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vendredi 16 décembre 2016

Silvana Mangano

La première apparition de Silvana Mangano au cinéma sera dans une figuration en 1945 dans un film français, Le Jugement dernier de René Chanas. Le metteur en scène Mario Costa la remarque à cette époque et lui fait tourner un petit rôle dans L'Elixir d'amour. La consécration arrive dès 1949 avec Riz amer (Riso amaro) de Giuseppe De Santis où elle campe une repiqueuse de riz provocante, en short court et corsage moulant ; son air effronté l'impose comme le premier « sex-symbol » de l'Italie d'après-guerre, une sorte de réponse nationale à la hollywoodienne Rita Hayworth. Son mariage avec le producteur Dino De Laurentiis, la même année, lui permet de gérer au mieux sa carrière : par la suite, il la fera travailler avec les plus célèbres acteurs de l'époque, aussi bien italiens comme Vittorio Gassman, Raf Vallone, Alberto Sordi ou Nino Manfredi qu'internationaux comme Kirk Douglas, Anthony Quinn ou Anthony Perkins, devant les caméras des plus grands cinéastes de l'époque, Mario Camerini, Vittorio De Sica, Mario Monicelli, Luchino Visconti ou Pier Paolo Pasolini. La position de son mari permet à celui-ci d'engager des cinéastes étrangers de renom Robert Rossen, René Clément ou Martin Ritt pour la faire tourner. Séduisante, passionnée, pathétique ou drôle, elle s'adapte à tous les rôles. Et les succès s'accumulent à raison d'environ un tournage par an. Outre deux incursions dans le genre péplum, l'une avec Mario Camerini pour Ulysse en 1955, l'autre avec Richard Fleischer pour Barabbas en 1962, elle offre de superbes compositions dans Anna avec Lattuada, L'Or de Naples avec de Sica, Hommes et loups avec de Santis, La Grande Guerre avec Monicelli, Chacun son alibi avec Camerini ou Le Procès de Vérone avec Lizzani.(Wiki)


                 


Coproduction italienne, française et allemande, il s’agit du dernier volet de sa trilogie allemande également composée des « Damnés » (1969) et de « Mort à Venise » (1971). Visconti voulait initialement réaliser l’adaptation de « A la recherche du temps perdu » de Proust mais, faute de financements, en attendant que ce projet puisse voir le jour, il décide de tourner « Ludwig ». D’une durée initiale de 3H40 le film sort en France avec une durée de 3H, encore davantage malmené, contre les vœux de Visconti, pour la sortie en Allemagne. Après la mort de Visconti, le film est vendu aux enchères par les producteurs en faillite et est adjugé pour 68 millions de lires à des proches du cinéaste qui se cotisent, avec le soutien de la RAI, afin de récupérer l’intégralité des bobines. Après la mort de Visconti, Ruggero Mastroianni et Suso Cecchi d’Amico remonteront une version approchant des quatre heures et dix minutes d’origine.Ludwig (Helmut Berger) c’est le portrait tragique du roi Louis II, devenu, à 19 ans, en 1864, roi de Bavière, royaume allemand encore autonome, entre la Prusse et l'empire austro-hongrois. Sa rencontre avec Wagner (Trevor Howard), la même année, va bouleverser l’existence de l’un et de l’autre. Le roi y trouvant une amitié et un sujet d’admiration, le compositeur un riche et puissant mécène contribuant à son succès. Epris de sa cousine l’impératrice Elisabeth d’Autriche (Romy Schneider) qui, comme Wagner, le décevra, il se fiance avec sa sœur Sophie (Sonia Petriva) avant de rompre les fiançailles puis de sombrer dans la solitude et la démence. Comment parler d’un film dont chaque plan est un tableau somptueux et dont chaque seconde est un hymne à la beauté qui imposent le silence ?


   

Comment rendre hommage à ce chef d’œuvre fascinant ? Aucun mot sans doute ne pourra transcrire ce que les images de Visconti célèbrent magnifiquement, visuellement et musicalement. Dès les premiers plans, cela vous heurte et vous subjugue tout à la fois, et vous coupe le souffle : une magnificence visuelle tragique et ensorcelante. Le visage du roi, d’une beauté d’abord jeune mais grave et mélancolique déjà. Des scènes entrecoupées de plans fixes de témoins de l’Histoire et de son histoire qui s’expriment face à nous, le visage à demi dans la pénombre, voilé à l’image de la vérité que, sans doute, ils trahissent. Ils nous prennent alors à témoin de la folie de ce roi ou en tout cas de ce que eux appellent folie et ne pourront, de leur médiocrité, sans doute jamais comprendre : son goût des arts, de la beauté, de la liberté.


                

Comment pourraient-ils comprendre ce roi épris de liberté et prisonnier des conventions de son rang ? Comment pourraient-ils comprendre ce roi si différent d’eux : homosexuel, esthète, amoureux de la liberté et des arts ?Tandis que tout se décompose : son visage, son pays, son entourage, ses dernières illusions reste cette beauté inaltérable de l’art mais une beauté hantée déjà par la fatalité et la mort, une beauté douloureuse soulignée par la somptuosité des décors et des costumes. Des salons byzantins de Neuschwanstein à la grotte de Linderhof aux galeries de miroirs de Herrenchiemsee, la caméra de Visconti, accompagnée de la musique de Wagner (Tannhäuser ; Tristan und Isolde) ou de Schumann (Kinderscenen), en caresse les lignes baroques, admirables, raffinées et extravagantes, la beauté démesurée et tragique, nous émouvant aux larmes comme Ludwig l’est par la musique de Wagner.(http://www.inthemoodforcinema.com/archive/2011/07/19/critique-ludwig-le-crepuscule-des-dieux-de-luchino-visconti.html)


                

Avant-dernier film de Luchino Visconti, Violence et passion est un huis clos qui vient dans la filmographie du maître après une série de films épiques, à savoir Les Damnés en 1969, Mort à Venise en 1971 et Ludwig - Le crépuscule des dieux en 1972. Violence et passion tire une grande partie de sa singularité de sa genèse. Le choix du huis clos ne résulte pas de l'éventuelle transposition d'une pièce de théâtre mais de la dégradation de l’état de santé du réalisateur. En effet, le 27 juillet 1972, à l’issue du tournage éprouvant de son Ludwig, Luchino Visconti est frappé d’une thrombose qui laisse son bras et sa jambe gauche paralysés. Malgré cet accident grave, les fidèles scénaristes Suso Cecchi d'Amico et surtout Enrico Medioli conçoivent, courant 1973, un sujet pour arracher Visconti à une inactivité qui risquait de lui être fatale, mais aucun assureur ne veut couvrir un long métrage mis en scène par un homme affaibli. Comme cela est confirmé dans le documentaire proposé en bonus du DVD et du Blu-ray, Burt Lancaster, principal interprète envisagé, débloque la situation en garantissant qu’il remplacera Visconti à la réalisation si le pire arrive. L’éditeur Edilio Rusconi, nettement marqué à droite, sera le principal producteur du film d’un aristocrate marxiste, ce qui fera couler pas mal d’encre. Cette tempête dans un verre d’eau importe peu : le tournage peut démarrer le 8 avril 1974.Malgré le tournage en intérieurs et les difficultés traversées par le cinéaste, Violence et Passion restera une œuvre fastueuse doublée d’un film d’auteur à cent pour cent. Dès les premières images, tout est signé Visconti : le spectateur est frappé par la beauté de l’image et la décoration d’une grande richesse.


   

Les divers sculptures, tableaux et bibelots qui composent l’appartement du professeur sont disposés dans le cadre en Cinémascope avec la grande méticulosité propre à cet artiste du septième art. Le casting tout aussi somptueux est constitué par des fidèles du maestro : Helmut Berger (Les Damnés, Ludwig) en gigolo fascinant, Silvana Mangano (Mort à Venise) en marquise intraitable, Romolo Valli (Mort à Venise) et cerise sur le gâteau, le Guépard en personne, Burt Lancaster. Visconti retrouve également ses collaborateurs techniques habituels : le chef opérateur Pasqualino De Santis, le décorateur Mario Garbuglia, le monteur Ruggiero Mastroianni, le costumier Piero Tosi ainsi que le compositeur Franco Mannino qui donneront tous le meilleur d'eux-mêmes.Le film porte à leur paroxysme toutes les obsessions entrevues dans les précédents films de Visconti. Ainsi, le thème de la décomposition de la cellule familiale est central, comme il l’était dans Les Damnés ou Sandra.


                 

La mort prend l’apparence de l’amour comme dans Mort à Venise. Les personnages s’adonnent à la débauche comme c’était déjà le cas dans Les Damnés ou Ludwig. Le cinéaste insiste sur la fascination que peut exercer la vulgarité, comme dans Les Damnés. Quelques flash-back dans lesquels le professeur se remémore sa mère (Dominique Sanda) et son ancienne épouse (Claudia Cardinale) évoquent irrémédiablement « le temps retrouvé » cher à Marcel Proust ; or nous savons que Visconti caressa longtemps le projet d’adapter A la recherche du temps perdu, avant d’y renoncer faute de financement. Mais surtout, Violence et passion évoque irrémédiablement l’œuvre maîtresse de la filmographie viscontienne : Le Guépard. Après avoir joué dans ce dernier film le rôle du prince Salina, Burt Lancaster incarne à nouveau un personnage de vieux fauve désenchanté, seul et vieillissant. La fameuse phrase que prononce le prince Salina dans Le Guépard, « Nous étions les guépards, les lions. Ceux qui nous remplaceront seront les chacals, les hyènes », trouve son application concrète tout au long de ce Violence et passion. (http://www.dvdclassik.com/critique/violence-et-passion-visconti)

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