires et de réadapter certains morceaux de Miles Davis pour l’écran. « L’enjeu, explique Cheadle, était aussi de montrer la modernité de la musique de Miles, son actualité ». La scène ultime du film, tout en héritage, est à ce titre explosive.


              

Un biopic à l’image de ce qui se fait depuis quelques temps pour les artistes musicaux (comme ceux de Jimi Hendrix, James Brown ou Hank Williams dernièrement par exemple), un projet alléchant sur le papier mais maigrichon niveau production, toujours très classique dans sa mécanique scénaristique, ici présenté en trois axes distincts : une période trouble où Miles Davis met sa carrière en stand by fin 70s, l’âge d’or des années 50 et sa relation tumultueuse avec son épouse Frances Taylor ainsi que ses soucis de santé. Le montage est suffisamment malin pour donner un certain relief romancé au parcours du génie du jazz, personnage plutôt bien incarné par Don Cheadle, le tout garde une cohérence mélancolique nappée de compositions marquantes, mais il manquera tout de même ce soupçon punchy, causé sans doute par une réalisation trop timide et une empreinte technico-visuelle quasi inexistante, petit péché de modestie dirons-nous. À noter également le retour en forme de Ewan McGregor qui semblait se perdre quelque peu depuis "The Ghost Writer", le timing tombe forcément très bien avant les très attendues suite de "Trainspotting" et saison 3 de "Fargo", affaire à suivre pour cet acteur que j’apprécie particulièrement. Globalement "Miles Ahead" se regarde bien sans forcément être remarquable, que l’on soit un aficionado du trompettiste ou non, ça reste instructif et suffisamment divertissant, et en petit cadeau un live final avec Herbie Hancock comme clin d’oeil sympathique qui fait plaisir.


                

Born to be blue c’est un classique du jazz, interprété ou chanté par les plus grands, dont Chet Baker trompettiste virtuose de la cote ouest, musicien blanc qui se confrontera aux musiciens noirs de la cote est, Miles Davis, Dizzy Gillespie entre autres...C’est à ce trompettiste que Robert Budreau consacre son film Born To Be Blues…c’est l’histoire d’un ange déchu, né en Oklahoma dans une famille de prolo, père alcoolique et violent, vaguement musicien country qui lui offre pour ses treize ans une trompette…s’étant cassé bêtement une incisive il va surmonter cet handicap, en principe rédhibitoire pour la trompette en jouant dans les registres médiums et se forgeant un style et un son particulier…tout en se refusant au moindre apprentissage de la musique…dans la vie, il sera comme James Dean un rebelle sans cause… en 1953 il est nommé meilleur trompette devant Armstrong, Gillespie et Miles Davis..Hélas il tombera vite dans l’héroïne et devient un de ces musiciens junkies errant entre gloire et prison…je pense à The Rose et Bette Midler et au film de Mark Rydell…Le film commence en 1966, quand le producteur italien Dino De Laurentis le tire de prison pour lui faire tourner son propre rôle à l’écran. Une jeune actrice, Jane, jouera le rôle de son ex-femme. Rattrapé par son passé, Chet se fait massacrer la mâchoire par des hommes de mains d’un dealer auquel il doit de l’argent, tirant un trait sur le film et sur sa possibilité de rejouer de la trompette. Nous assistons à la quête de résurrection de Chet, aidé par l’amour de Jane, qui veille à ce qu’il reste clean...le film alterne des séquences en noir et blanc, retraçant le passé, et le présent dans des teintes sépia…Ethan Hawke qui joue Chet est véritablement habité par le rôle, fragile, luttant contre ses démons, souvent au bord de la rupture…interprétant lui-même un My Funny Valentine à donner la chair de poule…Le montage présente quelques maladresses qui peuvent nuire à la compréhension de l’histoire…mais le film réjouira les amateurs de jazz, la bande son est extraordinaire et doit beaucoup au quatuor formé de David Braid au piano, Kevin Turcotte à la trompette, Steve Wallace à la basse et Terry Clarke à la batterie ...et cette histoire d’un homme qui lutte pour revenir sur le devant de la scène malgré son addiction et sa blessure physique, doublée d’une histoire d’amour intense, fascinera tous les autres…(Allociné)


   

Quelques exemples récents (Steve Jobs, Miles Ahead) nous ont soufflé que la forme strictement linéaire et édifiante du genre biopic, en vigueur au moins depuis 2000, était frappée de ringardise jusqu’au cœur du système hollywoodien. A la place, des films en friche, moins inféodés au fil des vies dépeintes, tentés de les saisir par métonymie, par ellipses, par désarticulations temporelles, et Born to Be Blue vient d’une certaine manière vérifier cette impression. Etonnamment fragmentaire, centré sur la traversée du désert de Chet Baker après une rixe qui lui coûta en 1966 quelques dents et un réapprentissage de la trompette, le film fait une drôle de chose du mythe du playboy fifties : il s’ouvre sur le tournage d’un film autobiographique que Baker aurait tourné au début des années 1960, et joue sur l’ambiguïté entre cette vie rejouée, très stéréotypée, et la vie réelle.Ironie : ce tournage est une pure invention du scénario. Dans toute la suite du film, Budreau joue ainsi de l’aura du prince of cool comme d’une pure virtualité du personnage, dont on ne sait si c’est lui qui la poursuit ou l’inverse – et où il ne parviendra à se fondre pour de bon que pour en faire, in fine (troublante dernière scène de live au Birdland), son cercueil. (http://www.lesinrocks.com/cinema/films-a-l-affiche/born-to-be-blue/)


                


Il est très rare que le cinéma de fiction parvienne à filmer le jazz d’une manière qui échapperait à la fois à la naïveté publicitaire et au cliché romantique. Dire que le film de Robert Budreau contournerait cet écueil serait sans doute mensonger. On y trouve, certes, quelques cartes postales visiblement obligatoires dès lors qu’il faut figurer au cinéma le jazz et ses artistes. Pourtant, en prenant comme sujet un moment, quelques mois, de la vie du trompettiste Chet Baker – son retour aux Etats-Unis après son incarcération en Italie et sa tentative de désintoxication et de come back –, Robert Budreau semble moins passionné par la singularité de l’art du musicien que par le récit d’une résurrection et d’une rédemption possible. Le film organise dès lors un suspens qu’il nourrit par un certain nombre de scènes d’une trivialité parfois prenante. Le trompettiste prodige, devenu, hélas, une icône pour midinettes à la fin de sa carrière, y prend une dimension humaine indiscutable. Les moments sentimentaux (va-t-il conserver la femme qu’il aime ou sombrer à nouveau dans la drogue ?) y sont lestés d’une intensité plutôt réussie. Intensité qui marquera la séquence finale avec un tact appréciable.(Le monde)

2 commentaires:

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  2. Jamais vu ce "Miles Ahead", pas trop fan de biopic, mais je tente...
    Merci Corto

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