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dimanche 22 octobre 2017

La Fabrique de l'Histoire : Histoire de la bande dessinée

Histoire de la bande dessinée. En ouverture de cette semaine consacrée à la bande dessinée, un entretien avec Jean-Pierre Mercier et Kris.Comment raconter une histoire d'un art dont les contours sont flous et les origines incertaines ? C'est la question qui se pose depuis longtemps à tous les historiens du "neuvième art". Jean-Pierre Mercier en est un. Il est notre premier invité et sera rejoint, en deuxième partie, par le scénariste Kris. Ré-écoutez le documentaire d'Anaïs Kien et de Charlotte Roux : Et Tarzan entra au musée, comment la bande dessinée devint un art.


                             




Quand Pilote éclatait les bulles.Un documentaire de Victor Macé de Lépinay et Séverine Cassar.Raconter un moment de l’histoire de la bande dessinée en partant d’un numéro du journal Pilote. C’est le pari de ce documentaire et un exercice auquel se sont prêtés avec enthousiasme et générosité Jean-Claude Mézières, Enki Bilal, Patrice Leconte, Jean Solé, Pascal Ory, et Jean-Christophe Menu.




                              


Mieux comprendre le lien qui nous unit au passé, telle est l'ambition de cette émission quotidienne déclinée en documentaire, archives commentées, débat.Une balade radiophonique dans l'exposition Hergé au Grand Palais en compagnie de Cécile Maisonneuve et Benoît Mouchart.Exposition au Grand Palais jusqu'au 15 janvier émission co-animée par Victor Macé de Lépinay.





                                


Débat historiographique : l'histoire au fil des planches.Une émission co-animée par Victor Macé de Lépinay Pour cette dernière émission de notre série sur la bande dessinée, nous nous intéressons aux rapports changeants qu'elle entretient avec l'histoire. Apprend-on l'histoire dans les BD historiques ? A quoi servent-elles ? Ne devrait-on pas reconsidérer les rapports entre ces deux modes de récit du passé ? Comment les dessinateurs et les historiens pourraient-ils collaborer différemment ? Blog Cases d'Histoire Journée d'étude La bande dessinée historique, un objet d’histoire ?

                                



https://www.franceculture.fr/emissions/la-fabrique-de-lhistoire/histoire-de-la-bande-dessinee

jeudi 19 octobre 2017

La Passante

La Passante est un film français réalisé par Henri Calef en 1950, sorti en 1951.Une femme se dirige d'un pas pressé vers la gare de Montargis pour prendre un train pour Paris. C'est Madeleine Lemoine qui vient de tuer son mari. Ayant raté son train, elle accepte l'offre de François Malard, capitaine de la péniche La Berceuse de l'amener à Paris sur son bateau. Dès les premiers regards, les jeunes gens se sont aimés, sous l'œil envieux du matelot Jeanjean. Forte de cet amour, Mado décide de se livrer à la police. Malard l'attendra.Réalisateur : Henri Calef Distribution Henri Vidal (François Malard), Maria Mauban (Madeleine Lemoine), Daniel Ivernel (Jeanjean), Noël Roquevert (Pomont), Jane Marken (Mme Pomont), Dora Doll (Irma), Annette Poivre (Jeannette) Louis de Funès est Logier, l’éclusier confident Genre : Drame Durée : 1h33mn Tournage : 21 août – 24 octobre 1950 Sortie : 18 mai 1951 L’histoire : En plein drame sentimental, Madeleine Lemoine est recueillie par François, patron d’une péniche. Son matelot, Jeanjean n’apprécie guère cette nouvelle venue et, menant son enquête, découvre le lourd secret que porte Madeleine. Plus de détails :   Jacques Dynam est le poinçonneur, Robert Dalban est un trafiquant.François Malard, patron d'une péniche recueille à son bord une inconnue dont il ne connait rien. Mais le matelot Jeanjean, se méfie, et fait une enquête sur elle. La jeune femme est en fuite et est recherchée pour le meurtre de son mari...






Une femme qui vient de tuer son mari quitte Montargis et embarque sur une péniche en direction de Paris. Elle y rencontre le capitaine de l'embarcation dont elle tombe amoureuse et le matelot qui les accompagne est témoin de leur idylle. Lors de l'arrivée à Paris, l'héroïne, rassurée par son amant, décide de tout avouer à la police... Ce film, remarquablement photographié par Jacques Lemare, est l'adaptation d'un roman de Serge Groussard.Un marinier reçoit sur sa péniche une femme, Mado, qui vient de tuer son mari et cherche à fuir Montargis. Avant d'arriver à Paris, terme de leur voyage qui durera quatre jours, ils s'aperçoivent qu'ils s'aiment. Mais le second de la péniche a percé l'identité de la jeune femme dont il est épris. Il devient vite menaçant et une violente bagarre éclate entre les deux hommes. Arrivée à Paris, la femme ira se livrer à la police tandis que le second, sur la pression de sa fiancée, restituera les trois cent mille francs qu'il avait obtenus par chantage.

mercredi 18 octobre 2017

Jonasz

Né le 21 janvier 1947 à Drancy dans la banlieue parisienne, il est issu d'une famille d'origine juive hongroise. Son père est représentant de commerce et sa mère ne travaille pas. Michel et sa sœur aînée, Évelyne vivent dans un environnement paisible. Le dimanche, ils vont, accompagnés de leurs parents, écouter de la musique tzigane chez leurs grands-parents, nostalgiques de leur pays d'origine. Lorsque Michel a dix ans, la famille déménage pour une autre banlieue de Paris, porte de Vanves. D'abord attiré par la peinture, pour laquelle il prend des cours, il s'inscrit ensuite à un cours d'art dramatique dans une MJC (Maison des Jeunes et de la Culture) où sa sœur jouait déjà. En 1962, il quitte définitivement l'école, sûr que son avenir ne s'y trouve pas. Ses parents sont compréhensifs et ne l'obligent à rien. Il écoute beaucoup de musique : Brel, Brassens, les Chats Sauvages, mais ce qui le fait vraiment vibrer, c'est le rhythm'n'blues de Ray Charles. Grande découverte de ces années-là avec notamment le titre "What'd I say". Cela lui donne envie de se mettre à la musique et plus particulièrement au piano. Il intègre ainsi son premier groupe, Kenty et les Skykarks puis forme les Lemons, avec son ami d'enfance Alain Goldstein pour accompagner un chanteur noir marocain Vigon, lors de soirées dans des dancings ou clubs. Cela dure environ deux ans pendant lesquels le répertoire noir américain de l'époque est largement repris. C'est aussi à ce moment-là que Michel Jonasz commence à chanter.





En 1967, avec son ami Alain, Michel Jonasz enregistre un premier 45t sous le nom de King Set, nouveau groupe. "Apesanteur" est le titre principal (quatre titres en tout, dont deux écrits par Michel Jonasz lui-même) et passe un peu à la radio. On remarque surtout sa voix. Après cela, le groupe éclate et Jonasz sort deux autres 45 T sous le nom de Michel King Set. En cette période de débrouille, il part en tournée avec le chanteur Christophe, comme pianiste-accompagnateur. Le premier 45t sous son propre nom, sort en 69 sans grand succès et s'intitule "Adieu la terre". L'année suivante, désireux de changer d'air, il se promène en touriste aux États-Unis et passe trois mois à Beyrouth au Liban. Il revient en France et commence à écrire pour d'autres chanteurs avec Alain Goldstein. En 71 et 72, sortent deux autres 45 tours dont le dernier "la Rencontre", est un relatif succès. Il est signé Jonasz et Goldstein pour la musique, Pierre Grosz, pour les paroles. Michel Jonasz fait ses débuts sur scène en solo et part en tournée avec la chaîne de radio française, Europe 1. Il fait aussi le lever de rideau du duo Stone et Charden, à l'Olympia, la célèbre salle de concert parisienne en 72. En juillet 74, il enregistre son premier 33 T chez WEA.





Il exige de la maison de disques d'être lui-même le directeur artistique, sachant précisément ce qu'il veut. La direction musicale est confiée à Jean-Claude Vannier qui signe tout de même les paroles et la musique de "Super Nana". Les autres textes sont signés par Frank Thomas. La musique, quant à elle, est signée d'Alain Goldstein, et de Jonasz pour le très beau titre "Dites-moi". Ces deux morceaux passent bien en radio, sans que les ventes ne décollent pas vraiment.Le second album de Michel Jonasz va lui permettre de s'affirmer comme véritable compositeur. La création musicale n'est pas soudaine chez le chanteur qui voit peu à peu les choses se mettre en place. La maturation est lente, mais précise. Toutes les musiques de "Changez tout" qui sort en 75, sont de Michel Jonasz. Sans formation musicale, il commence à bien maîtriser les accords, les harmonies et autres rythmes. Il laisse pour l'instant l'écriture des textes à Jean-Claude Vannier, car il ne se sent pas à la hauteur, même si cela le tente. Il sort un an plus tard, un 45 T "Je voulais te dire que je t'attends" que le groupe américain Manhattan Transfer reprendra ainsi que la chanteuse canadienne Diane Dufresne.







Cette chanson très mélancolique ne figure sur aucun album de l'artiste. Il enchaîne aussi sur une tournée d'été en première partie de Mireille Mathieu et une tournée d'hiver avec Véronique Sanson. Le véritable tournant se situe en 77 avec la sortie de l'album sans titre pour lequel Michel Jonasz a écrit paroles et musiques. On y trouve "Du blues du blues du blues" et "J'veux pas qu'tu t'en ailles". Considéré par lui-même comme son premier véritable album, il avoue que l'écriture des textes a été motivée par l'absence de Jean-Claude Vannier avec qui il s'est fâché quelque temps auparavant. La maîtrise quasi totale de la conception discographique relève pour lui, de l'aboutissement personnel. Ce sentiment est conforté par son passage en vedette sur la scène du Théâtre de la ville à Paris, en novembre de la même année. L'énergie qu'il déploie le surprend lui-même. Le déclic a eu lieu, il se sent enfin à l'aise dans cet univers de la chanson qu'il a fréquenté depuis une dizaine d'années maintenant. Un enregistrement est réalisé à cette occasion et sort début 78. La vie de Michel Jonasz commence à prendre une tournure un peu plus sûre : cette année-là, il va accumuler l'écriture des albums personnels de ses amis Alain Goldstein et Gabriel Yared, de celui de Françoise Hardy avec le titre "J'écoute de la musique saoule".


                 

La Sacem (Société des Auteurs Compositeurs français) lui décerne le prix Raoul-Breton. Et en fin d'année, il écrit son cinquième 33 T "Guigui" avec des titres qui sont devenus par la suite des classiques "Golden Gate", "En v'là du slow", "la Famille" et évidemment "Guigui". La collaboration avec Gabriel Yared devient plus intense et Michel Jonasz affirme son style désormais reconnaissable parmi tous. Année mémorable donc, puisqu'en plus d'une vie professionnelle chargée, un petit Florian, né le 3 août, vient confirmer le millésime remarquable de 1978.L'année suivante, il débute comme comédien dans une pièce burlesque de Didier Kaminka "Toutes les mêmes sauf maman" à la Gaîté Montparnasse, petit théâtre parisien. Il avait auparavant joué un rôle secondaire dans un film de Jean-Michel Ribes "Rien ne va plus". Mais sa priorité reste la chanson. Il donne d'ailleurs un unique concert à l'Olympia le 21 mai qui est un véritable triomphe. Ayant pris conscience que la musique et les mots étaient finalement la base de sa vie, Michel Jonasz enchaîne dorénavant les albums et la scène. En ce début de 1980, il passe à l'Olympia pendant une semaine en janvier et part en tournée, à la suite de la sortie de "les Années 80 commencent". Il reçoit aussi le prix de l'Académie Charles-Cros. Durant l'été, il écrit la bande originale du film de Jacques Monnet, "Clara et les chics types". 1981 voit la sortie de "la Nouvelle vie".


                 

Pour ce septième album, Michel Jonasz fait appel à deux nouveaux orchestrateurs, Yvan Jullien et Michel Coeuriot. Que ce soient des chansons d'amour très expressives comme "J't'aimais tellement fort que j't'aime encore" et "les Fourmis rouges" ou des swings endiablés comme "Joueurs de blues", ses mélodies sont prenantes et captivent le public, qui d'ailleurs vient le voir nombreux lors de son passage à l'Olympia, durant deux semaines de mai. Il obtient en plus un premier disque d'or. Jonasz, timide parmi les timides, déclare souvent que la comédie est pour lui non pas une thérapie comme certains pourraient le dire, mais simplement une façon de s'extérioriser, de se montrer tel qu'il est. Il décroche en 1982, un rôle dans le film d'Elie Chouraqui "Qu'est ce qui fait courir David" aux côtés de Francis Huster. Ne lâchant pas complètement la musique pour autant, il sort un 45 T la même année "Lord have mercy" et fait une mini tournée en mars. Il écrit aussi pour Diane Dufresne, "Une toune qui groove" et pour Eddy Mitchell, "Lucille". La liberté de travail qu'il a acquise depuis quelques années le pousse finalement à enchaîner les albums : c'est ainsi qu'en 83, sort "Tristesse" , avec "Minuit sonne", "Rock à gogo" et "Lucille" qu'il reprend à son compte. Les mêmes musiciens et les mêmes orchestrateurs accompagnent l'artiste. Il s'installe aussi durant une quinzaine de jours à l'Olympia avant d'entamer une grande tournée à travers la France, la Belgique et la Suisse. (http://musique.rfi.fr/artiste/chanson/michel-jonasz)

La Pocharde

La Pocharde est un film français réalisé par Georges Combret sorti en 1953. C'est une adaptation de l’œuvre de Jules Mary, un roman écrit en 1898.Denise Lamarche, considérée comme une alcoolique par toute une petite ville est surnommée la pocharde. Peu après être rentré d'Afrique, son mari meurt empoisonné et les soupçons se portent immédiatement sur Denise. Le fils du Dr Marignan, peu favorable à Mme Lamarche, est amoureux de Gisèle, la fille de la Pocharde. Avec l'aide de l'avocat Renneville, il va prouver l'action nocive d'un gaz expérimenté dans une maison voisine. Denise Lamarche est innocentée.l'entrée en matière n'est pas très convaincante on assiste ensuite à un petit numéro de Brasseur qui rehausse la mire en avocat de la défense. On a alors l'impression que l'intrigue va s' étoffer pour finalement se retrouver avec un échappatoire un peu gros et mal emmené.La Pocharde n'est pas une pocharde mais une victime des émanations émises par les fourneaux d'une plâtrière récemment accolée à sa maison qui a quelques fissures insignifiantes au niveau du mur extérieur de sa chambre. Lorsque les fourneaux fonctionnent, les symptômes d'empoisonnement se traduisent par des nausées, des vomissements, des lourdeurs dans la tête et les jambes qui lui donnent une allure titubante. Elle part sur les routes, pratiquement inconsciente et ne se souviendra pas de ses errances dont Mathis profitera pour la violer. La population la croit alcoolique, la montre du doigt, se moque d'elle et lui jette des pierres. Un enfant naît de ce viol qu'elle aimera comme ses deux filles d'un amour maternel sans bornes. Il dort dans sa chambre et meurt. Son médecin pense qu'elle a voulu le faire disparaître aux yeux de son mari qui revient d'un long séjour passé en Australie pour son travail. Au moment d'alerter les autorités judiciaires, le médecin est abattu. L'auteur du crime est immédiatement trouvé : la Pocharde. le médecin expert conclut à un empoisonnement de l'enfant, Charlotte Lamarche est également accusée de ce meurtre. La Pocharde est incarcérée.





Jules Mary fait partie de ces feuilletonistes du XIXème siècle qui sont aujourd'hui un peu tombés dans l'oubli, mais que les catalogues de livres électroniques libres de droits permettent d'explorer sans crainte. Une petite recherche rapide indique que Jules Mary est aussi celui qui a introduit dans la littérature le thème de l'erreur judiciaire. La Pocharde, avec son titre qui accroche, est donc un bon exemple de l'oeuvre de Jules Mary puisqu'il est question d'une femme que l'on retrouve souvent errant sur les routes de son petit village proche de la Loire, saoule. Son mari qu'elle aime pourtant tendrement est parti au loin pour quelques années pour subvenir aux besoins de sa petite famille. Pourtant, on s'aperçoit un jour que Charlotte attend un enfant, dont elle tait le nom du père. Et plus tard, cet enfant meurt dans des circonstances qui indiquent un empoisonnement. Voilà beaucoup pour une femmes qui était jusqu'alors irréprochable, et la vindicte populaire ne tarde pas à se manifester. Charlotte Lamarche est désobligeamment surnommée la pocharde, elle est condamnée d'abord par ses voisins, puis par un tribunal. Malgré ses dénégations incessantes, seul un ami, amoureux éconduit, continue à lui faire confiance, même s'il a bien du mal à ne pas lui aussi succomber à toutes les apparences qui accablent Charlotte.

mardi 17 octobre 2017

Blanches colombes et vilains messieurs

Unique incursion de Joseph L. Mankiewicz dans la comédie musicale, son coup d'essai fut une excellente surprise! Tourné en Eastmacolor et en Cinémascope, "Guys and Dolls" est en fait l'adaptation d'une pièce de théâtre de Abe Burrows et Jo Swerling! Qu'est-ce qui ne faut pas faire pour mille dollars!!! Ne sachant ni chanter et encore moins danser, Marlon Brando est formidable en joueur, beau parleur! Le géant d'Hollywood s'essaie en 1955 à un genre nouveau pour changer son image de marque aux côtés de Frank Sinatra (qui ne l'aimait pas vraiment) et de la charmante Jean Simmons en fille de mission! D'un seul coup, Brando le mythe, un acteur de gènie capable de tout interpréter, va jouer ici avec d'autres règles en combattant le jeu par le feu! Ce vilain messieur (Brando) et cette blanche colombe (Simmons) ajoutent ainsi un aspect imprévisible au comportement des personnages! Au final, Mankiewicz signe un grand classique de la comédie musicale des annèes 50 où la reconstruction en studio de Times Square rappelle illico les meilleures oeuvres de Vincente Minnelli! C'est dire le soin apportè à ce magnifique décor de toute une èpoque! De plus, la durée de "Guys and Dolls" ne se fait jamais sentir...Marlon Brando et Frank Sinatra dans la même oeuvre, faut avouer qu'on peut difficilement avoir un plus beau casting... Dommage que ce soit pour un film musical, ce qui rend certaines scènes insupportables et kitsch. On peut vraiment parler de gâchis, bien que Sinatra soit impeccable et que Brando soit encore une fois génial. A voir pour le duo/duel Sinatra/Brando, quand même. Bien que Jean Simmons soit parfaite dans le rôle de Sarah, on ne peut que regretter que Marilyn Monroe n'ait pas été choisie pour ce rôle, ce qui aurait donné une autre dimension à ce film. Attention, c'est divertissant, bien mis en scène, et Brando/Sinatra s'en sortent très bien dans les scènes de chant, mais on ne peut s'empêcher de penser que ça aurait pu être beaucoup mieux...


               

L'ensemble est charmant mais le film accuse son époque. Qu'importe!!! Il a le goût des comédies américaines des années 50. On y retrouve un Sinatra (toujours aussi mauvais acteur) dans un rôle plutôt effacé au profit du vrai couple Brando-Simmons, touchant dans leurs émotions, et excellents dans leur danse à la Havane. Tout au long du film, des chorégraphies ressemblant beaucoup à west side story donnent le rythme et apportent une touche très sympathique à cette comédie de gangster aux accents romantiques.Mankiewicz adapte une pièce de Broadway et signe ainsi sa première et unique comédie musicale. On y découvre avec surprise Marlon Brando pousser la chansonnette avec un certain talent aux côtés de Frank Sinatra ce qui chez lui est beaucoup moins étonnant. Le flm repose surtout sur le charme de ses interprètes et sur la solidité de la mise en scène, le scénario est assez réussi, on y découvre un peu l'univers des tripots et des jeux de dés avec et surtout des histoires d'amour qui sont admirablement bien traitées. Le tout avec des numéros musicaux plus ou moins réussis mais jamais ennuyeux ce qui assure le divertissement.




Un mauvais garçon, à la suite d'un pari, séduit une jolie salutiste et neutralise une bande de truands. La pièce avait triomphé à Broadway, et l'adaptation filmée produite par Sam Goldwyn en conserve plusieurs atouts : une partie de la distri­bution (Vivian Blaine, Stubby Kaye ), la chorégraphie énergique de Michael Kidd (l'ouverture dansée dans les rues, la partie de dés dans les égouts) et les extraordinaires chansons de Frank Loesser, Guys and Dolls, Luck be a lady... Mankiewicz fut critiqué pour avoir alourdi le livret en voulant développer ses personnages et pour n'avoir pas résolu le parti pris de stylisation de l'ensemble. Mais il tira le meilleur d'une interprétation inattendue, faisant de l'intermède cubain un pur délice, où se déchaînent Marlon Brando et l'adorable Jean Simmons.Tout commence à partir de la nouvelle The Idyll of Miss Sarah Brown écrite par Damon Runyon dont s’inspirèrent Jo Swerling et Abe Burrows pour rédiger le livret de la comédie musicale Guys and Dolls, montée à Broadway en 1950. Ce spectacle mettant notamment en vedette Robert Alda, Sam Levene Vivian Blaine et Stubby Kaye fut un tel coup de cœur pour le producteur Samuel Goldwyn qu’il investît un million de dollars afin d’acheter les droits d’adaptation de la pièce en film. 4,5 millions de dollars furent ensuite nécessaires pour produire le long-métrage.




Samuel Goldwyn confia la réalisation au génial Mankiewicz, dont ce fut la première et unique comédie musicale. Pour remplacer Robert Alda dans le rôle de Sky Masterson, Goldwyn voulait Gene Kelly, mais Mankiewicz batailla ferme pour imposer Marlon Brando, qu’il avait auparavant dirigé dans Julius Caesar (1953). Se voyant proposer le personnage, Brando envoya un télégramme à Mankiewicz lui faisant part de son hésitation à accepter, du fait de son inexpérience dans le domaine du chant. Le réalisateur répondit à peu près ceci à l’acteur par télégramme : « je comprends votre appréhension, vous n’avez rien à craindre, moi non plus je n’ai jamais fait de comédie musicale ! » Alors que Vivian Blaine et Stubby Kaye passèrent des planches au grand écran en reprenant leurs rôles respectifs, il ne fut pas question de proposer à Same Levene de redevenir Nathan Detroit. Ce fut finalement Frank Sinatra qui lui succéda. Or Sinatra n’avait d’yeux que pour le rôle de Sky Masterson tenu par Brando. Jaloux, le chanteur-acteur n’accepta jamais de se voir reléguer au second plan et, plus tard, intégra à son répertoire une chanson de Masterson : Luck Be a Lady Tonight, pour s’approprier ce qu’il pouvait du personnage qu’il n’avait pu incarner.




L’ambiance n’étant pas au beau fixe sur le tournage entre Sinatra et Brando, ce dernier s’amusa même aux dépens du premier. Lors d’une scène dans un restaurant durant laquelle Sinatra devait manger une bouchée de cheesecake, Brando rata exprès un grand nombre de prises, contraignant ainsi Sinatra à manger du cheesecake jusqu’à la nausée ! Bien fait pour lui !Le film de Joseph L. Mankiewicz est une charmante comédie musicale qui arrive à ne pas lasser pendant 2H30, malgré un scénario des plus minces sur le monde des joueurs de dés new-yorkais. Les chorégraphies de Michael Kidd associées à la musique de Frank Loesser nous transportent des trottoirs de Broadway (lors d’une introduction sans parole époustouflante), aux sous-sols new-yorkais en passant par La Havane avec un même entrain. L’univers de joueurs de Guys and Dolls gravite autour de deux couples. Frank Sinatra, dont les capacités vocales sont impressionnantes, mais dont le jeu en tant qu’acteur est assez quelconque, forme un duo assez peu électrique avec Vivian Blaine, au demeurant excellente chanteuse, mais guère attirante. On comprend pourquoi Nathan Lane hésite depuis quatorze ans à épouser sa fiancée ! Marilyn Monroe convoitait le rôle d’Adelaide, mais Joseph L. Mankiewicz ne voulait pas retravailler avec elle après All About Eve (1950).




L’actrice aurait certainement apporté plus de glamour au rôle que Blaine, et l’on ne peut que rêver à ce qu’aurait pu être la chanson Pet Me Papa chantée par Monroe, déguisée en chatte, lors du numéro avec les Goldwyn Girls ! . Mais l’attraction principale du film, le couple qui fait des étincelles, c’est celui constitué par Marlon Brando et Jean Simmons, se retrouvant un an après Désirée (Henry Koster, 1954), qui s’intéressait à l’amour contrarié de Napoléon Bonaparte envers Désirée Clary. Coaché par Frank Loesser pour le chant, Brando donne le meilleur de ses capacités vocales assez limitées, lors des trois chansons qu’il interpréter. La dernière, en solo (Luck Be a Lady Tonight), dans laquelle il implore la chance de le laisser gagner, est magnifiée par son incroyable charisme. En ce qui concerne le chant, Jean Simmons s’avère avoir un beau filet de voix. L’un des meilleurs passages du film est celui à la Havane, qui permet, chose ô combien rare, d’admirer Brando en train de danser. Quant à la réservée Sarah Brown à qui Jean Simmons prête ses traits, elle s’enhardit de plus en plus au contact de boissons alcoolisées, pour finir la soirée en jouant des poings comme une boxeuse aguerrie ! Une femme faussement fragile à ajouter à toutes celles qui se trouvent dans l’œuvre de Joseph L. Mankiewicz.(http://www.objectif-cinema.com/spip.php?article5489)

dimanche 15 octobre 2017

The New Deal

The New Deal -Jonathan Case(2015) - Ce tome contient une histoire complète et indépendante de toute autre. Elle est parue directement sous la forme d'un récit complet en 2015, sans prépublication. Elle est l'oeuvre de Jonathan Case, un auteur complet : scénario, dessins, encrage, mise en oeuvre d'une unique couleur bleu-gris par le biais de lavis. Il est également le dessinateur de Green River killer, et l'auteur complet de Dear creature. L'histoire se déroule à New York en 1936. Frank O'Malley est un garçon d'ascenseur au Waldorf Astoria. Il distribue des tracts dans la rue pour promouvoir une représentation de Macbetth de Shakespeare, interprétée par des afro-américains. Il conseille à son oncle Pack d'être moins agressif envers les passants lorsqu'il essaye de leur vendre des pommes à l'unité, (6 cents la pomme). Lorsque l'heure est venue, il se rend à son travail au Waldorf où il croise Gil (un autre garçon d'ascenseur) qui lui reproche d'être en retard. O'Malley commence par prendre en charge les bagages de 2 hommes d'affaire qui ont retenu une chambre au dernier étage. le grand bond ne lui donne pas de pourboire, mais lui demande d'aller faire le plein de son étui à cigarettes, avec des Chesterfield. En se rendant au buraliste de l'hôtel, O'Malley aperçoit une porte de chambre ouverte, avec un coffre à bijoux ouvert bien en évidence. La tentation est trop forte, mais il se fait surprendre par Theresa Harris (une femme de ménage de couleur) qui lui intime de tout laisser en ordre. En redescendant, il a la mauvaise surprise de voir que Jack Helmer est de retour pour prendre une chambre à l'hôtel. Il lui doit encore 400 dollars perdus au poker. Helmer le repère immédiatement. Un peu plus tard, O'Malley aide une cliente magnifique (Nina Booth) à amener ses bagages jusqu'à sa chambre. L'éditeur Dark Horse entretient une ligne de comics originaux, favorisant des créateurs indépendants. La curiosité du lecteur est donc éveillée par chaque ouvrage de cette collection, d'autant plus qu'il en parait assez peu.





En feuilletant rapidement cette bande dessinée, le lecteur apprécie le dessin naturaliste sans être chargé, le parti pris de se restreindre à une seule couleur, et des images descriptives, sans être photographiques. L'auteur a choisi de raconter une sorte d'aventure, de type réaliste : un vol dans un grand hôtel. L'enquête est menée hors champ du récit, ce dernier se focalisant d'abord sur Frank O'Malley, puis sur Theresa Harris. le premier est un jeune homme appartenant au prolétariat, devant se soumettre aux exigences des clients qui le considèrent comme un larbin. Il présente un caractère enjoué, agréable avec Theresa, plein d'entrain. Sans qu'il soit besoin d'explication ou de longue exposition, le lecteur comprend que son statut d'employé est révocable à la première plainte, et qu'il ne doit pas toucher lourd. C'est un jeune homme sympathique qui génère immédiatement de l'empathie, malgré son inclination à être tenté par un petit larcin. Le premier rôle féminin suscite encore plus la sympathie. Comme pour O'Malley, le lecteur n'apprend rien sur son histoire personnelle, juste sa situation présente : employée de couleurs à une tâche subalterne dans un grand hôtel, soumise au racisme quotidien et banal. Elle aussi joue son emploi à chaque remarque d'un client. Dans son temps libre, elle est actrice de théâtre dans une troupe amateur appelée Mercury Theatre et dirigée par un jeune Orson Welles (authentique) qui monte une représentation de Macbeth. Le lecteur un peu curieux apprécie la qualité des références historiques discrètes qui parsèment le récit. Orson Welles a effectivement dirigé cette troupe de théâtre pour monter ladite pièce dans une version avec une distribution entièrement afro-américaine (appelée Vaudou Macbeth), et la mise en scène a servi de base pour son adaptation cinématographique Macbeth de 1948. Il apparait Canada Lee, un véritable acteur de l'époque, défenseur des droits des noirs américains. 


Jonathan Case met également en scène le racisme ordinaire de l'époque, sans misérabilisme. Le temps investi pour les recherches se voit également dans les dessins. le regard du lecteur s'attarde sur les tenues vestimentaires d'époque, sur les accessoires tels que les valises ou les malles de voyage, ou encore sur les modèles de voiture. Jonathan Case ne joue pas la surenchère en termes d'éléments d'époque authentique. Il privilégie des dessins lisibles, tout en maintenant une densité d'informations visuelles satisfaisante. Il simplifie les traits des visages pour les rendre plus expressifs, sans qu'ils n'en deviennent caricaturaux. Il n'y a que pour les tenues de Nina Booth qu'il se lâche un peu plus dans la fantaisie, en cohérence avec le caractère gentiment direct de cette femme. Il soigne également ses différentes coiffures. Jonathan Case commence son récit sur une base de 5 ou 4 cases par page, pour finir sur une base de 4 ou 3 cases par page. Ce nombre relativement limité de cases par page donne une narration aérée et concise, ce qui lui permet d'intégrer un bon nombre d'informations visuelles par case sans donner l'impression de gaver son lecteur. L'artiste rend chaque scène vivante que ce soit par une alternance de cadrages et un langage corporel approprié pendant les dialogues, ou par des mouvements réalistes et vifs lors des séquences d'action. le lecteur éprouve l'impression de voir évoluer des individus normaux et plausibles, sans capacité physique extraordinaire, sans comportement aberrant. Le lecteur se laisse donc porter par ces dessins agréables, cette ambiance rétro consistante et vraisemblable, et ce jeune homme plein d'allant, éprouvant un béguin pour Theresa, sans aucune arrière-pensée sur la différence de leur couleur de peau. le scénariste développe une intrigue concrète et consistante. Il y a donc un vol de bijou (un collier de chien avec des pierres précieuses a été dérobé dans l'hôtel). Il s'en suit une enquête, avec intervention de la police dans l'hôtel, interrogation du petit personnel, à commencer par la femme de chambre noire (Theresa).

Mais l'histoire n'est pas racontée du point de vue de la police, elle l'est du point de vue de Frank O'Malley et de Theresa Harris. L'auteur reste dans un registre réaliste, sans intervention du surnaturel, sans exploits physiques spectaculaires. Il n'y a qu'un autre vol réalisé d'une manière qui sort de l'ordinaire, sans trop tirer sur la corde de la suspension consentie d'incrédulité. Le récit repose donc sur un double suspense : celui de l'identité du voleur, et celui de savoir comment O'Malley et Harris pourront éviter de prendre à la place du véritable coupable. En filigrane, Jonathan Case dépeint également la société de l'époque, par petites touches, sans prétendre à l'exhaustivité, sans transformer son récit en analyse sociologique, encore moins en pamphlet. Il montre la condescendance qui pèse sur Theresa Harris du fait du couleur de sa peau. Ça va de la répugnance raciste de madame Pendleton (la propriétaire du chien dont on a volé le collier précieux) aux a priori ordinaires envers cette citoyenne de seconde classe. Il faut que le lecteur ait en tête l'existence du racisme pour qu'il le reconnaisse dans certaines réactions ou certains comportements. le scénariste ne matraque par le thème. Il montre également la condition du prolétariat, la manière dont Frank O'Malley et Theresa Harris sont prisonniers d'un système de classe, sans espoir de profiter des opportunités qu'offrent le capitalisme à l'américaine. Ils sont nés pauvres. Ils sont partis pour trimer toute leur vie avec un salaire minimum, sans espoir de progression sociale. Il est évident qu'ils ne deviendront jamais des clients du Waldorf Astoria. À nouveau, le lecteur le constate par leur quotidien, sans que le scénariste ne l'explique ou ne l'expose. 

Le titre du récit renvoie à la politique interventionniste menée par le président américain Franklin Delano Roosevelt de 1933 à 1938, pour lutter contre les effets de la Grande Dépression aux États-Unis. Dans la première séquence, le lecteur peut voir la rémanence des effets de la Grande Dépression, dans le petit boulot exercé par l'oncle Pack : vendeur de pomme à l'unité sur un coin de trottoir. Par contre, le récit n'évoque pas nommément la politique du New Deal, ni n'en montre les effets. le plafond de verre est bien présent, et l'ascension sociale du prolétariat n'est pas au programme. le titre renvoie donc plutôt au changement de situation des 2 principaux protagonistes apporté par le dénouement. À la fin du tome, le lecteur constate qu'il a passé un très agréable moment de lecture. Les dessins sont très agréables à l'oeil, tout en restant à destination des adultes. le récit se déroule à bonne allure sans être épileptique. Les personnages sont sympathiques et humains. La narration est assez légère, sans être superficielle car elle évoque en creux une réalité sociale et historique. 4 étoiles pour un récit peut-être pas tout à fait assez ambitieux. 5 étoiles pour un récit intelligent et sans prétention.(Presence sur https://www.babelio.com/livres/Case-The-New-Deal/876319)

samedi 14 octobre 2017

Le Croque-mort s’en mêle

Et de nouveau une pleine réussite pour le franco-américain Jacques Tourneur. Une comédie jubilatoire emmenée par un duo Vincent Price, Peter Lorre en pleine forme. Parodie des films d'horreur (Tourneur avait lui-même réalisé l'exceptionnel "Féline"), ce "Croque-mort" ne cesse d'arracher des sourires aux spectateurs. La faute à un scénario très réussi basé sur l'autodérision et sur un enchaînement de situations toutes plus cocasses les unes que les autres.Un scénario de Roger Matheson. Un quintette d'acteurs en pleine forme (Vincent Price, Peter Lorre, Basil Rathbone, Boris Karloff et la très sémillante Joyce Jameson) En prime Rubbarb, un chat acteur étonnant. Voilà qui aurait dû lorgner vers le chef d'œuvre. Or ce n'est pas le cas, non pas que ce soit mauvais, certaines scènes sont excellentes (notamment la fin) mais globalement c'est bien une impression de lourdeur qui domine. Un peu dommage.Avant-dernier film de Jacques Tourneur, The Comedy of Terrors (laissons de côté le titre français) est une joyeuse parodie de film d’horreur tournée, on le devine, avec une grande jubilation par celui qui fut l’un des maîtres du genre. La grande force du film tient en fait dans sa distribution qui s’organise autour d’un carré d’as, à savoir Vincent Price, abominable spéculateur de la mort, Peter Lorre, geignard assistant qui se transforme en improbable prince charmant, Boris Karloff, génial en vieux père alcoolique et gâteux et Basil Rathbone, impayable en propriétaire qui n’en finit pas de mourir. La réalisation est comme toujours brillante et si le scénario recèle quelques faiblesses (notamment vers la fin, un peu bâclée), l’ensemble est tellement enlevé que le spectacle est plaisant.Avec son casting quatre étoiles, Price, Lorre, Karloff, Rathbone, il y a de quoi se faire plaisir avec The comedy of terrors, où Price joue un croque-mort un peu morbide, ne reculant devant rien pour emmerder sa femme, et gagner de l'argent.


                

Le film possède un humour très cartoon dans certaines scènes, pas trop mal réussi, mais aussi un humour assez macabre très bienvenu, surtout de la part de quelqu'un comme Tourneur, dont on en attendant pas moins. C'est très bien dialogué, assez marrant, il y a des scènes franchement bien foutue, même si j'avoue préférer Tourneur dans le film d'épouvante que dans la comédie aussi réussie soit-elle. Ici a on surtout un très bon prétexte pour revoir ces stars s'entretuer à l'écran pour un oui ou pour un non, le tout sous un scénario des plus absurde. Si ce n'est ni un grand film, ni un chef d'oeuvre il n'en reste pas moins éminemment sympathique, bien que ça puisse tourner un peu en rond sur la fin. Et voirs Rathbone citer du Macbeth à gogo, ça vaut son pesant de cacahouète. Un film très agréable, à défaut d'être hilarant, ou bien de révolutionner le cinéma d'horreur comme a su le faire Tourneur par le passé.Une comédie inégale, aussi réjouissante parfois que lourde par moment. Avanr-dernier film de Jacques Tourneur, Le Croque-mort s'en mêle ne restera pas pas comme l'une des oeuvres majeures du "magicien", mais n'est en rien déshonorante.





Il faut d'ailleurs avouer que la première partie est un pur régal, mélange de cynisme jubilatoire et de méchanceté indescriptible. C'est hélas la fin qui empêche la satisfaction d'être totale, le combat final se révélant un peu lourd et finalement peu intéressant. Heureusement, la chute est excellente, et ne serait-ce que pour quelques scènes absolument formidables, l'ensemble mérite d'être vu. Les acteurs sont de plus à un très bon niveau, avec un Peter Lorre plus victime que jamais et un Vincent Price déchainé. Ce dernier nous livre d'ailleurs une prestation hors-norme, immense, un bonheur absolu de 80 minutes. Rien que pour lui, le film mérite le coup d'oeil. Inégal, mais assez amusant.J'ai trouvé ce film génial. Il ne faut pas chercher là un chef-d'oeuvre du film d'horreur, il n'y a absolument rien d'horrifique, c'est une parodie, mais celle-ci est vraiment bien enlevée : les situations sont vraiment cocasses, les acteurs sont bons ; l'interprétation de Vincent Price, complètement ivre tout au long du film, m'a d'ailleurs fait plier de rire. Ca vole pas haut mais ça se regarde avec plaisir.(Allociné)

vendredi 13 octobre 2017

L'Enquête est close


L'Enquête est close (Circle of Danger) (1951) de Jacques Tourneur.Jacques Tourneur et Ray Milland se la jouent pépère lors de cette longue enquête qui amène l'Americain Ray à se balader en Angleterre, au Pays de Galles et en Ecosse. La photo joliment contrastée d'Oswald Morris apporte certes du plaisir à la vision de la chose, mais reconnaissons que même si le suspense dure jusqu'au bout, l'ensemble n'est guère particulièrement trépidant : Ray Milland sillonne la Grande Bretagne pour éclaircir un sombre mystère ; son jeune frère a été tué à la guerre lors d'une mission commando, le petit problème étant que la balle semblait venir de son propre camp… De fil en aiguille l'ami Ray tente de remonter la piste même si les individus qu'ils croisent ne sont guère causants voire franchement antipathiques (la palme revenant à l'excellent Marius Goring, reconverti en danseur...). Certes, cela nous permet de traverser diverses couches sociales (des marchés londoniens au manoir écossais), de faire connaissance avec des paysages breathtaking, mais cette suite de rencontres ("je ne peux rien vous dire mais je peux vous laisser le nom d'un gars qui pourra peut-être vous en dire plus...") finit par être un brin répétitive. Le Ray, lui, garde son flegme ricain et l'on aimerait le voir un peu plus bouillir...Il y a heureusement un vrai rayon de soleil grâce à l'apparition de la chtite Patricia Roc : après une entrée en matière fracassante - elle fait tomber un livre sur la tronche du gars Ray -, elle va marquer définitivement son esprit. Dommage que le pauvre bougre de Ray passe son temps à arriver en retard aux rencarts qu'elle lui fixe, car cela fait également méchamment trainer l'idylle. On le voit, Tourneur n'est pas pressé pour nous donner les clés de son polar sentimental et même si cette petite promenade de santé en terre anglaise n'a rien de déplaisant, on aimerait bien une pointe d'inattendu dans ce moteur diesel... On se dit que la chute sera sûrement saignante et devrait nous faire tomber de notre fauteuil... Ben, ffffffftttt, il nous faudra déchanter : Tourneur a doucement remonté le ressort mais celui-ci a bien du mal à nous claquer dans les doigts. Restent les petites mines déconfites ou souriantes de la Patricia pour que l'on garde un souvenir quelque peu charmant de la chose. L'enquête est close without any fuss... (Circle of Danger par exemple, je ne vois guère le rapport... Un peu trompeur, comme titre, avouons-le).(http://shangols.canalblog.com/archives/2015/08/18/32503968.html)



                  


La réputation de Jacques Tourneur est déjà largement établie à Hollywood quand il s’offre en 1952 une escapade en Angleterre pour ce film d’enquête de très bonne facture. Tourneur mélange à l’enquête de Clay Douglas, frère d'un héros de guerre américain mort en opération, une histoire d’amour un peu téléphonée qui permet d’ajouter un enjeu supplémentaire utile à la quête de Clay joué par un Ray Milland dont la carrière commence un peu à décliner après l’oscar reçu sept ans plus tôt pour « Le poison » de Billy Wilder. Au regard de la fin du film on peut comprendre que volontairement l’enquête n’ait pas été davantage agrémentée de rebondissements car il ne fallait pas que son principal argument qui est son dénouement soit terni par une impression de promesses non tenues. Tourneur aidé du scénariste et romancier Philip MacDonald se sort fort bien de ce piège grâce à l’apport de cette romance sans doute un peu trop artificielle mais utile pour relayer la sobriété contenue dans le propos de départ.






Plus ambitieux qu’il n’y paraît le film pose la difficile question des choix cornéliens soumis à la hiérarchie militaire en temps de guerre qui ne sont pas si manichéens que certains voudraient le penser. Tourneur en réalisateur confirmé, habitué à gérer des moyens limités montre une fois de plus sa vista et la simplicité efficace de sa mise en scène.Entre deux classiques du film d'aventures, Jacques Tourneur signe en lande galloise un bon thriller dans lequel Ray Milland joue les américains partis en Angleterre afin d'y découvrir qui a exécuté son frangin en 1944, membre de commandos anglais! Son frère a reçu une balle dans la tête et le père Milland compte bien mener l'enquête même s'il faut aller jusqu'en terre d'Ecosse! Un personnage beaucoup plus intéressant qu'il n'y parait, s'égarant dans des mystères de plus en plus sombres où disparaissent peu à peu ses certitudes! La jolie Patricia Roc (quand elle entend une voix américaine, elle a le mal du pays) l'accompagne (flirte même) dans un métrage qui possède une structure de film noir transposée dans une terre gorgée d'histoire qui n'est pas sans charme! C'est peut-être un Tourneur un peu oublié mais le spectateur se laisse prendre facilement à cette intrigue passionnément « bavarde »...et jamais ennuyeuse, au final inattendu...(Allociné)

mercredi 11 octobre 2017

Le traître

Le traître, Decision before dawn, Anatole Litvak, 1951. Un très bon film du trop sous-estimé Anatole Litvak. La guerre est en train de se terminer, mais les Allemands refusent de cesser les combats et se proposent de mener une contre-offensive. Les Américains veulent accélérer les choses et vont se servir d’Allemands pour repérer les positions adverses et prévenir toute attaque ruineuse sur le plan humain. Ils vont donc embaucher deux espions allemands : l’un fait cela par intérêt personnel, plutôt cynique, et l’autre par idéal car il se rend compte que le régime hitlérien à mener son pays à la ruine. Toutefois les Américains se méfient de lui. Cependant, il mènera sa mission à bien.L’histoire en elle-même n’est pas très intéressante, mais ce qui importe ici c’est le traitement, le parcours dans une Allemagne en ruine, ravagée par la guerre. Tourné dans des décors réels, le film est parfois proche du documentaire. Il n’y a rien de glorieux dans l’étalage de cette misère, de la boue et des larmes. Il fait froid, la faim est omniprésente. Les Américains ne sont pas plus des héros, ce sont juste des soldats qui languissent que la guerre se termine, mais ils ont tout de même le sentiment de travailler pour une bonne cause. C’est un film sombre dominé par le jeu mélancolique d’Oskar Werner incarnant le jeune Karl Maurer qui a pitié de cette Allemagne qui a sombré pour avoir écouté les sirènes nazies. Par le ton, ce film est à rapprocher d’un autre excellent film de Litvak, Un acte d’amour qu’il tournera en 1953 avec Kirk Douglas. Mais il s’inscrit aussi par son réalisme dans la lignée des films de guerre de Samuel Fuller, par exemple Verboten !, qui viendra un petit peu plus tard.


            


Litvak utilise des décalages intéressants, comme par exemple cette séquence assez bizarre où l’on voit des Allemands tenter de s’amuser, en dépit des consignes données par l’administration. Ils chantent, dansent, boivent. Des femmes donnent un sketch complètement surréaliste avec une jeune femme qui a été amputée d’une jambe. Le film donne dans la nuance, ainsi, ainsi ce très jeune adolescent nazi qui hésitera mais ne trahira pas le soldat américain qui se cache pour éviter les soldats allemands. Ce n’est donc pas à proprement parler un film de guerre, mais plutôt un film noir, une tragédie, construite comme une succession de portraits. On retiendra aussi l’assassinat d’un soldat allemand par d’autres soldats allemands qui ont encore la nostalgie du régime hitlérien qui s’effondre, mais que leur situation de prisonniers réduit au rang de bêtes. L’autre originalité est que la guerre et ses conséquences, sont vues du point de vue d’un Allemand.





D’ailleurs les Américains, Richard Basehart en tête se contentent de seconds rôles. Les visages qui marquent sont ceux d’Oskar Werner, on l’a déjà dit, mais aussi d’Hildegarde Knef. Celle-ci incarne une prostituée qui n’en a pas vraiment la vocation mais que les circonstances ont entraînée dans une situation dont elle ne peut sortir. Pour toutes ces âmes en perdition, l’amour est une impossibilité.Sur le plan technique il n’y a pas grand-chose à redire, la profondeur de champ est parfaitement utilisée dans les scènes de foule et de mouvement, donnant de l’ampleur aux ruines que Karl traverse. De nombreuses scènes à l’intérieur des maisons, ou de ce qu’il en reste, rendent compte de cette absence de lumière, de ce manque d’air et d’espace, accentuant cette idée de fin du monde et de désastre. Sûrement un des meilleurs films de LItvak dont la carrière fut tout de même inégale.(http://alexandreclement.eklablog.com/le-traitre-decision-before-dawn-anatole-litvak-1951-a114844880)

lundi 9 octobre 2017

Marie Martine

Marie Martine - Ce film de Julien Duvivier date de 1942 (ça c'est pour ALLOCINE). Le scénario est moderne, les acteurs (Fabre, Blier et bien sûr Berry) accumulent les scènes cultes ("Tiens ta bougie...droite!), la photo noir et blanc est superbe et l'ambiance est très réaliste. Ce film est daté, mais pas démodé.Ce film est un véritable chef d'oeuvre du cinéma francais. La mise en scène d'Albert Valentin est vriment éblouissante de maitrise et la galeire d'acteurs épatantes. Mais c'est surtout le scénario qui est ici extraordinaire. Il est d'une intelligence sans pareille, et construit d'une manière remarquable, puisque l'on découvre toutes les facettes de l'histoire à travers de petits fragments. Quelques scènes sont restées mythiques, notamment celle de Saturnin Fabre. Dommage que Renée Saint-Cyr soit tout de même aussi médiocre dans le rôle titre. Mais sinon, c'est superbe!C’est qu’à dire le vrai, je ne connaissais que quelques instants de la réplique fameuse "Tiens ta bougie… droite !", qui figure dans toutes les anthologies du cinéma français et que je m’imaginais que tout le film était de cette pâte. C’est-à-dire que je croyais trouver un film baroque, nonsensique, excentrique, décalé, aromatisé par de grands acteurs de second rang. Un divertissement à trognes séduisantes et à bons mots. C’est beaucoup mieux que ça, c’est très bien. C’est vinaigré, acide, cruel. Ça m’a fait spontanément songer à deux très très bons films : Meurtres de Richard Pottier et Manèges d’Yves Allégret. La présence de l’inusable amuseur Fernandel dans le premier, la bonne bouille ronde de Bernard Blier peuvent tracer une fausse piste comique alors que ce sont là deux films parmi les plus noirs qui se puissent où la cupidité, l’hypocrisie, la veulerie, l’égoïsme, la méchanceté s’imposent… Un trait en dessous, Marie-Martine est vraiment drôlement bien et, si ce n’était la mauvaise qualité de la copie DVD, on n’hésiterait pas à le conseiller à tous.


          

D’abord l’histoire, malgré ses invraisemblances et ses coups de hasard qui surviennent opportunément, est très bien montée et rythmée, sans jamais aucune baisse d’attention, avec les flashbacks qui s’imposent au bon moment. Peut-être pourrait-on reprocher un séquençage un peu simple de certaines interventions d’acteurs magnifiques, Jeanne Fusier-Gir et Saturnin Fabre qui font leur numéro, puis disparaissent de l’écran sans y revenir ; il aurait fallu trouver le moyen de les faire ré-intervenir dans le courant du récit. Mais c’est véniel, parce que les scènes que l’une et l’autre jouent sont superbes et méritent à elles seules une vision du film : Fusier-Gir en libraire vieille fille frustrée, perfide, doucereuse et médisante, méchante comme une punaise et plus encore Saturnin Fabre, aigri, grognon, atrabilaire, misanthrope à grand cœur désespéré. La fameuse séquence de la bougie ne vaut pas seulement par la réplique archi-connue : elle dure plus de huit minutes qui sont un trésor de qualité, de drôlerie, de rosserie, de tristesse. Et de dialogues. Car les dialogues de Marie-Martine sont étincelants ; certaines sources en accordent la paternité à Jean Anouilh et non à Jacques Viot, le scénariste (à qui on doit aussi le scénario du Jour se lève). En tout cas, quand les mots qui frappent sont mis dans la bouche de Jules Berry, de Jean Debucourt, de cette peste de Marguerite Deval, ils font mouche à tous les coups. Petite faiblesse de distribution, ou plutôt faiblesse de contre-emplois : Sylvie, en aveugle très douce et trop bonne, à qui sied mieux d’être coupante et farouche ; Helena Manson, brave fille exploitée par son salopard de père (Berry) et qu’on aime mieux voir en pimbêche agressive plutôt haineuse. Les amoureux qui survivront aux vicissitudes grâce à un habile subterfuge du récit sont Bernard Blier, et Renée Saint-Cyr (qu’on a pris l’habitude de voir en belle dame d’âge, mais qui a été, donc, une charmante jeune première) ne sont pas mièvres. (Cela dit, c’était à mes yeux un rôle pour Odette Joyeux).





Rien n’est mièvre, d’ailleurs, dans cet excellent film, qui donne du regret que son réalisateur, Albert Valentin, n’ait pas acquis une réputation supérieure.Il s'agit d'un film en noir et blanc qui n'est curieusement pas très connu mais qui possède de réelles qualités à commencer par un scénario vraiment excellent. Loïc est un écrivain et il a publié un livre intitulé "Marie Martine". Le scénario du film dévoile progressivement le passé de cette jeune femme réservée et mystérieuse mais qui a été source d'inspiration pour Loïc. On va de surprise en surprise et cela maintient l'intérêt. En parallèle Marie Marine rencontre Maurice un jeune homme qui la prend sous sa protection et qui tombe amoureux d'elle ... La mise en scène est académique, un peu terne. Les éclairages ne sont pas très bien étudiés, c'est dommage. Le nombre de personnages est limité. Le jeu des acteurs est un peu théâtral notamment Jules Berry qui interprète Loïc. Renée St Cyr est tès discrète dans le rôle de Marie Martine. Bernard Blier a un jeu sobre et efficace dans le rôle de Maurice. Le film contient une scène culte avec Bernard Blier et sa bougie qu'il ne tient pas droite ! Le discours de l'oncle ne souhaitant pas s'éclairer à l'électricité est édifiant mais n'oublions pas que le film a été tourné en 1942 ... Bref on obtient un film parfaitement rythmé avec pas mal de rebondissements, rien de spectaculaire mais de quoi relancer en permanence l'intérêt pour cette belle histoire.(Allociné et sens critique)

vendredi 6 octobre 2017

C'est la vie

Une vidéo virale lancée récemment à titre promotionnel par la collection Criterion montre en un montage d’un peu moins de deux minutes une série de regards dans l’œuvre d’Alfred Hitchcock, yeux exorbités saisis par l’angoisse, le tourment ou la malveillance. Gageons que ce sens de l’expressivité si particulier doive pour une grande part à la pratique par Hitch de l’art du muet. Dans son œuvre non-parlante, Downhill et Easy Virtue occupent la place ingrate d’œuvres à moitié reniée, représentants du mélodrame plus que du film à suspense, coincés avec d’autres titres anecdotiques tel Champagne entre son premier chef-d’œuvre évident, The Lodger, et les talkies à venir dès Chantage. Ils valent pourtant mieux que cette réputation, ne serait-ce que par tous les thèmes qu’ils annoncent, un sens visuel affirmé réduisant les intertitres à leur portion la plus congrue.Downhill (C’est la vie) doit une partie de l’inimitié que lui exprimait son auteur à sa mésentente avec un producteur tyrannique (Michael Balcon) et un jeune premier pourtant déjà employé dans The Lodger (Ivor Novello). L’histoire en est simple : camarades de fac, Tim Wakely (Robin Irvin), boursier, et Roddy Berwick (Ivor Novello), héritier, se jurent loyauté indéfectible. Quand Tim passe au larcin, c’est Roddy, par égard pour la position de son ami, qui prend le blâme. Commence pour lui une chute aux enfers (symbolisée très littéralement par maintes descentes d’escaliers) qui, d’expulsion universitaire en déroute amoureuse, d’emploi de gigolo à enlèvement maritime, le confronte à des bas-fonds interlopes qui, de toute évidence, fascinent plus Hitchcock qu’un petit monde académique propre sur lui. Comme deux cartons l’annoncent, à Tim « The World of Make-Believe », à Roddy « The World of Lost Illusions ». Pointe la plus cruelle de l’intrigue, personne ne semble dupe d’à qui incombe réellement la faute. La conservation des apparences représente pour les personnages une telle nécessité que chacun, victime consentante comprise, est prêt à la payer d’une excessive injustice.





Downhill entame un motif obsessionnel de l’œuvre hitchcockienne, avec celui du fugitif : celui du faux coupable, accusé à tort, faisant pénitence pour un coupable non-démasqué. Un innocent y subit traque et punition, avant un retour à l’ordre généralement teinté de cinglante ironie. Hitchcock limite ici sa propension à l’humour noir, ne le laissant apparaître que de façon éparse (les rombières flairant dans une salle de bal le garçon à bas prix). Sa période anglaise se distingue par une manière observatrice soucieuse d’analyse sociale, révélant (ici par un déclassement) les marquages nets d’une société britannique ultra-classée. L’injustice que subit Roddy agit comme révélateur de la masse opprimée sur laquelle l’élite du Royaume-Uni assoit son pouvoir.Il y a cependant plus chez Hitchcock, pas pour rien un héros de la critique catholique, que la stricte mise à jour d’une inégalité.





Si le faux coupable est innocent de ce dont on l’accuse, reste attaché à lui le soupçon d’une culpabilité diffuse, d’une faute plus fondamentale pour laquelle il paierait – seulement à tort au regard d’un autre motif. Coupable d’être innocent, selon ce mouvement de pensée magique faisant qu’on soupçonne un poissard d’avoir à quelque part cherché son malheur. Personne n’est jamais très innocent chez Hitchcock. Roddy, dont la désinvolture se moquait sans même se rendre compte d’une bande d’orphelins quémandant vivres pour un sou insuffisant, va plus tard se retrouver lui-même à la rue, errant hagard parmi les miséreux peuplant la périphérie londonienne. De l’indifférence, il passera lui-même à la massive paupérisation. Il y a, à découvrir ce fond de révolte primitive chez Hitchcock, la même émotion qu’à la rencontrer dans le Jean Santeuil de Proust, révélation d’une radicalité qui, sans paraître affichée dans l’œuvre à venir, irriguera souterrainement jusqu’à ses moments les plus détachés.(http://www.dvdclassik.com/critique/c-est-la-vie-hitchcock)